News - 02.12.2021

Les OGM : un ancien débat toujours d’actualité

Par Ridha Bergaoui - La Tunisie importe des quantités importantes de maïs et de soja OGM destinés à l’alimentation animale mais également pour la production d’huile de soja.

Par ailleurs, le développement récent de la culture du colza des variétés Clearfield tolérantes aux herbicides et classées en 2018 « organisme génétiquement modifié » (OGM) par la cour de justice de l’Union Européenne, relance de nouveau la problématique des plantes génétiquement modifiées (PGM) issues des nouvelles biotechnologies.

Biotechnologies et génie génétique

Les biotechnologies représentent un réel progrès scientifique et technologique. Elles ont permis des applications très importantes dans les domaines de la santé (création de vaccins, production d’hormones et de médicaments divers dont l’insuline), la nutrition (production d’additifs et d’enzymes), la reproduction (transfert d’embryons, reproduction in vitro), la sélection végétale (PGM) …
Les OGM sont obtenus généralement par transgénèse. Il s’agit d’introduire,  grâce aux techniques du génie génétique, dans le génome d’un individu des gènes provenant d’un individu d’une autre espèce différente (virus, bactérie, animal, plante…). Ces techniques ont été appliquées aussi bien aux animaux (croisements entre espèces éloignées, animaux possédant des spécificités d’autres espèces, saumon à croissance rapide…) qu’aux végétaux (PGM) pour l’obtention  d’organismes nouveaux présentant un intérêt pratique ou économique.

Pour les PGM, l’objectif était d’introduire des gènes de la résistance aux ravageurs, aux herbicides ou de nouvelles qualités technologiques (résistance au pourrissement, facilité de conservation après récolte …) ou même nutritionnelles (richesse  en vitamines…). On pourrait également envisager dans les prochaines années l’introduction de gènes de résistance au stress hydrique, l’adaptation aux changements climatiques…

La transgénèse est une technique coûteuse,  longue et fastidieuse. De nos jours, de nouvelles techniques ont été mises au point appelées « New Breeding Techniques (NBT) dont la mutagénèse. Celle ci consiste à provoquer des mutations dirigées sans introduction de gènes étrangers. Cette technique est beaucoup plus rapide et moins fastidieuse que la transgénèse. 

Les mutations sont des processus naturels qui représentent le moteur de l’évolution des espèces. C’est un outil essentiel de la sélection. Elles permettent de créer une variabilité intra- spéciale et l’apparition de nouvelles caractéristiques qu’on peut fixer par la suite. Les scientifiques ont toujours essayé de créer au laboratoire des mutations artificielles en usant divers procédés physiques, chimiques et mécaniques. Le génie génétique est, de nos jours, un moyen, très pratique et beaucoup moins onéreux que les moyens classiques dont disposaient les sélectionneurs, pour créer des mutations et de nouvelles variétés,.

Les plantes génétiquement modifiées

Dans le domaine de la sélection végétale, le génie génétique a permis dés le début du siècle d’obtenir  de nombreuses variétés de plantes diverses dites PGM qui se distinguent des variétés classiques par un ensemble de caractéristiques d’intérêt agronomique et économique. Les plus importantes de ces PGM, cultivées à grande échelle, sont essentiellement  le soja, le maïs, le coton et le colza.

Ces PGM sont censées produire plus que les variétés conventionnelles et résister aux  attaques des ravageurs des cultures. Certaine sont tolérantes à certains herbicides et permettent un désherbage facile et efficace. Les PGM devaient donc en principe améliorer la situation alimentaire, la rentabilité de la culture et nécessiter moins de produits chimiques polluants (pesticides et herbicides).   
Malheureusement les semences génétiquement modifiées sont brevetées et sont considérées propriété du sélectionneur.

L’agriculteur qui utilise ces semences les paye très cher (50 à 100 % plus cher que les semences conventionnelles) et on lui interdit d’utiliser les produits comme semences pour la culture suivante. L’agriculteur doit acheter chaque année son stock de semence et se trouve ainsi  à la merci des firmes internationales semencières.
Quatre ou cinq multinationales se partagent le marché des semences PGM. Le géant Monsanto s’accapare à lui seul prés de 90% du marché. Il est l’équivalent de Microsoft pour le secteur de l’informatique.
A côté de cette dépendance face aux multinationales, les défenseurs de la nature, les écologistes et autres activistes craignent que les OGM portent atteinte à la santé du consommateur et à l’environnement. Ces risques des cultures OGM et la consommation des produits dérivés n’ont cessé de faire l’objet de débats houleux parfois violents entre les anti-OGM et les pro-OGM.

D’une façon générale, le consommateur, sensibilisé à ces problèmes grâce aux NTIC,  Internet et les réseaux sociaux,  a fini par se méfier des OGM et préfère de plus en plus pour sa santé, à tord ou à raison,  des aliments  exempts d’OGM.

Les cultures OGM dans le monde

Les premières cultures d’OGM sont apparues en 1994. Depuis les superficies n’ont cessé d’augmenter et les produits issus de ces cultures, surtout le soja et le maïs sont, de nos jours, présents partout.

Les superficies actuelles cultivées dans le monde en OGM est d’environ 200 millions d’hectares (soit 13% de la surface agricole mondiale) et touchent prés de 20 millions d’agriculteurs (sur un effectif estimé à 1500 millions d’agriculteurs dans le monde) .
Une trentaine de pays cultivent les OGM.  La plus grande partie de ces cultures (90% des superficies) se trouve dans le continent américain (Etats Unis, Brésil, Argentine, Canada). Le reste est réparti d’une façon inégale en Asie (Inde et Chine), en Australie et d’une façon beaucoup moins importante dans quelques pays africains.

La plupart des pays Européens  interdisent la culture des PGM. Seuls l’Espagne et le Portugal cultivent un peu de maïs OGM pour leurs propres besoins. En France, les mouvements altermondialistes, anti-OGM sont très puissants et la culture des PGM est en principe interdite.

Autant les Américains sont ouverts et pragmatiques, autant les européens sont conservateurs et adeptes du risque zéro.
Les produits OGM sont utilisés essentiellement dans l’alimentation animale, la fabrication des biocarburants (soja, maïs) ou pour l’obtention de produits transformés (huile, tourteaux, coton….).

Réglementation concernant les OGM

Suite aux risques présumés que peuvent représenter  les OGM sur la santé et l’environnement, la communauté internationale a dû réglementer les échanges d’OGM  par le Protocole de Carthagène en 2000 signé par plus de 172 pays dont la Tunisie.  
Des législations régionales et nationales réglementent la culture et la commercialisation des OGM. Dans certains pays, un système d’étiquetage et de traçabilité permet de rassurer le consommateur. L’agriculture biologique interdit formellement  l’usage de produits OGM.

Certains pays interdisent la culture des OGM, d’autres y sont favorables. D’autres ont des réglementations plutôt restrictives. En Europe, à part l’Espagne et le Portugal, les pays de l’Union Européenne interdisent les cultures PGM mais autorisent les échanges de produits OGM destinés à l’alimentation humaine, animale ou pour un usage industriel.

En 2018, l’Union Européenne a considéré que la mutagénèse, au même titre que la transgénèse,  entre dans le champ de la directive OGM. Les semences issues de cette technique sont considérées, des semences OGM et la culture est en principe interdite.
Cette décision a été contestée surtout par les semenciers et la question reste encore à débattre. Des ajustements sont attendus. Les NBT seront probablement très prochainement reconnues et les PGM obtenues par mutagénèse autorisées.

Effet des OGM sur la santé du consommateur

Après plus de 25 années de culture  et de consommation des produits OGM, aucune preuve scientifique n’est établie qui indique que les OGM peuvent nuire à la santé du consommateur. De rares études ont montré un certain effet (tumeurs mammaires chez les rats nourris avec du maïs OGM durant deux années de suite), toutefois ces résultats ont été contestés par les organismes officiels surtout suite au trop faible effectif d’animaux utilisé dans ces essais.

De nombreuses études sérieuses et officielles ainsi que des organismes internationaux comme l’OMS, la FAO et le PAM n’ont relevé aucun cas, scientifiquement prouvé, d’un quelconque effet de la consommation d’aliments issus des PGM sur la santé de l’homme ou des animaux.

Par ailleurs, avant leur commercialisation, les pays d’origine sont tenus à utiliser les procédures réglementaires d’évaluation des risques de sécurité sanitaire et établir que les produits OGM sont sains et conviennent à la consommation humaine.
Accepter ou rejeter de consommer des produits contenant des OGM est une question surtout de culture et de notre rapport avec la nourriture.

Effet des OGM sur l’environnement

Il est tout à fait admis que le vent ou les insectes pollinisateurs peuvent transporter du pollen de plantes OGM pour féconder des plantes non OGM, soit cultivées ou sauvages, se trouvant aux alentours. L’effet des OGM sur l’environnement et sur la biodiversité est donc probable. 

Dans le cas par exemple de plants OGM tolérants aux herbicides, il est possible que cette tolérance soit transmise à des plantes environnantes qui deviennent résistantes au désherbage et risquent de devenir envahissantes. Pour les PGM toxiques pour certains insectes, le risque qu’ils soient également nocives pour des insectes utiles non cibles (comme les abeilles) ou que les insectes développent une résistance et deviennent difficiles à combattre, est probable.

Les cultures PGM peuvent également contaminer des cultures en mode biologique censées être exemptes de traces d’OGM.
Des effets non intentionnels et imprévus peuvent également survenir avec ces PGM lâchées  dans la nature.
Des précautions sont recommandées pour éviter tout effet sur la diversité et l’équilibre biologique ou la détérioration de l’environnement.

Toutefois, si des pays (30 au total dont les Etats Unis, le Canada, le Brésil, la Chine, l’Inde…) continuent, après plus de 25 ans, à cultiver les PGM c’est que les risques environnementaux sont faibles. Pour ces pays, les bénéfices comparés aux risques sont à l’avantage des PGM.

Par ailleurs, il est attendu, dans un proche avenir,  que les sélectionneurs s’intéresseront à d’autres espèces végétales (légumes et cucurbitacées) et à d’autres caractères (comme la résistance à la sécheresse, à la salinité ou des qualités technologiques, gustatives  ou nutritives...). Ces derniers caractères auront probablement peu d’effets négatifs sur l’environnement et seront d’un intérêt agronomique et économique certain.

Conclusion
 « On ne peut arrêter le progrès » dit-on. Les nouvelles technologies avancent de jour en jour et de plus en plus vite. Le génie génétique progresse rapidement et ses applications dans la sélection  végétale se multiplient et se diversifient. De nouvelles variétés obtenues par mutagénèse verront certainement bientôt le jour et seront mises prochainement sur le marché.
Suite à la croissance démographique et l’augmentation continue de la demande en produits agricoles, produire plus tout en s’adaptant à la sécheresse, la salinité, aux ravageurs et aux changements climatiques qui menacent la planète, est indispensable pour notre survie. Le génie génétique permet de nos jours de transférer des gènes intéressants rapidement et d’une façon très précise. 

L’agriculture est confrontée à de nombreux défis et est appelée à améliorer ses performances. Le recours aux nouvelles technologies (agriculture de précision, intelligence artificielle, Internet des objets, robotique…) et aux biotechnologies sont des moyens importants  pour progresser.

La culture des PGM et l’utilisation des produits issus de ces cultures doivent être envisagées avec précautions pour les risques possibles qu’elles présentent sur la santé et l’environnement. Les conséquences économiques et sociales doivent être également étudiées. La dépendance face aux multinationales productrices de PGM, en rapport avec la sécurité alimentaire du pays, qui représente pour certains une nouvelle forme de colonisation, une « colonisation OGM », est grave.

Il est également nécessaire de disposer d’une réglementation à jour et de moyens d’analyses et de contrôles adéquats. Le soutien et le développement de la recherche dans le domaine des biotechnologies est essentiel.  Sélectionner des variétés adaptées à notre climat et à nos conditions socio-économiques particulières, en faisant appel aux nouvelles biotechnologies de l’amélioration des plantes, nous permet de gagner du temps et de ne pas recourir aux semences étrangères brevetées et aux monopoles des multinationales.

Enfin, il ne faut condamner et rejeter en bloc ni les techniques du génie génétique ni toutes les PGM mais étudier cas par cas leur incidence pour pouvoir se prononcer. Le progrès est important, plus important encore est l’usage qu’on en fait.

Ridha Bergaoui


 

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