Projet Qawafel: recommandations pour permettre aux entreprises tunisiennes de saisir des opportunités d’exportation estimées à 2,28 milliards de dollars sur le continent africain
Le potentiel d’exportation encore inexploité des entreprises tunisiennes sur les marchés du continent africain est estimé à près de 2,28 milliards de dollars. Parallèlement, ces marchés offrent 2999 opportunités d’exportation, réparties sur 36 destinations et couvrant 590 produits. Pourtant, malgré cette richesse de perspectives, plus de 95 % de ces opportunités demeurent à ce jour non exploitées, selon les résultats présentés par l’enseignante-chercheuse en économie, Sonia Ben Kheder, dans le cadre d’une étude réalisée au sein du projet Qawafel. L’étude met en lumière les principaux enseignements d’une analyse conduite avec plusieurs chercheurs et tirée du livre «Increasing intra-African trade: Can the African Continental Free Trade Area be the game changer?» co‑édité par Wilma Viviers, Martin Cameron et Leila Baghdadi, respectivement universitaires à la North‑West University en Afrique du Sud et à l’Université de Tunis.
Pour sa part, le chef du projet Qawafel, Mazen Al Kassem — un projet financé par l’Agence française de développement et mis en œuvre par Expertise France — a souligné qu’au regard de ces données, la question n’est désormais plus de savoir si le continent africain représente une opportunité pour les entreprises tunisiennes. L’enjeu central réside plutôt dans la capacité à identifier des mécanismes concrets, rapides et efficaces pour en tirer pleinement parti.
C’est dans cette optique qu’une table ronde a réuni, le mercredi 22 avril 2026 à Tunis, des acteurs économiques, des représentants diplomatiques, des chercheurs et des décideurs, au siège de l’Institut arabe des chefs d’entreprise. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre d’un débat participatif organisé par le projet Qawafel et en collaboration avec le projet «Savoirs Éco».
Mazen Al Kassem a précisé que le projet Qawafel vise à structurer l’écosystème d’internationalisation tunisien, tout en renforçant la résilience des petites et moyennes entreprises. Cet objectif se concrétise à travers des programmes d’accompagnement déployés en partenariat avec plusieurs structures tunisiennes, combinant formation, appui technique et facilitation de l’accès aux marchés africains. S’appuyant sur les résultats de l’étude, il a par ailleurs insisté sur l’urgence, pour les entreprises tunisiennes, de capitaliser sur ces opportunités afin de nouer des partenariats solides et de consolider durablement leur présence sur les marchés du continent.
De son côté, l’universitaire et experte en économie Leila Baghdadi a mis en avant les avantages offerts par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), soulignant que la disponibilité d’infrastructures logistiques adaptées constitue un facteur clé qui nécessite des investissements importants. Elle a également insisté sur le rôle central d’une information fiable dans l’élaboration de stratégies d’exportation, permettant aux entreprises de renforcer leurs capacités, de diversifier leurs marchés et d’identifier les destinations à fort potentiel, en cohérence avec leurs stratégies d’exportation et d’industrialisation, afin de soutenir leur transformation structurelle. Dans ce cadre, elle est revenue sur l’ouvrage “Increasing Intra-African Trade: Can the African Continental Free Trade Area Be the Game Changer ?”, qui analyse le rôle structurant de la ZLECAf dans la dynamique du commerce intra-africain et ses effets potentiels sur les économies du continent. Elle a réitéré que les études analytiques présentées dans son ouvrage démontrent l’existence de nombreuses opportunités sur les marchés africains, en prenant notamment l’exemple du commerce bilatéral avec l’Afrique du Sud. Elle a mis en lumière que le potentiel des exportations de la Tunisie vers ce pays inclut 129 produits relevant de secteurs tels que l’agroalimentaire et les équipements électriques, représentant des opportunités d’exportation estimées à 84,7 millions de dollars.
Pour sa part, le directeur général adjoint du Centre de promotion des exportations, Riadh Attia, a souligné que le secteur des services constitue l’un des principaux moteurs des exportations tunisiennes vers plusieurs marchés africains. Il a indiqué que le Centre a déjà déployé plus de 45 actions de promotion sur les marchés africains et au-delà, tout en s’attachant à lever les contraintes auxquelles font face, en particulier, les PME et les startups dans la mise en œuvre d’opérations d’exportation durables. Il a également rappelé que si l’exportation demeure un levier essentiel de présence sur ces marchés, elle ne saurait être l’unique voie, les opportunités d’investissement et de partenariats entre entreprises tunisiennes et africaines étant à la fois nombreuses et diversifiées. Enfin, il a insisté sur la nécessité de renforcer l’accompagnement des startups innovantes, notamment en facilitant leur accès au financement et en adaptant le cadre réglementaire, afin de soutenir leur participation aux événements et salons à l’échelle du continent africain.
De son côté, Fathi Sellaouti, universitaire et ancien ministre de l’Éducation, a insisté sur la nécessité d’inscrire l’exportation vers le continent africain dans une approche globale visant à améliorer durablement le climat des affaires en Tunisie. Il a plaidé en faveur de la mise en place d’incitations à même de renforcer la résilience des entreprises au niveau national, condition essentielle pour faciliter leur orientation vers des marchés non traditionnels. Il a par ailleurs appelé à repenser l’offre tunisienne en développant de nouveaux produits à forte valeur ajoutée, spécifiquement adaptés aux réalités et aux besoins des marchés africains, plutôt que de se cantonner aux produits traditionnels.
À l’issue de cette rencontre, les participants ont formulé une série de recommandations destinées à soutenir la stratégie d’expansion des entreprises tunisiennes vers les marchés africains. Parmi les priorités identifiées figurent le renforcement de la diplomatie économique, l’amélioration des infrastructures logistiques dédiées à l’export, ainsi que la mise en place de programmes d’accompagnement intégrés combinant actions de promotion, missions commerciales et formation continue.
Ils ont également appelé à davantage de flexibilité dans les cadres réglementaires et douaniers, tout en soulignant la nécessité d’améliorer la diffusion de l’information relative aux droits de douane et aux réglementations en vigueur dans les pays africains. Le renforcement des représentations commerciales tunisiennes sur le continent a, par ailleurs, été identifié comme un levier stratégique pour consolider la présence des entreprises nationales.
Les participants ont en outre insisté sur l’importance, pour les entreprises exportatrices, d’adopter des stratégies fondées sur la création de valeur ajoutée et de mettre en place des mécanismes leur permettant de surmonter les barrières tarifaires, tout en renforçant leurs capacités de production afin d’accroître leur compétitivité.
Ils ont enfin estimé que la mobilisation conjointe des acteurs publics et privés, en coordination avec les partenaires internationaux de la Tunisie, est essentielle pour anticiper et saisir de nouvelles opportunités d’exportation. Celles-ci concernent notamment 12 produits à fort potentiel de demande sur les marchés africains au cours des 15 prochaines années.
Dans un message adressé aux dirigeants de PME et de startups, les participants ont présenté une feuille de route opérationnelle, conçue comme un véritable guide pratique, leur permettant d’identifier les opportunités concrètes sur les marchés africains, d’en maîtriser les exigences et, in fine, de faciliter l’expansion de leurs activités ainsi que le renforcement de leur présence sur ces marchés.
À propos du projet Qawafel
Qawafel est un projet de coopération internationale d’une durée de 42 mois (2023–2026), financé par l’Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France, en partenariat avec le ministère de l’Économie et de la Planification. Il vise à structurer l’écosystème tunisien de l’internationalisation vers des marchés africains prioritaires — notamment le Sénégal, la Mauritanie, la République démocratique du Congo et le Kenya — à travers l’accompagnement des entreprises, le renforcement de la diplomatie économique et l’amélioration du cadre institutionnel de l’export.