Hommage à ... - 25.07.2022

Il y a vingt-cinq ans disparaissait Chedly Ben Abdellah: Quand il est mort, le poète…

Un air connu(1)

Par Aissa Baccouche - Nul n’est poète en son pays Chedly Ben Abdallah. Comme d’autres parmi ses contemporaines et l’incarnation de cet adage qui est, en vérité dédié aux prophètes. Mais les poètes ne sont-ils pas touchés, eux aussi, par une sorte de grâce divine ? Leurs rêves ne sont-ils pas mus par un souffle prémonitoire :

«El la buée des rêves de l’homme.

Féconde très tôt la graine de ses désirs

Alors les mains frissonnent en s’incurvant

Tandis que le vent aux mille soupirs

Fait tournoyer les pensées»

Cette stance insufflée par notre compatriote est tirée de la première page des «carnets poétiques Nord-Africains» paraissant à Mostaghanem en 1955 sous le titre qui sied à notre propos : les feuilles de l’arbre divin.

Par-delà ces transes d’inspiration soufie, Si Chedly passera à la postérité pour le poète amoureux éperdu de la médina de Tunis dont «chaque rue est un poème, disais-je combien je t’aime».

Oyez ce qu’en pense Ezzedine Guellouze ancien conservateur de la bibliothèque nationale au temps où elle occupait les locaux d’El Attarine près du souk des parfumeurs créé par Abou Zakaria fondateur de la dynastie Hafside (1228-1535) : «Chedly Ben Abdellah flâne dans la médina d’une flânerie faussement désinvolte. De ces centaines de bruits et de couleurs il faisait patiemment son miel. Après avoir tout décrit et raconté, Chedly Ben Abdellah se reconnait poète de sa ville et par le souvenir poète de sa vie».

«Au pas, mes souvenirs, au pas !

Ne vous basculez pas

Je vous citerai tous, bon ou mauvais

Joyeux ou tristes mais jamais méchants»

J’ai connu Si Chedly au soir de sa vie. Mais je l’avais souvent rencontré à travers ses chroniques dans le journal-culte des années 70 « la Presse de Tunisie » où moi-même j’exerçais l’un des métiers les plus passionnants qui soient : l’écriture.

Mais lui, il avait l’avantage d’écrire non seulement en prose mais aussi en rimes. Même sa prose était rythmée. Avant de nous quitter, il nous régala avec un madrigal d’adieu dans « Tunis Raga bouche ».

«Mais le passé l’on ne peut faire revenir
L’on ne peut pas être et avoir été
Paix donc, paix, ô mes chers souvenirs
Mais ceux qui figurent dans ce livre
Sont appelés cependant à survivre
Tandis que, sous une dalle allongée
Pour toujours, je me reposerai…»

Le poète est bien mort le 22 mars 1997. Mais son œuvre, elle, restera vivace tel un baobab éternel.

Aissa Baccouche

(1) Fredonné par Gilbert Bécaud en hommage à Jean Cocteau
 

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