Opinions - 01.10.2022

L’édito de Taoufik Habaieb: S’attaquer aux démons

S'en sortir ? La Tunisie en est bien capable ! Sauf que tous y pensent, très peu y œuvrent concrètement. Pourtant, le rebond salutaire est à notre portée.

La voie est balisée. L’accord avec le FMI est imminent. Le retard pris dans sa conclusion a permis à ses conditions préalables de connaître un début de réalisation. Un compromis n’a-t-il pas été finalement trouvé avec l’Ugtt pour une augmentation salariale et une trêve sociale pendant trois ans dans le secteur public. Mme Bouden a donné le maximum qu’elle pouvait consentir. M. Taboubi a accepté le minimum de ce qu’il revendiquait. L’entente entre le gouvernement et la centrale syndicale ouvrière était indispensable. Tout comme l’augmentation du prix des carburants. Le décaissement commencera alors dès la validation par le conseil d’administration du Fonds.

Plus qu’un appui financier, le FMI attestera de la soutenabilité de la dette tunisienne. De quoi rassurer les autres bailleurs de fonds et les inciter à répondre à la demande de la Tunisie, dans des conditions souhaitées raisonnables.

Les perspectives politiques se précisent. Les Tunisiens éliront le 17 décembre prochain leurs 161 députés à l’Assemblée des représentants du peuple. La loi électorale est contestée par certains, l’absence de nombre de partis politiques se fera ressentir, mais le pays a hâte de renouer, début février prochain, avec un pouvoir législatif, aussi limité soit-il. L’essentiel est d’inciter les meilleurs à se porter candidats et de les soutenir pour l’emporter.

Reste le plus dur ! La Tunisie doit se résoudre à affronter les grandes réformes. Leur coût social sera très lourd à supporter. L’embrasement des prix cet été, la pénurie et l’érosion brutale du pouvoir d’achat en ont donné un avant-goût. Ruptures de stocks, manque de ressources financières pour payer l’importation sous monopole de certains produits essentiels, démantèlement des filières avicole et laitière et de fausses manœuvres dans la gestion de la crise ont mis au jour les limites des pouvoirs publics.

Les mois à venir s’annoncent durs. Le gouvernement ne doit manquer ni de perspicacité, ni de courage, ni d’ingéniosité pour les gérer. Tant qu’il est en place, il doit privilégier l’économique et favoriser le social, tout en s’investissant dans les réformes et en traquant le mal partout sévissant.

Deux maux profonds rongent le pays : la corruption et les dysfonctionnements de la justice. Tenaces, irréductibles, ils puisent dans l’impunité et l’insouciance une rare puissance de résistance. La métastase corrosive se répand partout. Quant à la justice, lente, complexe et compliquée, elle attend sa refonte.

Ici et là, Kaïs Saïed multiplie les coups de semonce. Pour le commerce, une nouvelle législation réprime lourdement la spéculation. Il suffit de l’appliquer, sans chasse aux sorcières ni favoritisme. Dans la foulée, toute la politique de la distribution et des prix est à revoir. Pour la justice, le ton est donné : des magistrats en payent les frais. Le chantier est beaucoup plus vaste.

Affranchir la Tunisie des démons qui l’accablent s’érige en devoir national. Corruption, injustice, inégalités, précarité, analphabétisme et chômage viennent en tête des forces du mal. S’y attaquer exige courage, détermination et union nationale. En sommes-nous capables ?

Taoufik Habaieb

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