Édito: Réinjecter l’expertise des retraités
Ils sont encore trop jeunes pour s’arrêter de travailler et partir à la retraite. Quitter la fonction publique à l’âge de 62 ans (et 65 ans pour certaines catégories) tombe comme un couperet. Le législateur a prévu (loi de 1985) un maintien en activité pour une période pouvant aller jusqu’à 3 ans. Cette disposition fait à présent l’objet d’une proposition de loi en vue de sa révision. Portée par 20 députés, elle vise à réduire la demande de maintien à une année seulement et lier son accord à une nécessité de service absolue, dûment justifiée. Une large marge de décision est laissée à l’appréciation de l’Administration.
Le décrochage est indispensable. On ne peut bloquer des postes, ralentir le renouvellement des effectifs, freiner la modernisation, voire susciter une frustration. Un retard dans les recrutements et un vieillissement de l’âge moyen des effectifs empêchent d’insuffler un sang neuf. Le chômage des jeunes diplômés cherche résorption.
Irréversible, la mise à la retraite ne saurait cependant couper les amarres et provoquer une perte brutale des compétences. L’expertise capitalisée tout au long d’une carrière administrative est précieuse. Comment la réinjecter, d’une manière ou d’une autre ?
Des formules appropriées sont à concevoir. Il ne doit s’agir que de missions ponctuelles, limitées dans le temps et adossées à des indicateurs de performance. Le retraité peut créer sa propre entreprise, proposer ses services, répondre à des appels à candidatures, fournir une prestation et facturer ses honoraires. Ses émoluments seront déclarés dans ses revenus et soumis aux retenues et taxes. Le cadre de cette collaboration doit être clair et s’inscrire dans la grande réforme administrative.
Combien sont-ils au juste ? Les estimations avancées par le ministère des Affaires sociales évoquent près de 1.5 million de bénéficiaires de pensions de retraite, au titre de la Cnrps et de la Cnss. Le tiers, soit près de 500.000, serait issu de la fonction publique et des établissements relevant de sa tutelle. Sur ces effectifs, ceux qui souhaitent continuer à apporter leur contribution à l’Administration publique se limiteraient à quelques milliers. Quel que soit leur nombre exact, ils offrent un véritable gisement d’expérience à ne pas négliger, surtout avec la prolongation de l’espérance de vie.
Les ressources humaines sont précieuses. Les retraités les plus qualifiés demeurent d’une grande richesse. Sachons leur permettre d’être utiles. La Tunisie en a besoin.
Taoufik Habaieb
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