News - 16.09.2021

Les secrets d’un art majeur: le protocole d’État

Quelle est la différence entre une visite de courtoisie, une visite de travail et d’amitié, une visite officielle et une visite d’État ? Comment se prépare et s’ordonnance chacune d’entre elles ? Et quel est l’ordre de préséance protocolaire hors uniformes ? Toutes ces questions et bien d’autres trouvent leur réponse dans un manuel instructif que vient de publier le colonel-major (r) de l’armée tunisienne Mohamed Taïeb Gouider, ancien directeur du protocole à la présidence de la République. Sous le titre de Le protocole, les honneurs, les cérémonies et la chancellerie, la phaléristique, la numismatique, paru aux Éditions Nirvana, il traite en deux parties du protocole et des décorations. Puisant dans sa large expérience militaire et civile, l’auteur, qui avait été également chargé du protocole au ministère de la Défense nationale, revient avec précision dans le détail sur ce constat fait par André Maurois : «Il n’y a pas de civilisation, sans cérémonie».

Dans cet art du détail qui illustre la puissance des nations, leur souveraineté mais aussi leur raffinement, point de place à l’improvisation ou au moindre ratage. Les relations internationales sont devenues de plus en plus codifiées, que tout impair risque de provoquer un incident diplomatique. Du programme d’une visite, du déroulement d’un entretien, du plan de table, lors d’un repas officiel, ou de l’échange de cadeaux et de décorations, émanent des signaux qui marquent les relations. Le guide du protocole que chaque pays adopte, tout en tenant compte de ceux des autres pays concernés, devient alors un manuel sacro-saint. Le colonel-major Gouider nous initie alors à cet univers, ses us et pratiques et exposant l’origine de chaque dispositif, sa philosophie et son déploiement.

Les précurseurs pour tout régler d’avance

Le plan de travail établi en prévision d’une visite à l’étranger est très précis. En mode check-list dont il faut cocher chaque case, il met en synergie divers départements ministériels autour de la présidence de la République. S’y impliquent en effet les Affaires étrangères, la Défense (pour les honneurs militaires), la sécurité, la communication, les télécommunications, l’aviation, et autres.

La première séquence se déclenche avec la réception de l’invitation, la confirmation, le choix de la date et l’envoi des précurseurs pour tout mettre au point. La visite elle-même commence avec la préparation de l’avion, la mise en place pour la cérémonie de départ et toutes les vérifications d’usage. Elle se termine avec le courrier de remerciements…

Sur place dans le pays hôte, les hébergements, les déplacements, les entretiens, les cérémonies et les visites sont minutieusement préparés et organisés, selon le protocole de la puissance invitante et de ce qui avait été précédemment convenu.

Le chapitre consacré au protocole et aux cérémonies militaires est bien fourni. La description détaillée des honneurs militaires rendus aux autorités et des cas pratiques de cérémonies d’installation d’un nouveau ministre de la Défense, d’un chef d’état-major ou d’un chef de corps est intéressante à découvrir. Tout comme l’ordonnancement des cérémonies d’hommage aux martyrs, la commémoration de grands évènements, ou l’organisation de funérailles nationales.

Les Américains ne payent pas les frais de téléphone avec l’étranger

Pour les visites à l’étranger, l’auteur insère dans son ouvrage différentes options de cérémonies protocolaires. On y découvre par exemple pour les États-Unis d’Amérique, l’accueil à la base militaire d’Andrews, près de Washington DC, l’hébergement à Blair House (les communications téléphoniques à l’étranger ne sont pas prises en charge), etc. La France hérite d’une longue tradition de fastes et d’honneurs qui fait dire à Jean Cocteau que «sans le cérémonial, tout meurt».

Les monarchies y mettent un honneur particulier à perpétuer des traditions ancestrales, comme y excellent la Reine d’Angleterre ou le Roi de Suède, pour ne citer que ces deux monarques.

Ces décorations tant recherchées

S’il s’attarde sur de nombreux détails, le colonel-major Taïeb Gouider s’abstient en bon militaire de révéler des anecdotes survenues lors de son affectation à la Défense nationale et surtout au palais de Carthage. Il reste dans la didactique, l’explicatif et l’histoire. Deux de ses illustres prédécesseurs à la Présidence, les ambassadeurs Abdelmajid Karoui et Abbès Mohsen, et son frère d’arme, le colonel-major Mohamed Ghorbel, qui lui avait succédé à la Défense avant d’officier à la Kasbah sous Habib Essid, puis Youssef Chahed, lui rendent hommage, préfaçant son ouvrage. Ils y trouvent une matière de qualité tant pour les chargés de protocole que pour le simple lecteur. Ils n’ont pas manqué d’apprécier la deuxième partie consacrée aux décorations.

En complément de son livre, le colonel-major Gouider présente les ordres, les décorations, les médailles qu’on réunit sous le terme de phaléristique ainsi que l’organisation d’une chancellerie diplomatique. Pour rendre ce manuel encore plus pratique, il y insère l’hymne national de la République tunisienne, le drapeau officiel, des photos des différentes décorations, médailles et insignes, avec un rappel historique.

Premier ouvrage du genre, précis, il offre un survol exhaustif d’un large apparat du pouvoir. Le colonel-major Gouider a le mérite de partager, au prix d’un grand effort, les fruits de ses connaissances et de son expérience.

Le protocole, les honneurs, les cérémonies et la chancellerie, la phaléristique, la numismatique
du colonel-major (r) Taïeb Gouider
Editions Nirvana, 2021, 468 pages, 35 DT




 

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