Opinions - 04.06.2020

Abdelkader Maalej: Comment va notre télé

Il y’a quelques jours notre chaine de télévision nationale a fêté sans beaucoup de bruit son cinquante quatrième anniversaire. En ma qualité d’ancien communicateur et ayant déjà publié plusieurs livres sur l’histoire de la presse en Tunisie, je pense qu’il est de mon devoir de dire au moins quelques mots sur l’audiovisuel tunisien. Mon actuel propos ne concernera pas uniquement le secteur publique mais le secteur privé également puisque la plupart des chaines de télévision tunisiennes- une douzaine au moins- appartiennent actuellement au secteur privé alors que trois seulement sont du secteur publique si je ne me trompe pas.

La question à laquelle je vais essayer de répondre est de savoir si les télévisions tunisiennes, tous genres confondus, ont joué le rôle qui leur est dévolu.

Et tout d’abord quel rôle doit jouer une chaine de télévision ? Il est communément admis qu’une chaine de télévision doit jouer trois rôles à savoir informer, divertir et cultiver. A cet égard on dit depuis belle lurette que 70 pour cent de la culture qu’un individu acquiert proviennent des moyens de communication.

Pour ce qui est l’information on peut dire sans trop de risques de se tromper que la télévision a globalement joué son rôle. Des bulletins d’information sont régulièrement diffusés à des heures précises. Tout bulletin d’information comporte généralement trois volets nationaux internationaux et sportifs. La presse d’investigation n’est pas aussi absente ; on peut citer à titre d’exemple l’émission les quatre vérités présentée par la chaine Alhiwar attounsi etc. La deuxième chaine nationale transmet en direct depuis quelques années les travaux des séances  plénières du parlement tunisien.

Concernant l’analyse de l’information proprement dite on peut constater qu’il y’a même une pléthore de plateaux télévisés organisés tous les soirs  par presque toutes les chaines de télévision. Personnellement je me trouve tous les soirs  obligé, malgré moi, de choisir un plateau et rater  plusieurs autres.

Le divertissement occupe, quant à lui, une place de choix dans toutes les chaines. Jour et nuit toutes les chaines n’ont de cesse de présenter des films, des feuilletons et parfois des pièces de théâtre.  Toutes les semaines elles  programment une fois au moins, une émission réunissant un certain nombre de chroniqueurs hommes et femmes élégamment habillés dont le rôle consiste à discuter à bâtons rompus  de tout avec un peu d’humour et la plupart du temps sans tableau de bord préalable. D’aucuns parmi les présentateurs préfèrent inviter un acteur ou surtout une actrice et un chanteur ou surtout  une cantatrice très bien habillée et élégamment maquillée pour engager  avec lui ou elle un une sorte d’interview concernant la vie artistique et surtout privée voire intime de la personne invitée.

La culture est malheureusement le parent pauvre de toutes les chaines. Adieu maintenant aux programmes culturels alias produits par des ténors de la culture à l’instar de Hicham Boougamra, Fraj Chouchen, Mustapha Fersi, Moncef Charfeddine, Mustapha Attia ou par des journalistes chevronnés à l’instar de Béchir Rejab, Hatem Amara Walid Tlili, feu Salah Jgham et j’en passe. Signalons qu’il  n’y avait pas que des hommes présentateurs d’émissions culturelles. Les femmes participaient elles aussi à ce genre d’activités culturelles à l’instar des défuntes Alia Babbou qui produisait des émissions consacrée  aux femmes tunisiennes et aux enfants  et Wahida Belhaj qui produisait une émission tirée des archives de la chaine. Deux autres figures de radio Sfax s’étaient aussi distinguées chacune par une émission unique en son genre. Il s’agit de Ibtissam Mkawar productrice du programme Phares قناديل avec la participation de Ridha  Besbes, et Najiba Maalej  Derbel productrice  de l’émission Langue du dhad – l’arabe- لغة الضاد avec la participation de Abdelmajid Hadj Kacem

Hormis  deux émissions présentées par les deux chaines nationales au  week end, en l’occurrence  Pas possible مش  ممكن émission produite par Imed Dabbour  samedi soir et Café arabe قهوة عربي présentée par Insaf Yahyaoui dimanche soir, on ne voit presque rien de dit sur les lettres et la culture dans nos télévisions. Même les fétiches programmes présentés par Samir Elwafi sous différends titres dont en toute franchise ont disparu de la grille de Hannibal.

Trois penseurs seulement à ma connaissance ont fait leur parution  dans une ou deux chaines, en l’occurrence Abdlmajid Charfi  invité une ou deux fois, Hammadi Ben Jaballah invité une seule fois Youssef Seddiq invité 3 ou 4 fois et feu Mohamed Talbi sarcastiquement interviewé par plus  d’une chaine. Hormis ces penseurs et ils sont tous islamologues aucun autre penseur ou homme de lettres tunisien, n’a eu droit au chapitre et ce depuis la soit disant révolution du 14 janvier 1911.

Pour ne pas clore ce propos sur une note pessimiste disons simplement qu’une  radio culturelle rattachée à la chaine nationale a été crée depuis plusieurs  années. Cette radio permet à ces auditeurs d’être à la page de ce qui se produit en Tunisie dans les domaines de lettres et des arts. 

Abdelkader Maalej
 

 

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