News - 14.10.2021

Angela Merkel: Elle a cru en la transition tunisienne

Angela Merkel: Elle a cru en la transition tunisienne

Le départ de la Chancelière allemande Angela Merkel, après un règne absolu pendant 16 ans, ne laisse pas les Tunisiens indifférents. Son rapport à la Tunisie a été très fort, son soutien à la transition démocratique, prompt et continu, et son appui à la coopération bilatérale multiformes.

Alors que la France était encore abasourdie par la révolution du 14 janvier 2011 qu’elle n’avait pas vue venir, Angela Merkel était la toute première parmi les dirigeants européens à témoigner de son appui à cet élan démocratique. Dès le 11 février 2011, elle avait appelé au téléphone le Premier ministre Mohamed Ghannouchi pour lui annoncer qu’elle dépêchera auprès de lui, le lendemain même, son ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle. Soutien politique et appui financier ne se sont pas arrêtés depuis lors. D’emblée, le montant de l’aide accordée à la Tunisie a été doublé.

Une mise à niveau pour une parfaite intégration

Cet engagement trouve son explication dans plusieurs facteurs. «L’Allemagne voulait monter au créneau aux côtés de la Tunisie et supplanter la France, explique un analyste. En étroite coordination avec les Etats-Unis, elle a voulu donner une chance à une transition démocratique où l’Islam politique peut montrer ses aptitudes à agir», ajoute-t-il.

Un facteur personnel s’y est ajouté: originaire elle-même de l’ancienne République démocratique d’Allemagne (RDA) et ayant vécu la chute du mur de Berlin, Angela Merkel a beaucoup cru en les nouvelles perspectives qui s’ouvrent à la Tunisie. Pour avoir suivi de près la mise à niveau des anciens pays de l’Europe de l’Est et leur intégration dans l’Union européenne, elle a cru qu’il est de son devoir d’aider le peuple tunisien dans l’accomplissement de son ambition, tout à fait réalisable. De toute son énergie, la chancelière allemande y a rallié non seulement son pays, mais aussi l’Union européenne, les dirigeants du G7 et du G20, mobilisant leur soutien.

Quasiment tous les chefs de gouvernement tunisiens ont été invités en visite officielle à Berlin : Ali Laarayedh en 2013, Mehdi Jomaa en 2014, Habib Essid en 2015 et Youssef Chahed en 2017. De son côté, Moncef Marzouki, alors président de la République provisoire, était invité par son homologue allemand, Joachim Gauck, en visite officielle en mars 2013, et reçu à cette occasion par Angela Merkel.

«Je vous soutiens à fond !»

La relation la plus profonde était cependant celle qui avait lié la Chancelière Merkel au Président Béji Caïd Essebsi dès 2011. Ils se sont rencontrés pas moins de six fois à Deauville, en Bavière, à Tunis, à Taormina en Italie, et à Berlin. La toute première fois, ce fut en effet en mai 2011, lors du sommet du G8 à Deauville : une grande amitié commencera. Béji, lui, racontera ses années d’ambassadeur à Bonn et sa fascination pour le système allemand, notamment pour l’enseignement et la formation professionnelle. Il la subjuguera surtout par sa fine connaissance des relations internationales et la convaincra de son grand projet pour la Tunisie démocratique. Admirative de son engagement, elle ne cessera de lui affirmer, à chaque rencontre: «Je vous soutiens à fond !» Et elle tiendra sa promesse.

Lorsque l’Allemagne devait accueillir le sommet du G7, en juin 2015, au château d’Elmau en Bavière, Angela Merkel s’est ingéniée à convaincre ses pairs afin d’y accueillir le président Caïd Essebsi en invité d’honneur. Multipliant les marques d’attention, elle le fera asseoir juste à sa droite, et en face de Barack Obama, puis lors du déjeuner, à la droite du Premier ministre japonais, Abe, qui allait présider le G7, et dont le père était le fondateur de l’Association d’amitié tuniso-japonaise...

La Tunisie sera également invitée au Forum de partenariat avec l’Afrique organisé à Berlin en juin 2017 par la présidence allemande du G20, et la Chancelière Merkel y réservera un accueil chaleureux au Président Caïd Essebsi. Elle insistera pour qu’il participe en invité spécial à la réunion du G20 Compact With Africa qu’elle organisera en octobre 2018 à Berlin. La Tunisie y obtiendra une aide budgétaire substantielle d’un montant de 435 millions d’euros...

Cette amitié et ce soutien ont été également couronnés par la visite effectuée à Tunis le 3 mars 2017 par Angela Merkel, première chancelière allemande à s’y rendre depuis de longues années. Accompagnée de nombreux ministres et chefs d’entreprise, elle a tenu à faire de ce déplacement une nouvelle marque de soutien à la Tunisie.

Affligée par le décès de Béji Caïd Essebsi, le 25 juillet 2019, la Chancelière allemande a salué la mémoire du défunt Président en termes poignants : «Un homme d’Etat responsable dans sa pensée et ses actes, qui a fait progresser le changement démocratique en Tunisie, d’une manière décisive, en tant que Premier ministre, leader d’un parti, et enfin comme président de la République. (...) Il s’était rapproché de ses opposants politiques, et a réalisé la réconciliation et l’unité de la nation» (...) «Il avait pesé pour que nos deux pays soient proches et liés par une amitié extrêmement étroite».

Bienveillance et exigence

Comment Angela Merkel voit-elle aujourd’hui la situation en Tunisie ? Le projet qu’elle avait en tête s’est-il réalisé comme elle l’avait cru ? Aucune réponse. Trois éléments sont cependant à prendre en considération :

Même si elle quitte le pouvoir, l’ancienne Chancelière allemande demeure toujours au-devant de la scène politique de son pays, jouissant d’une grande aura en Europe et dans le monde. Son parti, le CDU bien qu’arrivé en deuxième position, vaincu par le SPD, continuera aussi à peser de son poids.

Le président de la République allemande, Frank Walter Steinmeier, ancien ministre des Affaires étrangères, connaît bien la Tunisie où il s’était rendu plusieurs fois, témoignant de son soutien à la transition démocratique. Il ne manquera pas de continuer à lui apporter son appui.

Le SPD, vainqueur du scrutin du 26 septembre 2021, plus à gauche sur l’échiquier politique allemand, est très regardant sur les questions des libertés, des droits humains et de la démocratie. La coalition qu’il formera notamment avec les Verts reposera sur un programme commun qui s’apparentera à celui de Joe Biden, c’est-à-dire des valeurs et des alliances.

Dans la continuité d’une longue relation avec la Tunisie, l’Allemagne sera sans doute bienveillante, mais aussi exigeante.

T.H.

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