Hadj Béchir Akremi est décédé : Un pionnier des Tunisiens en France
Il était parti en France en 1956 et enduré les conditions pénibles des ouvriers tunisiens. Sans baisser les bras, il s’engagera à défendre la cause des émigrés. Hadj Béchir Akremi, figure de proue de notre communauté établie à l’étranger, est décédé lundi 2 mars 2026 à Kebili, à l’âge de 109 ans. Juste avant le ramadan, il a émis le vœu de quitter Tunis où il résidait ces dernières années, pour rentrer dans sa ville natale, tenant à y passer le mois saint. « Le destin voudra qu’il rende l’âme le jour-même de la commémoration de l’anniversaire du Néo-Destour, lui le fervent destourien », soulignera l’un de ses proches.
« L’unique perspective qui se présentait à moi, encore jeune, en 1956, disait Hadj Béchir, c’était l’émigration, comme de nombreux de mes compatriotes. En prenant le bateau pour Marseille, je croyais que mon séjour en France n’allait pas durer plus d’une année ou deux. Il prendra en fait des décennies, m’installant à Paris. » Et d’ajouter avec humour : « C’est comme si une fois que nous avons réussi à faire partir la France de nos territoires, nous avons pris sa trace et l’avons rattrapée ».
Hadj Béchir Akremi appartient à cette grande vague des immigrés tunisiens de la fin des années 1950. Il connaîtra alors la précarité, le travail à la chaîne sous payé, et celui au noir, non-déclaré. Il peinera à trouver un lit où dormir à tour-de-rôle dans des baraques insalubres et bondées à Barbes et Clichy, à Paris. Il s‘échinera pour gagner de quoi survivre et envoyer quelques francs à sa famille restée à Kebili. Son témoignage sur ses années de galère est édifiant.
Prenant conscience de la dureté de cette épreuve, Hadj Béchir Akremi adhèrera à la cellule destourienne de Paris, puis se lancera avec des amis, notamment Said Guembra, dans la constitution d’une amicale des Tunisiens en France. Rapidement, cette association sera le pivot des luttes pour défendre la cause de l’immigration. Il fallait à la fois obtenir la reconnaissance des autorités françaises et le soutien de celles tunisiennes. Combien de fois Hadj Béchir Akremi avait-il conduit des manifestations et des sit in ? Combien de fois était-il entré en dissidence avec l’ambassade de Tunisie à Paris, du temps de l’ambassadeur Mohamed Masmoudi, dans les années 1960? Les relations entre l’Amicale et l’ambassade connaîtront des hauts et des bas. Il était certes destourien, se fera élire député à l’Assemblée nationale, mais gardera son franc-parler.
L’amicale qui multipliera les sections dans différentes régions de France, a joué un grand rôle « d’encadrement » des Tunisiens. Son siège à la rue de Rome, près de la gare Saint-Lazare à Paris grouillait d'activité. On y venait de partout. A l’époque, il n’y avait ni Atuge, ni de grandes autres associations similaires. L’amicale était sur le pont, lorsqu’il s’agissait des négociations entre caisses de sécurité sociale, de fond d’assistance sociale, et de régularisation des « papiers » de séjour. Elle portait également secours, prêtant assistance en cas d’hospitalisation, d’incarcération, de décès et autres.
Hadj Béchir Akremi œuvrera à rassembler la communauté tunisienne, autant que possible. Puis viendra le temps de la multiplication des associations, dans la diversité de leurs tendances. Il passera alors le témoin et se retirera avec sa discrétion naturelle, gardant toujours contact avec les siens. Il appartenait à une autre génération.
Allah yerhamou.