Success Story - 06.11.2021

Pr Hatem Kallel: l’illustre médecin tunisien qui combat le Covid en Guyane

Prenez une carte géographique. Portez votre regard sur l’Amérique latine. La surprise est totale. A plus de 7 000 km de Tunis, un médecin tunisien, Pr Hatem Kallel, fait en effet honneur à son pays et à la science, à Cayenne, la capitale de la Guyane française, frontalière du Brésil et du Surinam. Professeur des universités et praticien hospitalier, chef du pôle des urgences-soins critiques du Centre hospitalier de Cayenne, ce médecin intensiviste-réanimateur est en première ligne dans la lutte contre le Covid-19. A la tête de ses équipes, il se déploie de toute son énergie tant dans la capitale du département français d’outre-mer, Cayenne, que dans les deux autres hôpitaux de la Guyane.

Son activité ne se limite pas à prodiguer des soins à ses patients et à gérer ses équipes. Le Pr Kallel s’investit également dans l’enseignement universitaire à IFSI de Cayenne et l’université Antilles Guyane, l’encadrement de thèses et de mémoires et la recherche scientifique. Ses recherches portent sur l’épidémiologie de l’infection associée aux soins et de la résistance bactérienne, la maîtrise de la consommation d’antibiotiques, la pathologie environnementale et toxicologique, les pathologies émergentes et reemergentes, les pathologies tropicales graves et l’éthique et la relation avec les familles en réanimation. Il est actuellement membre de l’unité de recherche Écosystèmes amazoniens et pathologie tropicale.

Pur produit de l’école médicale tunisienne, diplômé de la faculté de Médecine de Sfax, le Pr Hatem Kallel a fait le choix de partir si loin s’installer à Cayenne où il bénéficie de beaucoup d’estime. Une saga exceptionnelle.

Quel a été votre parcours?

J’ai effectué ma formation médicale initiale à la faculté de Médecine de Sfax (1987-1992). Admis en 1995 au concours national de résidanat, j’ai choisi la spécialité réanimation médicale. Après quatre semestres dans la spécialité, j’ai compléte ma formation en France. Mon premier stage etait d’un an à l’hôpital Fondation Saint-Joseph. Le deuxième, d’un an également, au service de réanimation de l’Institut Gustave-Roussy. Ensuite, j’ai effectué un stage d’assistanat de quatre mois au service de réanimation de l’Institut Mutualiste de Montsouris.

En 1999, j’ai obtenu mon diplôme de fin de spécialité en « médecine interne, option réanimation médicale », réussi mon concours d’assistanat en Tunisie et occupé le poste d’assistant hospitalo-universitaire au service de réanimation polyvalente du CHU de Sfax.

Ensuite, j’ai réussi en 2005 le concours d’accès au grade de maître de conférences agrégé en réanimation médicale et j’ai continué mon exercice au service de réanimation polyvalente du Centre hospitalo-universitaire Habib-Bourguiba de Sfax.

C’est en 2009 que j’ai rejoint le Centre hospitalier de Cayenne pour exercer au sein du service de réanimation polyvalente du CH de Cayenne. En 2013, j’ai obtenu l’autorisation d’exercice la médecine en France dans la spécialité «réanimation médicale». En 2016, j’ai obtenu le master 2 en hygiène et qualité des soins, et en 2018, je suis admis au concours de praticien hospitalier et nommé, en septembre 2020, professeur des universités.

Comment faites-vous face à la pandémie en Guyane?

La pandémie s’est déclenchée en Guyane au mois de mai 2020, soit quatre mois après la crise en France métropolitaine. Nous nous sommes préparés en équipant de nouveaux lits de réanimation et en augmentant le capacitaire global en lits de soins critiques en Guyane. Au départ, nous disposions de 11 lits de réanimation. Pendant la crise, nous avons réussi à augmenter notre capacitaire à 54 lits, notamment en créant de nouveaux secteurs de réanimation à l’hôpital de Cayenne et des services de réanimation éphémères dans les deux autres hôpitaux de Guyane (qui ne disposaient pas de lits de réanimation).
Nous avons, pour cela, reçu un renfort en ressources humaines de la métropole mais aussi des Antilles. Ce dispositif a permis de prendre en charge plus de 600 patients Covid en réanimation.

Y a-t-il d’autres Tunisiens dans le secteur de la santé en Guyane?

Oui ! Les Tunisiens sont bien représentés dans plusieurs spécialités (médecine d’urgence, pédiatrie, anesthésie, chirurgie). Ils font partie des médecins les plus performants de l’hôpital et représentent très bien la médecine tunisienne.

Comment est la vie à Cayenne?

La Guyane est un département français situé à 7 000 km de la France métropolitaine avec des spécificités réunissant son caractère français, européen et sud-américain. Elle a une population de 300 mille habitants avec 60% âgés de moins de 20 ans. Malheureusement, le taux de pauvreté est à 60% avec tout ce que cela implique comme répercussions sur la santé de la population. Certaines pathologies infectieuses évoluent de façon endémique (comme le paludisme) et d’autres de façon épidémique comme la dengue, le Chikungunya et le Zika.

Le climat équatorial fait que la température est presque constante à 28°C avec deux saisons de pluie en janvier-février et en mai-juin.

Le territoire compte une mosaïque de populations représentées essentiellement par des créoles guyanais, des Brésiliens, Surinamiens, Libanais, Haïtiens, Amérindiens, Bouchiningais, Européen, Nord-Africains ...

Quels liens gardez-vous avec la Tunisie et avec Sfax?

Je garde une relation très étroite avec ma famille à Sfax mais aussi avec mon équipe d’origine. Nous continuons avec le Pr Mounir Bouaziz et le Pr Mabrouk Bahloul à débattre de certains sujets d’intérêt. Nous continuons aussi à réfléchir sur certains sujets de recherche communs, notamment dans les domaines de l’envenimation scorpionique et l’envenimation vipérine. Nous pensons aussi à établir des conventions d’échange d’étudiants.



 

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