News - 21.05.2019

Abderrazek Zouari : L’enlisement de la transition est au cœur du désenchantement pour Hakim Ben Hammouda

Présentant récemment le livre de Hakim Ben Hammouda «Sortir du désenchantement. Des voies pour renouveler le contrat social tunisien» (Editions Nirvana), le Pr Abderrazek Zouari estime que «c’est l’enlisement de la transition qui est au cœur du désenchantement et de la désillusion.» «Cela provient, ajoute-t-il du peu de conviction des citoyens dans la démocratie, car celle-ci a été incapable, surtout dans les périodes de crise, à faire face aux problèmes de marginalisation sociale et de précarité.Le Pr Zouari souligne qu’il a beaucoup aimé l’introduction dans laquelle l’auteur rappelle que la littérature théorique montre que les transitions démocratiques ont un effet positif sur l’économie. Toutefois, les études empiriques montrent que sur un échantillon de 90 expériences de transition démocratique, moins de la moitié ont réussi et que 39% ont échoué. Ces études montrent aussi que plus la transition est longue plus ses chances de réussite diminuent. Ces échecs sont dus aux difficultés politiques renforcées par des défis économiques, à l’incapacité de faire face sortir à l’incertitude.

L’auteur, poursuit le Pr Zouari, affirme que la Tunisie fait, actuellement face à une équation impossible dans son processus de transition économique : relance de la croissance, relever les défis des grands déséquilibres économiques et inclusion sociale. Les débats tournent autour de la capacité de l’économie tunisienne à relever les défis : déficit des finances publiques, atonie de la croissance, faible rythme du mouvement de réformes concernant la fiscalité, les caisses sociales, le système de compensation, le système de financement de l’économie… Mais l’auteur affirme que le modèle est plus profond : c’est purement et simplement l’éclatement du modèle de développement et du contrat social hérité de l’Etat de l’indépendance.

L’auteur pose comme hypothèse, estime Abderrazek Zouari, que la gravité et la complexité de la crise ouverte en Tunisie trouvent leurs origines dans l’éclatement du modèle de développement et du contrat social qui a prévalu depuis l’indépendance.

Tout l’enjeu est de fonder un nouveau contrat social et démocratique capable d’assurer une ouverture politique et une plus grande participation citoyenne, d’inventer un nouveau modèle de croissance durable et de mettre en place un modèle social plus inclusif. L’auteur avance que le passage à ce nouveau modèle de développement a des préalables, une vision et un train de réformes.

Les préalables sont (i) une transition politique et un nouveau saut dans la modernité (ii) une rupture avec le conformisme économique afin de sortir des sentiers battus et, enfin (iii) l’adoption de nouvelles politiques de l’égalité pour sortir des crises sociales.

Quant à la vision, l’auteur affirme la nécessité de (i) sortir de la domination de la macroéconomie et refonder le contrat social (ii) échapper à la pensée unique dans la politique économique (iii) agir et échapper à l’immobilisme et, enfin, (iv) garantir l’indépendance du projet économique surtout vis à vis du FMI.

Enfin, l’auteur présente les réformes nécessaires (i) rétablir les grands équilibres (ii) relancer l’investissement (iii) engager un renouveau industriel ainsi qu’une transformation structurelle (iv) accélérer les réformes et, enfin, (v) assurer une bonne gouvernance.

Tout en saluant la qualité du livre accessible aux non économistes, le Pr Zouari insiste sur trois points qui lui paraissent importants. Tout d’abord il pense que la Tunisie a besoin d’une grande action de réformes institutionnelles car on ne peut pas s’attaquer aux problèmes qui sont à la source de la révolution avec les institutions, mécanismes et procédures qui datent de 50 ans. Ensuite, il est nécessaire de distinguer entre les politiques conjoncturelles (politique monétaire et politique budgétaire) qui sont, par essence, des politiques de court terme, et les politiques de croissance qui sont structurelles et, par conséquent de long terme (l’accumulation du capital, l’introduction du progrès technique, l’éducation, l’état des infrastructures, la qualité des institutions et, enfin, l’ouverture commerciale. Enfin, il pense qu’il est du devoir des économistes et des responsables anciens et nouveaux de se pencher sérieusement sur les deux maux de l’économie tunisienne : la lutte contre le chômage et la lutte contre les déséquilibres régionaux, sujets malheureusement absents des débats.

Prochaine présentation de l’ouvrage : ce vendredi 24 mai 2019 à 21H30 au siège de l’UGTT en présence du Secrétaire général Noureddine Taboubi.
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