Opinions - 19.08.2022

Dr Mohamed Adel Chehida: Patriotes... et plus que jamais à l'étranger !

Durant mon dernier séjour en Tunisie et durant une discussion, un proche parent me dit que les tunisiens résidents à l’étranger (TRE) n’ont pas le droit de s’exprimer sur l’actualité politique et sociale tunisienne car les TRE vivent aisément dans leur exil, ne connaissent pas la réalité tunisienne et ne partagent pas les souffrances de leurs compatriotes ! Et il n’est pas le seul à avoir cette attitude, chose qui m’a poussé à écrire ces lignes.

Faut-il rappeler à mon proche parent que les TRE représentent presque 10% de la population tunisienne dont la plupart sont répartis entre la France, l’Italie et l’Allemagne et qu’ils sont la première ressource en devises du pays et que chaque année on bat des records pour essayer de faire passer ce cap difficile à notre pays ? Les derniers chiffres, ceux du 31 juillet 2022, publiés par la BCT  parlent de 4,879 milliards de dinars soit une hausse de 15% par rapport à l’année précédente. Il m’est pénible de parler d’argent, ce n’est pas dans nos valeurs mais devant l’agression morale, je me vois obligé de rappeler cette réalité.
Depuis mon engagement associatif et ma courte intrusion dans la vie politique lors des législatives de 2019 cette question me tourmente. Pourquoi cette ambivalence vis-à-vis des TRE ? Sommes-nous des demi-citoyens parce que nous résidons à l’étranger ?

Selon cette logique binaire, si un tunisien résident à l’étranger réussit et porte haut les couleurs de son pays, tels que les recteurs tunisien au Canada et au Japon ou le mathématicien Nader Masmoudi, il est acclamé, sa photo est sur les premières pages des journaux et des post sur FB sont partagés. Mais, si la même personne ose un jour exprimer une critique sur un sujet, par exemple l’usage des sacs de plastiques noirs qui sont  éparpillés le long de l’autoroute Tunis -Sfax, cette même personne devient alors une « persona non grata » dans son pays natal. Ceci est d’autant plus vrai si cette personne réside en Europe, car c’est admis, ceux qui résident dans les pays du golfe, par je ne sais quelle intervention divine, bénéficient d’une sympathie sans limites. Partir en Europe c’est moins bien vu. Pourquoi ? Certains n'ont pas compris que nous vivons à l'ère de la circulation en temps réel de l'information, ce faisant ils se ridiculisent en voulant cacher la réalité; TRE ou résident en Tunisie nous partageons en temps réel l'information.

Pendant la pandémie la solidarité desTRE à tous les niveaux s'est manifestée par l’envoi des concentrateurs d’oxygène et autre matériel susceptible de sauver une vie. Personnellement au début de la pandémie j’ai pu décrire alors dans des articles ce qui se passait en Italie, et ainsi alerter mes collègues et passer à la télévision quelques messages et des conseils, en contrepartie j’ai reçu les remerciements de certains compatriotes avec un sentiment indescriptible de satisfaction. J’ai pu contribuer à l’effort national en quelque sorte. La responsabilité envers le pays qui hante chaque TRE est grande.

Faut-il aussi rappeler que sans les TRE la saison touristique aurait fait faillite et que malgré les diverses destinations possibles un TRE ne pense qu’à passer ses vacances chez lui et ses proches ?
Chaque TRE porte en lui son histoire et ses raisons de quitter le pays, mais la recherche d’emploi est la principale raison d’émigration. Alors pourquoi ce sentiment de reproche envers ceux qui pour une raison ou une autre ont dû partir et laisser des parents et des amis?

Le temps est venu pour que concrètement l'Etat passe des paroles et des déclarations de bonnes intentions aux actions pour revitaliser ce cordon ombilical qui unit la diaspora tunisienne au reste du pays. Nous faisons tous partie d’un seul et même peuple.

J’aimerais entendre durant les fêtes nationales, un discours d’un président unificateur appelant à une paix sociale et à une unité nationale qui va au-delà des frontières. Actuellement c’est une nécessité pour notre chère Tunisie. La troisième république qui vient de voir le jour dans un contexte socio-économique et géopolitique très difficile pourra-t-elle changer la donne ? Ma question je la pose à nos sociologues, nos journalistes, nos politiques et à chaque citoyen ?

Dr Mohamed Adel Chehida
 

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