Lu pour vous - 03.09.2022

Fathi Kemicha: L’art de réussir l’arbitrage international

Et si la gratitude, en plus de la compétence, constituait un secret de réussite professionnelle et personnelle ? Fathi Kemicha, avocat « itinérant » dans de grandes capitales du monde, comme il se définit lui-même, et arbitre international de renom, en offre une belle illustration. Dans son livre Mémoires en quête d’avenir (Vérone Éditions, Paris), il revient sur le parcours qui l’a mené depuis son Kairouan natal,  jusqu'à Paris, Washington, Genève, La Haye, Manama et autres hauts lieux du droit international. Fathi Kemicha nous introduit alors dans les arcanes des instances spécialisées des Nations unies et de la Banque mondiale et nous fait découvrir, études de cas à l’appui, les coulisses de l’arbitrage.

Tout commence à Kairouan, avec une passion chevillée au corps, le cinéma. Fathi Kemicha y plongera durant sa prime jeunesse, participera activement au club des cinéastes amateurs, réalisera même de courts métrages et décrochera, après son bac, une bourse d’études en cinéma à Paris. Mettant les bouchées doubles, il élargira ses horizons à l’étude du droit et finira par soutenir à la Sorbonne une thèse de doctorat en droit international. Sans  s’arrêter là, Fathi Kemicha réussira le concours d’entrée à Science Po et en sortira diplômé et sera également admis à Yale University, aux États-Unis, en tant que visiting scholar durant plusieurs mois. Alternant activités professionnelles et études universitaires, il enrichira sans cesse ses connaissances, son expérience et ses réflexions.

Saisir sa chance

Ses premiers pas professionnels, il les accomplira au sein de la Chambre de commerce franco-arabe, présidée alors par Michel Habib-Deloncle, ancien ministre du général de Gaulle. Un conseil franco-arabe est créé au sein de la chambre et ouvre alors devant Fathi Kemicha de larges voies d’une brillante carrière. Avocat inscrit au barreau de Paris, son carnet d’adresses sera rapidement doublement bien garni.

La chance lui sourira à plusieurs reprises. Il sera simultanément arbitre international, avocat plaidant à la Cour internationale de justice de La Haye, fondateur et secrétaire général de la Cour constitutionnelle de Bahreïn, membre de la Commission du droit international de l’ONU à Genève et président de la Commission des sanctions (anti-corruption) de la Banque mondiale à Washington DC. Derrière chaque mission, une histoire poignante. Faire partie de l’équipe d’éminents juristes formée par l’Etat de Bahreïn pour assurer sa défense dans son conflit avec le Qatar, au sujet de la délimitation maritime et des questions territoriales (1996-2001), soumis à la Cour internationale de justice à La Haye, constituera une véritable épopée. La victoire remportée par le Bahreïn en mars 2001, après des retransmissions télévisées publiques des plaidoiries, viendra alors consacrer la compétence de Fathi Kemicha et de ses coéquipiers. Ils seront décorés par le Roi Hamad ben Issa Al Khalifa.

A la conquête de nouvelles expériences

Une nouvelle opportunité s’offre : postuler à la Commission de droit international (CDI) de l’ONU qui siège à Genève. Fathi Kemicha parviendra à arracher son siège parmi les 32 mis au vote aux Nations unies. Il y siègera sans discontinuité (deux mois par an) pendant dix ans, de 2001 à 2010, puis renoncera à rempiler pour un troisième mandat. Le Bahreïn reviendra dans son destin. Lorsque le Souverain décidera, en 2002, de créer une Cour constitutionnelle, c’est à Fathi Kemicha qu’il fera appel pour monter cette institution devant constituer une pièce maîtresse d’une monarchie constitutionnelle. Il s’en acquittera à merveille, avant de partir voguer sous d’autres cieux.

Son nouveau point de chute, après Paris, sera Washington DC pour rejoindre en janvier 2007 le conseil des sanctions de la Banque mondiale, pour un mandat de deux ans. Cette instance examine en appel des dossiers liés à des cas de corruption et de fraude. Il sera porté à la présidence du conseil début 2009.

De l’huile d’olive

Vint alors l’heure du retour aux sources : Kairouan et l’oliveraie familiale. Son illustre grand- père, Mohamed Kemicha, avait légué un vaste domaine agricole de six cents hectares. Le père de Fathi cèdera sa part à ses enfants et voilà l’avocat et arbitre international s’occuper de son patrimoine. Le projet intégré qu’il montera, de l’arbre à la bouteille, aboutira à une huile d’olive de grande qualité, embouteillée sous le label Domaine Kemicha. Sur l’étiquette a été inséré le tableau de Paul Klee «Aux portes de Kairouan».

En filigrane de ces passionnantes mémoires, le sens de la gratitude est omniprésent. Fathi Kemicha n’omet guère de rendre hommage à tous ceux qui ont conduit ses pas sur ces voies multiples : sa famille, Hédi Mabrouk, alors ambassadeur à Paris, Mohsen Mrabet, consul à Nanterre, Mansour Moalla, d’éminents juristes de divers pays, de grandes figures marquantes de la CDI et de la Banque mondiale et autres. Cette reconnaissance sincère se trouve alors conjuguée à un grand mérite personnel. On apprend beaucoup à visiter ce parcours d’excellence.

Mémoires en quête d’avenir
De Fathi Kemicha
Vérone Éditions, Paris, 2022, 124 pages,
13,50 euros


 

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