News - 10.02.2026

Magna Mater: La Grande Déesse de retour à Zama (Album photos)

Magna Mater: La Grande Déesse de retour à Zama

Une beauté ravissante, et des pièces d’un trésor archéologique d’une valeur inestimable: c’est ce que révèle l’exposition-évènement «La Magna Mater entre Zama et Rome» ouverte au Musée du Bardo le 21 janvier dernier et devant se poursuivre jusqu’au 21 juillet prochain. Un grand émerveillement au cœur des divinités méditerranéennes et de leur culte, jusqu’à Zama, capitale des Numides, tout près de Siliana.

«Quelle beauté ! s’exclamera la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, admirant cette belle collection. 30 pièces sont revenues après un séjour de restauration puis d’exposition à Rome au parc archéologique du Coliseum. Une restauration qui leur a redonné une éclatante jeunesse. Le retour de la grande déesse est un véritable évènement en soi, et ce n’est là que la première partie d’une série de travaux et de projets que nous entreprendrons ensemble avec l’Italie.»

À Rome, le vendredi 6 juin 2025, la ministre tunisienne des Affaires culturelles, Amina Srarfi, et son homologue italien, Alessandro Giuli, ont inauguré l’exposition archéologique «La Magna Mater, de Zama à Rome»

«La Tunisie recèle un patrimoine culturel d’une richesse exceptionnelle, dira le ministre italien de la Culture, Alessandro Giuli, qui a fait spécialement le déplacement, à la tête d’une forte délégation. Se félicitant que «des trésors ont pu être restaurés par des experts italiens et tunisiens», il a déclaré que son pays est «fier d’être le premier partenaire de la Tunisie dans le domaine archéologique». Et s’y investira davantage.

À Tunis, le mercredi 21 janvier 2026, la ministre tunisienne des Affaires culturelles, Amina Srarfi, et son homologue italien, Alessandro Giuli, ont inauguré l’exposition archéologique «La Magna Mater, de Zama à Rome»

Longtemps inexploré

Kubala, Kubaba, Bybeke, Matar, Meter Theon, Meter Megalen Cybele, Magna, Matera idaea… Cette divinité fondamentale prendra dans le monde antique divers noms. Traversant l’Asie, jusqu’à l’Italie, elle sera vénérée pendant des millénaire. Figure tutélaire de Rome et sa Grande Déesse protectrice, Magna Mater était appelée au secours de la capitale romaine en 204 avant J.-C. pour parer à l’assaut de Hannibal. Elle était vénérée par le peuple romain, et deviendra le symbole de la vie, de la renaissance, de la fertilité et de la prospérité.  Son culte se propagera dans toutes les provinces romaines autour de la Méditerranée et parviendra jusqu’à Zama. L’un des épicentres de la culture numide et résidence royale où a vécu et régné le roi Massinissa qui a unifié les tribus de toute la région, et aidera Scipion l’Africain à vaincre Hannibal, Zama a traversé les siècles. Elle lèguera un patrimoine archéologique précieux, quasiment inexploré, jusqu’à une date récente.

Il faudra attendre, en effet, après plusieurs siècles, pour que de premières fouilles soient entreprises par l’Institut national du patrimoine (INP) à partir de 1996 et jusqu’en 2015. Le professeur Ahmed Ferjaoui et ses équipes découvrent alors les restes d’un important sanctuaire où était vénérés Mater Magna et son padère Attis, aux côtés de plusieurs autres divinités du panthéon gréco-romain. Ce véritable trésor retiendra l’attention avant d’être entreposé dans le dépôt muséal du site archéologique de Zama.

«Il s’agit d’un ensemble de sculptures en marbre, en pierre locale et en terre cuite et de plusieurs épigraphes qui documentent la grande importance du culte métroaque dans la région de Zama et dans toute l’Afrique proconsulaire», note une spécialiste.

«Découvertes dans l’Attideum ou le sanctuaire d’Attis, ces œuvres représentent un témoignage direct sur le culte de la Magna Materna en Afrique. Un culte très important de la Déesse protectrice de Rome dans l’histoire religieuse romaine mais aussi méditerranéenne avant et après le Christianisme», souligne Tarek Baccouche, directeur général de l’INP.

Tarek Baccouche, directeur général de l’INP

Une grande ambition commune

Une prise en charge appropriée était nécessaire tant pour l’identification et la documentation que pour la restauration. Le projet s’inscrira dans la continuité de l’accord conclu en 2024 entre le président de la République Kaïs Saïed et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni. Le Plan Mattei pour l’Afrique est venu à point pour soutenir une grande ambition réciproque.

Première étape, dès le début de l’année 2025, une sélection de trente pièces ont été acheminées à Rome, accompagnées de conservateurs et de chercheurs, pour bénéficier d’un programme de restauration qui s’étalera de mars à juin. L’Italie attendait avec impatience de voir ces œuvres, avant leur retour en Tunisie. C’est ainsi qu’une exposition intitulée « Magna Mater entre Rome et Zama » sera présentée pendant cinq mois au parc archéologique du Colisée de Rome, du 6 juin au 5 novembre 2025. Signe de franc succès, elle ne totalisera pas moins de 3 millions de visiteurs. La ministre des Affaires culturelle, Amina Srarfi, sera invitée à la cérémonie inaugurale par son homologue italien, Alessandro Giuli. A charge de retour en Tunisie.
Sous la direction du ministère et de l’INP, le Bardo s’en acquittera.

Une saga reprend

Tout commence début 2024, lorsque le directeur général de l’INP, nouvellement nommé, se rend en visite au site de Zama, à 8 km de Siliana. Sondès Douggui-Roux, chargée de recherches à l’Institut, et chef du département des musées régionaux et locaux, présente ce jour-là, témoigne que la découverte des artefacts trouvés dans les réserves est édifiante pour ceux qui ne les connaissaient pas. Décision est alors prise pour transférer immédiatement les pièces les plus précieuses au Bardo, et les conserver dans des coffres sécurisés. L’objectif final était cependant d’entreprendre leur restauration.

Sondès Douggui-Roux, chargée de recherches à l’INP et chef du département des musées régionaux et locaux

Lorsqu’Alfonsina Russo, chef du Département de la valorisation du patrimoine et directeur du parc archéologique du Colisée de Rome, viendra en visite en Tunisie et se déplacera à Zama, elle en sera fort émue. Sa conviction est faite: il faut engager illico presto un programme de coopération approprié.

«Magna Mater a été très aimée pendant des siècles, avec son compagnon Attis», dira-t-elle. La découverte des pièces de valeur à Zama établit un lien direct.

Alfonsina Russo, chef du Département de la valorisation du patrimoine et directeur du parc archéologique du Colisée de Rome

Un protocole rigoureux de restauration

Le projet de conservation élaboré conjointement s’est déroulé en plusieurs étapes : rédaction de la documentation, diagnostic et restauration, puis création de supports sur mesure de présentation. Le plan interdisciplinaire s’est appuyé sur des méthodes de diagnostiques non destructives, des analyses multispectrales, isotopiques et pétrographiques, ainsi que des techniques éco-compatibles. Une base de données interactive a été conçue pour faciliter les échanges et les interventions. Avec rigueur et patience, le projet se concrétise.«Dès la fin de l’exposition à Rome début novembre dernier, indique Sondès Douggui-Roux, il fallait procéder au démontage des vitrines, à l’emballage des pièces et à leur placement dans des caissons. Tout sera acheminé sur camions à Tunis, par voie maritime. Au Bardo, la salle Sousse a été spécialement aménagée pour accueillir l’exposition, avec le concours d’une équipe logisticienne italienne. L’inauguration a été merveilleuse.»

Alors que d’autres pièces, notamment en terre cuite, bénéficient à leur tour de restauration, des projets de recherches, de fouilles et de publications s’élaborent. En attendant la création d’un musée à Zama.