Opinions - 03.11.2022

L’aviculture : un fleuron de l’économie tunisienne en agonie

Par Abdelmejid Frej - Depuis quelques mois, l’aviculture traverse en Tunisie une crise qui risque de balayer tout l’acquis édifié par des générations vaillantes au lendemain de l’indépendance. Les intervenants qui dominent l’ensemble de la chaine du secteur jusqu’à dans ses fines mailles s’emploient à imposer leurs conditions. L’Etat, insoucieux des retombées calamiteuses et tragiques qui en découleraient, affiche jusque-là, un silence de mort. Il faut dire que les politiques, toutes connotations et convictions confondues, sont pris par d’autres urgences que la survie de l’économique, et au- delà, de celle du tunisien.

Depuis quelques semaines, les éleveurs de volaille souffrent le martyr pour assurer la survie de leurs troupeaux qui se comptent par millions de sujets. Ils craignent que leur patrimoine ne subisse une extermination totale faute d’aliments produits par quelques entreprises. A l’origine, un différend avec l’Etat autour du prix de vente de l’aliment qui devrait subir une hausse suite à la flambée des prix au niveau mondial qu’attise, par ailleurs, la chute non convaincante du dinar.

Face au risque d’effondrement du secteur, ni les unités d’aliments ni l’Etat ne semblent concernés par ce drame. Ils affichent une paralysie totale et un silence de mort. D’un côté, les fournisseurs d’aliments refusent de livrer leurs produits au prix fixé par l’Etat, face à une certitude de voir le cheptel en élevage disparaitre, de l’autre, l’Etat qui refuse d’accorder, même partiellement, la répercussion du prix international. Entre les deux, les éleveurs, les accouveurs, et éventuellement les abattoirs, victimes et otages, pourraient disparaitre du paysage économique comme bon nombre d’entreprises dans d’autres secteurs. Des populations entières risquent de ne laisser que leurs cendres et personne ne sera là pour soulager leurs proches.

Des décades ne pourront ressusciter le secteur et le pays entrera de plein pied dans la dépendance internationale. Le coût à payer sera loin de celui que les opérateurs en action prendraient en charge aujourd’hui. Désamorcer la crise par un compromis et réfléchir à la stratégie future sont les deux urgences du moment.
 

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