News - 08.09.2022

Le ministre de l'Education nationale, Fethi Sellaouti réussira t-il là où ses prédécesseurs ont échoué : sauver l'école publique ?

Comment tenir deux ans, sous deux gouvernements aux antipodes, les pieds sur la braise, et rester toujours serein ? Fethi Sellaouti, ministre de l’Éducation nationale, à la tête de plus de 6 000 écoles, collèges et lycées et plus de 238 000 fonctionnaires, se livre très peu. Portrait.

Un Djerbien… de Siliana. Un économiste monétariste, dirigeant syndical, président d’université (Tunis El Manar), hissé ministre de… l’Éducation nationale. Fethi Sellaouti, 62 ans, est en parfait équilibre dans ses multiples racines. Inclusif. Il en fera son credo. Son terreau fondateur, il l’a hérité de son père, patriote, engagé dans le mouvement national, qui était commerçant et agriculteur. Comme de nombreux Djerbiens, il s’était installé au nord de la Tunisie.

Ce fut d’abord Bargou, où Fethi Sellaouti naîtra le 6 avril 1960. Quatre années plus tard, la famille s’établira à Siliana. Elle comptera huit frères et sœurs. A six ans, le futur ministre rejoindra l’école primaire à l’appellation significative : « La République », à Siliana… Commencera alors pour lui un brillant parcours scolaire puis universitaire, couronné par un doctorat en sciences économiques à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (1992).

Entre-temps, le destin ne manquera pas de réserver à l’heureuse famille une rude épreuve. En 1973, le père décèdera alors qu’il n’avait que 50 ans. A 13 ans, Fethi s’est retrouvé subitement orphelin du père. Son frère aîné dut alors interrompre ses études supérieures, pour prendre la relève en assurant la gestion des affaires familiales et en veillant sur sa mère, ses frères et sœurs. Réussir deviendra un engagement pour tous.

Baccalauréat à Siliana, puis maîtrise en sciences économiques à la faculté des Sciences Economiques et de Gestion de Tunis (Fsegt, 1984). Faisant partie des trois premiers lauréats, il obtiendra une bourse d’études pour préparer un DEA en économie internationale et de développement à l’Université Paris 1 Sorbonne, qu’il obtiendra en 1985. La voie lui était alors ouverte pour le doctorat. Sujet de thèse : «Choix d’un régime de change par un pays en développement : le rattachement à un panier optimal de devises (cas de la Tunisie)». Le doctorat lui est décerné avec mention très honorable et les félicitations du jury

De retour à Tunis, Fethi Sellaouti gravira une à une les marches de l’enseignement au sein de son université d’origine, jusqu’au grade de professeur de l’enseignement supérieur (2009), après avoir obtenu l’habilitation universitaire (2003).

Le syndicaliste… président d’université

Sommaire

Une interview de

Fethi Sellaouti Ministre de l’Éducation

et les analyses de

Hédi Larbi

Riadh Zghal

Naceur Ammar

Mohamed Jaoua

Kamel Ben Naceur, et

Mohamed Hedi Zaiem

Deux traits de caractère significatifs viendront marquer sa carrière. Le premier est le syndicalisme. Fethi Sellaouti sera en effet élu secrétaire général du syndicat de base de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (droit et économie) et se déploiera de toute son énergie pour faire aboutir les revendications de ses collègues. Le second est managérial, mais toujours fort de la confiance de ses pairs.

Dès 2004, Fethi Sellaouti mettra le pied à l’étrier, lorsqu’il rejoindra le conseil scientifique de l’Université Tunis El Manar (UTM). En pleine tourmente de 2011, il sera élu vice-président de l’Université, chargé de la formation, des programmes et de l’insertion professionnelle. Le pli est pris. En 2014, il sera élu président de l’Université pour un premier mandat (2014-2017), puis réélu pour un second mandat (2017-2020). Très actif dans les instances universitaires internationales, il sera élu vice-président de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF, 2017-2021), et nommé membre du conseil d’administration de l’Union des universités méditerranéennes (Unimed) et du conseil exécutif de l’Union des universités arabes.

Le grand saut

Fethi Sellaouti n’avait jamais imaginé quitter un jour l’université pour une autre carrière. En plein été 2020, et alors que Hichem Mechichi formait son gouvernement, il reçut un appel de Dar Dhiafa l’invitant à s’y rendre pour rencontrer le chef du gouvernement désigné. Premier pressentiment, un poste de ministre de l’Enseignement supérieur, son domaine de prédilection, allait lui être confié. Entretien cordial au bout duquel Mechichi lui proposera de rejoindre l’équipe en tant que ministre… de l’Éducation nationale. Surprise, réflexion, consultation, acceptation. Plongeon immédiat, le 2 septembre 2020, en pleine rentrée scolaire.

Depuis maintenant deux ans, et pas un jour de congé, ce sera sans répit. Arrivée tôt le matin au bureau, départ tard, le soir — même en été —, Fethi Sellaouti s’est attelé à sa lourde tâche. Cet homme cultivé féru de lecture, de cinéma et de théâtre ne réserve plus le très peu de temps qui lui reste qu’à sa famille. Marié à « une femme exceptionnelle », père de trois enfants, un garçon médecin et deux filles qui ont réussi elles aussi leurs études universitaires dans d’autres spécialités, il y puise un réel bonheur ressourçant.

Que fera-t-il une fois qu’il quittera, un jour ou l’autre, le gouvernement ? Toute son ambition, une fois qu’il aura réussi à contribuer au sauvetage de l’école publique à travers une réforme qui la mettrait au diapason des standards internationaux de qualité, est de retourner à sa faculté d’origine, retrouver son laboratoire de recherche, se mettre à la disposition des étudiants, encadrer des thèses... Fethi Sellaouti est toujours en équilibre avec sa vocation.

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