News - 19.09.2020

La Tunisie face au Covid -19: Des recommandations de l’Ites, entre urgence et mise en perspective

S’érigeant en «pivot national dans l’élaboration des politiques publiques du présent et de l’avenir», l’Institut tunisien des études stratégiques (Ites) ne pouvait se soustraire à sa mission. Par-dessus tout, en cette délicate crise suscitée par le Covid-19. Relevant de la présidence de la République, il lui appartient de fournir des «outils d’aide à la décision permettant d’analyser les dynamiques affectant le présent et l’avenir de la Tunisie sur le plan national, régional et international.» Se positionnant «au cœur de la crise», il s’est employé à produire une étude intitulée «La Tunisie face au Covid-19 à l’horizon 2025 : fondements d’une stratégie conciliant l’urgence du court terme et les impératifs du moyen terme».

Cette étude, indique le directeur général de l’Ites, est axée sur trois phases temporelles : l’immédiat, le très court terme (de septembre à fin décembre 2020) et le moyen terme, à savoir l’horizon 2025. C’est ainsi qu’une équipe d’experts et de praticiens de diverses disciplines scientifiques, médicales, économiques et administratives, civiles, sécuritaires et militaires composée notamment d’anciens ministres (Santé), d’officiers généraux (Marine), de P.D.G. d’organismes publics (Cnss…), et d’universitaires a été mandatée pour y plancher.

La démarche adoptée s’articule autour des axes suivants:

Établir un diagnostic intellectuellement honnête et scientifiquement correct pour bien analyser et comprendre les mutations majeures et les grandes dynamiques façonnant l’échiquier national, régional et international ;

Anticiper les ruptures, éviter les risques et juguler les menaces mais également saisir les opportunités ;

Développer une vision et proposer des orientations stratégiques répondant à ces menaces ou opportunités : optimisation des politiques publiques par des propositions innovantes;

Débattre de ces enjeux pour assurer la recevabilité, l’appropriation et l’implémentation des options stratégiques par les décideurs.

La méthodologie bénéficie d’un esprit de synthèse qui a favorisé la formulation de recommandations opérationnelles, à la fois précises et efficientes quant à leur impact immédiat.

Les travaux ont été consignés dans un rapport remis au Président de la République qui a ordonné sa transmission au gouvernement et sa publication. Chacune de ses parties se distingue par une analyse approfondie et est assortie d’une démarche exécutive. Le corpus, réuni en recueil, mérite une lecture attentive. Extraits.

7 mesures économiques et sociales phares, préalables à la relance économique

1. Veiller à accorder une attention particulière aux secteurs mobilisant et impactant une proportion importante de la population active. Il s’agit, en particulier, d’au moins cinq secteurs d’activités prioritaires, à savoir le textile-habillement et chaussure, la construction et travaux publics, le commerce, le transport et les communications, les services de réparation et l’immobilier;

2. Assurer le bon fonctionnement des secteurs vitaux tout au long de la période de confinement ciblé ou de déconfinement. Un plan stratégique de continuité incluant les services publics (eau, électricité, transport, santé), l’agroalimentaire, les banques et certaines industries essentielles doit être établi. Relativement à ces dernières, notamment les industries opérant dans le domaine sanitaire, des politiques incitatives sont nécessaires, principalement l’octroi de subventions directes ou la suppression des taxes indirectes. Paralèlement, les chaînes d’approvisionnement alimentaire et pharmaceutique doivent être également renforcées afin d’assurer un rythme normal de production et de distribution des produits alimentaires et des médicaments et éviter la ruée sur ces derniers. Dans ce cadre, la consolidation de stocks stratégiques conférant la possibilité de réguler le marché en temps opportun est indispensable. Parallèlement, des politiques incitatives en faveur des filières agricoles stratégiques, notamment les filières maraîchère, alimentaire, laitière et de la viande sont également requises;

3. Mener une politique fiscale visant à préserver la trésorerie des entreprises et les emplois. Par le report du paiement des impôts et la promulgation de nouvelles exonérations fiscales, cette politique aiderait ainsi les entreprises à avoir la liquidité nécessaire, préserver l’emploi des salariés et soutiendrait le revenu des ménages. Par ailleurs, cette politique fiscale doit être ciblée, en priorisant les secteurs comme le commerce, la construction, etc. et en soutenant les secteurs les plus sinistrés à l’instar du tourisme et du transport. Il serait judicieux de promulguer rapidement, entre autres, le report du paiement des cotisations patronales, de rééchelonner les dettes dues à la douane et de défiscaliser les investissements opérés par les Sicar et les FCP, notamment ceux orientés vers les industries stratégiques.

En outre, la crise actuelle devrait être l’occasion d’amorcer une réforme fiscale audacieuse, en instaurant une plus grande progressivité impôt par la mise en place de nouvelles taxes de solidarité comme l’impôt sur les grandes fortunes et l’adaptation sans délai de la réglementation fiscale au télétravail;

4. Maintenir une politique budgétaire expansionniste incluant des mesures de relance de la consommation des ménages et des investissements des entreprises. En effet, l’économie tunisienne a enregistré de faibles taux de croissance avant la crise et la relance économique sera difficile avant la mise en place de mesures relançant la consommation des ménages et l’investissement des entreprises. En ce qui concerne les entreprises, certaines mesures réclamées par les organisations patronales seront nécessaires telles que:

La mise en place d’une ligne de garantie afin de permettre aux entreprises de contracter des crédits de gestion et de travaux ;

La création d’un fonds d’investissement pour la recapitalisation des industries, potentiellement considérées comme les champions de demain ;

Le paiement des dettes des entreprises et des professionnels ayant effectué des prestations pour l’État ;

L’accélération du remboursement des crédits d’impôts de TVA ;

La libération des cautions douanières. Du côté des ménages, parallèlement aux aides sociales ciblant les catégories sociales les plus vulnérables, le pouvoir d’achat des salariés doit être soutenu.

De ce fait, afin de restaurer la confiance, faire face au choc de la demande et stimuler la reprise économique ainsi que la croissance, il est fortement déconseillé de s’orienter vers des ponctions salariales pour alléger la pression sur les finances publiques ;

5. Mettre en œuvre une politique monétaire expansionniste venant en aide aux entreprises et aux ménages en difficulté et protégeant la balance des paiements contre les chocs externes. Dans ce cadre, la BCT doit veiller à ce que les ménages et les entreprises continuent à accéder aux crédits à des taux abordables. A cet égard, l’institut d’émission doit continuer sa politique expansionniste en baissant davantage le taux directeur, en bonifiant les taux sur les crédits d’exploitation et d’investissement et en adoptant une politique de « Quantitative Easing ciblé » (achat de certains types de titres et certificats d’investissement). Sur le plan de la balance des paiements, la BCT doit faire face notamment au choc externe de perturbation de la chaîne de valeur mondiale ainsi qu’à la baisse des recettes touristiques et des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE). En ce sens, elle doit pousser vers la promulgation de l’amnistie de change, annoncée au début du mois de février 2020 ;

6. Mener une politique sociale plus active afin de soutenir les classes sociales les plus vulnérables.

A cet égard, un ciblage adéquat de toutes les catégories de la population, et particulièrement les personnes intervenant dans le secteur informel, est indispensable, permettant de faciliter ensuite le renforcement de la protection sociale de cette frange vulnérable de la population. De même, un renforcement du secteur de la microfinance et des activités à finalité purement sociale et environnementale est nécessaire de manière à renforcer l’économie sociale et solidaire. Enfin, une adhésion à une nouvelle dynamique internationale visant à instaurer, en cette période de crise, un revenu universel plus égalitaire s’avère obligatoire ;

7. Renforcer les efforts de mobilisation des ressources financières nécessaires, aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale. Plusieurs options se présentent, bien que les marges de manœuvre soient limitées. La première étant la réallocation du budget et une réaffectation des ressources. La deuxième est relative à une responsabilisation beaucoup plus importante de la Banque centrale et une forte implication de cette dernière dans l’effort national de sauvetage des vies et de l’économie. La dernière est liée à la possibilité d’établissement d’un moratoire sur la dette en concertation avec les créanciers bilatéraux et multilatéraux ainsi qu’une forte mobilisation de la diplomatie afin de bénéficier de lignes de financement supplémentaires provenant des partenaires commerciaux, des organismes multilatéraux ou encore des fonds régionaux.

Mesures formulées par :
Maher Gassab & Aram Belhadj

Lire aussi:

Sami Ben Jannet: En incubateur de nouvelles politiques publiques à l'ITES





 

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1 Commentaire
Les Commentaires
El Afrit - 19-09-2020 16:39

C’est bien imaginé sauf qu’il faut surtout passer à l’action

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