News - 30.05.2020

Riadh Ben Rejeb - Hommage à Mme Marina Mrad : Une pionnière à l’hôpital Razi ou la discrétion au service de la santé mentale

Riadh Ben Rejeb: Hommage à Mme Marina Mrad (1938-2020) : Une pionnière à l’hôpital Raz ou la discrétion au service de la santé mentale

Par Riadh Ben Rejeb - Dr Marina Mrad, psychiatre, vient de nous quitter à l’âge de 82 ans. Marina Lounitch (dite Cocquenet), veuve Pr Mohamed Ridha Mrad, ophtalmologue, est née le 7 mars 1938 à Split (ex Yougoslavie). Elle est décédée le 19 mars 2020 et enterrée le 20 mars à Hammamet.

Marina Mrad a choisi de vivre et de s’installer en Tunisie après avoir suivi un parcours médical à la Faculté de médecine et de pharmacie d’Aix Marseille. En 1965, elle obtient son Doctorat d’Etat en médecine et son Certificat d’Etudes Spéciales en médecine du travail. Elle a exercé d’abord en Suisse en qualité de médecin-assistant tout en continuant ses études à Aix Marseille. En 1968, elle obtient son Certificat d’Etudes Spéciales en neuropsychiatrie. Elle occupe alors le poste de chef de clinique à l’établissement psychiatrique de la Métairie à Nyon. Et de 1972 à 1974, elle travaille à la polyclinique universitaire de psychiatrie, Hôpital cantonal de Genève où elle a côtoyé de grands noms de la psychiatrie dont le célèbre Pr Julian de Ajuriaguerra.

Une fois à Tunis, elle rejoint en 1975 l’hôpital psychiatrique Razi en tant qu’assistante et chef de service « F » qui comprenait à l’époque un pavillon pour les patients hommes (Sfar) et un pavillon pour les patientes femmes (Ibn Jazzar). Elle a été ainsi, avec Mme Samia Attia, les deux premières dames psychiatres qui ont investi l’hôpital Razi la même année. L’institution va être renforcée par l’arrivée en 1977 d’Esseddik Jeddi et de Fakhreddine Haffani, en 1978, de Saida Douki et en 1979 par feu Mohamed Ghorbal. Ces jeunes psychiatres étaient porteurs de projets nouveaux, de nouvelles approches thérapeutiques et de nouvelles pratiques anti-asilaires (thérapies de groupe, ateliers d’ergothérapies, animations culturelles, psychothérapies d’orientation psychanalytique, etc.). Ils étaient épaulés par de nombreux jeunes psychologues et philosophes dont Néjia Zemni, Claudine Louzir, Abdallah Maaouia et Mélika Zamiti.

Dr Marina Mrad a choisi de quitter l’hôpital Razi en 1982-83 préférant s’installer en pratique libérale à son domicile à Mutuelleville. Dr Samia Attia a choisi de partir et s’installer au Canada en 1986.

Marina Mrad a beaucoup contribué à alléger et à soulager la souffrance mentale de ses patients en institution ou en privé. Elle faisait partie de ces psychiatres qui préféraient écouter que prescrire. Sa douceur, son humanisme et la qualité de son écoute étaient ses meilleurs outils de travail clinique. Discrétion, efficacité et générosité font d’elle une dame exceptionnelle. Son caractère rejoint en fait celui de son défunt mari, feu le Pr Ridha Mrad, premier maire de la ville de Hammamet depuis l’indépendance de la Tunisie, pendant quatre mandats successifs (de 1956 à 1968) et qui a consacré sa vie à la l’ophtalmologie, au sport et aux œuvres sociales et plus particulièrement rotariennes. 

Ultime geste de générosité, Mme Marina Mrad a décidé de faire don de ses livres à la bibliothèque de psychologie de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis (9 avril).

Le destin a marqué le parcours de cette tunisienne par la discrétion aussi bien dans sa vie que dans sa mort.

Paix à son âme.

Riadh Ben Rejeb
Professeur de psychopathologie clinique ;
directeur du Laboratoire de psychologie clinique,
Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis (Université de Tunis).
Cf. R. Ben Rejeb « Psychanalyse en Tunisie. Historique et états des lieux ».
Topique, 2010, 110, pp. 41-81.

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