News - 12.08.2022

Mohamed Larbi Bouguerra: La Tunisie, pays du déni climatique?

En septembre 2009 déjà, M. Antonio Guterres, Secrétaire Général de l’ONU a lancé un appel à l’adresse des dirigeants du monde : «Nous avons l’obligation de tout faire pour mettre fin à la crise climatique.»  
A entendre nos responsables nous parler à longueur de journée de la réunion francophone de Djerba à l’automne et de celle avec les Japonais et les Africains fin août, TICAD 8 ; à écouter nos médias parler des festivals, des mésaventures d’un humoriste connu et des menus des familles à la plage, on se demande si tous ces gens demeurent dans des igloos et s’ils n’ont ni le moindre problème d’eau ni ne souffrent de la canicule qui brûle les corps et les forêts. Nos décideurs ne croiraient-ils pas au changement climatique ? Seraient-ils des adeptes de ce Premier Ministre australien conservateur Tony Abbott qui, en 2009, voulant vendre son charbon en dépit des avis du GIEC et des climatologues locaux disait, à propos du changement climatique, qu’il était «une m….absolue»! Quand on voit les mégafeux, la chaleur et les inondations qui s’abattent sur son pays, on mesure la lamentable et lourde erreur de cet homme politique ultra-libéral.  Aujourd’hui, le New York Times (23 juillet 2022) assure que «le changement climatique n’est pas négociable.»

Urgentissime question de l’eau

Ces questions essentielles, vitales semblent bien plus intéresser la presse étrangère que la nôtre. Ainsi, par exemple, Mathieu Galtier du journal parisien Libération (9 août 2022) a enquêté à Ouechtata et au village de montagne de Jarda. Il a fait un récit fouillé des problèmes d’eau que rencontrent tant la population que les agriculteurs de ces localités.

De son côté, le New York Times (23 juillet 2022) écrit que «En Tunisie, en 2040, le risque climatique majeur pourrait être le stress hydrique. Les inondations, les feux de forêt, le stress thermique, la montée du niveau de la mer constituent les autres dangers importants pour ce pays.»

Selon la FAO, «La Tunisie est le pays du Maghreb qui fait face aux risques les plus importants de déficit en eau.»

Donner des conseils aux familles pour économiser l’eau est judicieux mais ne saurait résoudre la crise car les plus gros utilisateurs de l’eau sont l’agriculture et l’industrie et c’est là que doivent porter les efforts qui sont de nature à changer les habitudes bien ancrées.

Faut-il rappeler ici que notre quotité annuelle d’eau n’est que de 470 m3/personne et que nous consommons 96% de nos ressources en eau alors que le stress hydrique débute dès que l’on dispose de moins de 1700 m3 d’eau/an et par habitant d’après l’ONU. 

Devant ce sombre tableau, la placidité du pouvoir face à l’urgence de la question de l’eau a de quoi inquiéter; la pénurie d’eau pouvant conduire- qu’à Dieu ne plaise- à des troubles sociaux et régionaux quasiment inédits fort graves. Des signes de mauvais aloi ont apparu par endroits lorsque des gens exténués par les coupures d’eau ont bloqué des routes dans le Kairouannais et ailleurs ou ont vandalisé les conduites de la SONEDE pour s’approvisionner en eau potable.

Qu’attend encore le gouvernement pour mettre en application une politique efficace face à la pénurie d’eau? Que lui faut-il de plus pour prendre à bras le corps cette situation? Pour faire face aux inondations comme à Nabeul ? Aux incendies de forêt? Pour faire face à la sécheresse car l’indice d’humidité de nos sols est plus qu’inquiétant?

Notre gouvernement doit réaliser que changement climatique est là. Il n’est pas pour demain, Il est global et les dégâts sont déjà là. 

Deux exemples:

Plus d’une centaine de communes en France (exemple :  la commune de Seillans (2583 habitants), dans l’arrière-pays niçois, dans le Var ) sont privées d’eau potable et sont alimentées par camions citernes depuis une année. De plus, leurs compteurs d’eau sont munis de mouchards car nul ne doit dépasser une consommation de 150 litres/jour/personne car il risque la coupure pure et simple. Ces mesures sont prises dans un pays qui dispose de 3262m3/an/habitant soit 7 fois la quotité dont dispose le Tunisien !

Le mercredi 8 août, au moins neuf personnes avaient péri et sept autres étaient portées disparues à Séoul (Corée du sud) du fait des pluies diluviennes qui ont inondé la capitale et son infrastructure de transport. Ces pluies torrentielles sont les plus dévastatrices jamais enregistrées depuis les premiers relevés pluviométriques effectuées il y a 115 ans (Médiapart, 10 août 2022).

Il faut que le gouvernement fasse des choix sur l’eau voire institue des restrictions sur l’eau potable, contrôle les irrigations agricoles, mette fin aux puits anarchiques et illégaux et interdit le détournement d’oueds.

Tout cela est très politique

Le gouvernement saura-t-il prendre ses responsabilités dans l’atmosphère trouble qui règne dans le présent marigot politique tunisien ?
Il y va de sa responsabilité morale aujourd’hui et demain, face aux générations futures.
La francophonie à Djerba et la TICAD 8 fort bien mais les questions urgentes de l’eau et du changement climatique ne peuvent plus attendre. Il faut mettre fin à la politique de l’autruche.

Mohamed Larbi Bouguerra

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