News - 06.08.2022

Tunisie: Des lendemains incertains

Par Habib Touhami - Les Tunisiens n’avaient pas voté oui le 25 juillet 2022 en faveur d’un projet de Constitution, mais en faveur de la personne de Kaïs Saïed.

Ce glissement insidieux n’est pas particulier au cas tunisien. Presque tous les référendums à caractère constitutionnel dans le monde ont fini par se transformer en plébiscite et on sait que du plébiscite au césarisme, il n’y a qu’un pas d’autant plus facile à franchir que certaines circonstances le favorisent comme la crise économique ou la déliquescence de l’Etat. Ce constat laisse à penser que la voie référendaire n’est nécessairement pas la meilleure voie démocratique pour changer la Constitution ou l’amender et que si référendum il faut, il est préférable qu’il vienne conforter une entente élaborée préalablement au niveau du Parlement et de la société civile.

En tout état de cause, il n’y a pas eu de vainqueur. Il serait indécent en effet qu’un camp revendique la victoire à moins de se considérer en état de guerre civile et de traiter l’autre camp en ennemi. Ce serait d’autant plus absurde que les graves problèmes socioéconomiques que vit la Tunisie depuis une décennie n’auront aucune chance de disparaître du jour au lendemain avec la réussite ou l’échec du référendum. Car quel que soit le résultat final de la votation, les Tunisiens sont réveillés le 26 juillet avec les mêmes doutes, la même amertume, la même cherté de la vie et la même mauvaise qualité des services publics.

D’aucuns soutiendront mordicus que le renforcement des prérogatives du Président de la République est de nature à résoudre tous les problèmes du pays. Ils ont tort et ce pour deux raisons. Quand bien même le Président de la République devrait-il prendre les bonnes mesures —ce qui reste à démontrer —, les résultats attendus seront nécessairement différés et espacés dans le temps. Par ailleurs et étant donné que la Constitution relève in fine du contrat social et que ce contrat est rompu ou sérieusement chahuté dans l’état, la discorde nationale qui prévaut actuellement aura des conséquences catastrophiques sur l’économie nationale et les relations du pays avec l’extérieur.    

C’est sous cet angle que l’on doit voir les choses. Tout autre angle est biaisé et trompeur. Personne ne sortira indemne de la bataille politique et constitutionnelle en cours, surtout pas Kaïs Saïed. Pour réformer le pays et relancer l’économie, le Président de la République aura besoin de tous les concours. Pour mieux négocier avec le FMI et redresser le dinar, le Président de la République aura besoin de toutes les compétences et de tous les soutiens dont ceux des partenaires sociaux. C’est dire qu’il faut qu’il se garde de tout triomphalisme blessant en cas de réussite du référendum et de tout renoncement honteux en cas d’échec.

Habib Touhami
 

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