Lu pour vous - 09.11.2021

Les mémoires de Habib Essid: Révélations édifiantes d’un intense combat (Vidéo)

Les mémoires de Habib Essid: Révélations édifiantes d’un intense combat

Un an après avoir quitté la Kasbah, fin août 2016, Habib Essid était surpris, alors qu’il terminait les rites du pèlerinage aux Lieux saints en 2017, de recevoir un appel téléphonique de son successeur, Youssef Chahed. Sans détour, le chef du gouvernement lui proposa le poste de ministre de l’Agriculture, à la faveur d’un remaniement partiel qu’il devait opérer. Evidemment, refus courtois, mais catégorique. Ce genre «d’anecdotes» ne manque pas au fil des mémoires de Habib Essid qui viennent de paraître aux Editions Leaders sous le titre de ‘’Hadith Edhakira’’. Des révélations aussi.

Parcours

Né le 1er juin 1949 à Sousse

Maîtrise en sciences économiques, option planification, Tunis, 1971

Diplôme de l’ENA, 1971 et diplôme en langue anglaise de l’Institut Bourguiba des langues vivantes

Mastère en économie agricole, et diplôme d’ingénieur, option économie de l’irrigation, Université de Minnesota, Etats-Unis d’Amérique, 1974

Recrutement au ministère de l’Agriculture, 1975

P.D.G. de l’Office de mise en valeur des périmètres irrigués de Gafsa et du Djérid, puis commissaire régional au développement agricole, à Kairouan, puis Bizerte (1980-1993)

Chef de cabinet du ministre de l’Agriculture (1993 -1997)

Chef de cabinet du ministre de l’Intérieur (1997-2001)

Secrétaire d’Etat à la Pêche (2001)

Secrétaire d’Etat à l’Environnement (2002)

P.D.G. de la Trapsa (2003)

Directeur exécutif du Conseil oléicole international, Madrid (2004-2010)

Conseiller auprès du Premier ministre (février 2011)

Ministre de l’Intérieur dans le gouvernement Béji Caïd Essebsi (de mars à décembre 2011)

Conseiller auprès du chef du gouvernement, chargé des questions sécuritaires (décembre 2011-début 2013)

Chef du gouvernement (janvier 2015-août 2016)

Conseiller politique auprès du président de la République, Béji Caïd Essebsi (2018-2019)

Conseiller politique auprès du président de la République, Mohamed Ennaceur (de juillet à septembre 2019)

Pourquoi s’est-il décidé en tant que chef de gouvernement de faire partir son ministre des Affaires étrangères, et de limoger, au cas par cas, ses ministres de l’Intérieur, de la Justice, des Affaires sociales et des Affaires religieuses ainsi que son secrétaire d’Etat à la Sûreté nationale ? Quelle est la vérité sur les snipers, l’extradition de l’ancien Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi et autres grandes affaires ? Avait-il été tenté de renoncer à ses fonctions, après l’attentat terroriste de l’Imperial Hôtel à Sousse, fin juin 2015 ? Comment l’entourage de Béji Caïd Essebsi s’était acharné à le pousser vers la sortie en juin 2016, alternant pressions et menaces. En vain, persistant à se conformer à la Constitution et sollicitant un vote de confiance du Parlement. Le président de la République lui-même le lui avait-il expressément demandé? Les réponses sont édifiantes.

Habib Essid quittera le pouvoir et retrouvera avec bonheur son verger d’oliviers à Drijette, non loin de la capitale. Rien ne vaut à ses yeux que de planter des arbres et cultiver son champ. Deux ans plus tard, comment Béji Caïd Essebsi l’a rappelé à ses côtés en qualité de conseiller politique, à Carthage ? S’il a accepté cette mission, quel était son véritable objectif : «sauver le parti Nida» en renvoyant dos à dos les deux protagonistes, Youssef Chahed et Hafedh Caïd Essebsi ? Et pourquoi sa mission a échoué jusqu’à l’amener à se retirer de Carthage ?

Autant de révélations que livre Habib Essid, dans un témoignage exceptionnel, tout au long de la seconde partie de ses mémoires, celle consacrée à l’après-2010, date de son retour de Madrid où il avait dirigé, six ans durant, le Conseil oléicole international. La première partie n’en est pas moins passionnante.

De Oued El Kharroub au Minnesota

On remonte avec l’auteur dès le début du livre aux origines, et replonge dans un parcours très attachant. L’enfant des faubourgs de Sousse (quartier Oued El Kharroub), passionné de foot (ancien joueur au Club Patriote), et féru de mathématiques, s’attachera à réussir ses études. Une enfance heureuse, au sein d’une famille modeste, le père, maçon et la mère, très attachée à la terre qui lui inculquera la passion de l’agriculture. La prime jeunesse de Habib Essid sera animée avec des parties de foot et des escapades, l’été au Boujaafar, avant de monter à Tunis, puis partir aux Etats-Unis d’Amérique.

Maîtrise en sciences éco, diplôme de l’ENA et de l’Institut Bourguiba, mastère en économie rurale et diplôme d’ingénieur en irrigation de l’Université de Minnesota. Habib Essid savoure encore ses années d’étudiant à Tunis, entre le foyer universitaire de Ras Tabia, le campus d’El Manar, les matchs de foot et les spectacles des maisons de la culture Ibn-Khaldoun et Ibn-Rachiq. Son intégration, plus tard, dans la vie d’un étudiant aux Etats-Unis sera pour lui aussi facile qu’agréable, ponctuée de recherches, de visites à travers cet immense pays, et de congrès scientifiques.

Au fin fond de la Tunisie

De retour en Tunisie en 1975, Habib Essid rejoindra le ministère de l’Agriculture. Commencera alors pour lui un long parcours qui le mènera à Gafsa et au Déjrid, avant Kairouan, puis Bizerte, chef de cabinet (Agriculture et Intérieur), P.D.G., secrétaire d’Etat (Pêche, Environnement), traversée du désert, élection à la tête du COI à Madrid, et de nouveau à Tunis, fin janvier 2011... Les treize années passées sur le terrain pour promouvoir les anciennes oasis et en créer de nouvelles, développer les systèmes d’irrigation et lancer dans les autres régions de grands travaux agricoles laisseront en lui un souvenir impérissable. Le récit qu’il en fait, ponctué de portraits d’agriculteurs et de gouverneurs rencontrés, avec des touches d’humour, ajoute une saveur particulière à ces mémoires.

Journal d’un combat

Les mémoires de Habib Essid sont le récit de multiples combats. Celui d’un jeune Tunisien qui s’engage à réussir ses études et contribuer au développement agricole de son pays. Celui d’un grand commis de l’Etat, qui dirigera des cabinets ministériels dans des départements clés : l’Agriculture et l’Intérieur. Celui d’un homme d’Etat, qui sera notamment ministre de l’Intérieur et premier chef du gouvernement de la deuxième République, née de la Constitution de 2014.

Dans la nouvelle configuration des pouvoirs, comment Habib Essid, qui n’était pas issu d’un parti politique, bien que porté par Nidaa de Béji Caïd Essebsi, et sans soutien parlementaire garanti, devait-il mettre en œuvre son programme gouvernemental, gérer les ingérables, parer aux multiples risques et menaces et relever tant de défis ? Et quels étaient ses rapports avec Caïd Essebsi, Ghannouchi et les autres parties prenantes ?

Sur près de 500 pages réparties en huit chapitres, illustrées par un album photo, le livre de Habib Essid, rédigé en collaboration avec Ali Jelliti, journaliste-écrivain, déroule devant le lecteur une vie, révèle une âme, marque des espoirs et des déceptions, retrace un bilan et fournit des clés de réponse à tant de questions. «Ai-je dit la vérité, écrit-il en prologue. Toute la vérité ? Oui, de mon point de vue... Même si dans tout récit et toute analyse, le personnel et l’objectif s’entremêlent.»

Un récit passionnant, écrit dans un style épuré, qui se lit comme le roman d’une vie et le parcours d’un homme d’Etat, resté toujours attaché à la terre nourricière.

Hadith Edhakira
de Habib Essid
Editions Leaders, novembre 2021,492 pages dont 68 pages photos, 38 DT
En librairie et sur www.leadersbooks.com.tn

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Les mémoires d’Habib Essid bientôt en librairie
 

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