News - 08.03.2021

Finis ton assiette, ce n’est pas bien de gaspiller de la nourriture!

Par Ridha Bergaoui - Le gaspillage alimentaire est un phénomène planétaire. La Tunisie n’en est pas exempte et le gaspillage alimentaire est présent partout, toute l’année et plus particulièrement durant les fêtes (mariages, fêtes de l’Aïd, Mouled…) et le mois de Ramadan.

Ramadan est le mois de jeûne, des prières, de piété et de recueillement. Il est également, pour nombreux de nos concitoyens, le mois de la gourmandise et du gaspillage alimentaire (GA).

Ramadan, mois de la surconsommation

Durant ce mois saint, le Tunisien se laisse aller aux achats compulsifs et aux excès. A la rupture du jeûne et devant une table généralement trop bien garnie, il se met à manger avec frénésie, du salé et du sucré, jusqu’au levée du soleil. Les émissions télé de cuisine, sponsorisées par les firmes de l’agro-alimentaire ainsi que le tapage publicitaire toute la soirée autours des produits alimentaires (yoghourts, boissons, margarines, le couscous et les pâtes, la chamia…) ne font qu’aiguiser son appétit et constituent un véritable appel à la surconsommation.

Durant ce mois, prés du tiers des repas préparés est jeté à la poubelle. Généralement on prépare plus que nos besoins et chaque jour on prépare de nouveaux plats. Des produits et des plats, parfois non entamés, sont jetés à la poubelle. Le pain connait un engouement particulier et les ventes augmentent de moitié environ (INC). La diversité des pains chauds et appétissants, vendus à chaque coin de rue, incite le consommateur, affaibli par le jeune, à en acheter plus qu’il n’en faut. En se refroidissant, le pain durcit et perd son attrait. Une grande partie se retrouve plus tard dans les poubelles.

Quelques données sur le gaspillage alimentaire

Les données sur le gaspillage alimentaire en Tunisie sont rares ou absentes. La FAO estime à plus de 200 kg/personne/an la quantité d’aliment perdue tout le long de la chaine de valeur des aliments dans la région MENA. 15% sont gaspillés au niveau de la distribution, des restaurants et des ménages. Ce ci représente un une trentaine de kg/personne/an.

En admettant que le gaspillage au niveau des foyers et restaurants soit de 20 kg/personne /an,  le gaspillage alimentaire global au niveau national serait d’environ 230 000 tonnes d’aliments jetés/an dont 113 000 tonnes de pain (INC).

L’INS estime à 1118 dinars le budget consacré à l’alimentation des ménages (enquête des ménages 2015) soit 30% du total des dépenses. En admettant  un gaspillage de 5%, le montant du gaspillage alimentaire peut-être évalué à 56 dinars/personne/an et pour un ménage de 4 personnes 224 dinars/an. Ce montant est supérieur au budget réservé à la culture-divertissement  qui n’est que de 44 D/personne/an.

L’INC évalue  le gaspillage alimentaire à l’échelle nationale à 570 millions de dinars/an, soit prés de 50 dinars/personne/an. Le  gaspillage alimentaire touche essentiellement les produits subventionnés comme le pain et les  pates. Le gaspillage du pain est estimé à 900 000 unités/jour soit une perte annuelle d’environ 100 000 dinars.

Les causes du gaspillage alimentaire au niveau des ménages et la restauration

Le gaspillage alimentaire (GA) concerne d’une part des produits non consommés pour cause d’achat supérieur au besoin, un dépassement de la date limite de consommation ou une détérioration de la qualité du produit pour une mauvaise conservation (légumes, fruits, lait et dérivés, conserves, produits secs…). Les invendus du pain,  gâteaux-viennoiseries et pâtisseries ainsi que les restes des repas cuisinés et des assiettes... finissent tous dans le vide-ordures.

Dans les restaurants des hôtels self service, on assiste souvent, une fois le restaurant vide, à des spectacles incroyables d’assiettes pleines à ras le bol ou à peine entamées abandonnées par les clients qui avaient les yeux plus gros que le ventre. De pareilles scènes sont courantes dans les restaurants universitaires où les morceaux de pain intacts sont jetés avec les restes dans les poubelles. En famille également certains n’arrivent pas à terminer leurs assiettes qu’ils ont eux même pris le soin de remplir. Les restes des casseroles et des marmites finissent également dans le sac à ordures. On prépare souvent plus qu’il n’en faut, dans le cas où un visiteur imprévu arrive au moment des repas.

Enfant, « finis ton assiette» risque de mener à l’obésité

« Finis ton assiette ou… ». Cette expression, nous l’avons tous entendu tout jeune de la bouche de nos parents. Soucieux de la bonne santé de leurs enfants, les parents pensaient que leurs petits doivent bien manger tout ce qu’ils leur mettaient dans leurs assiettes. Tantôt ils les intimident pour finir leurs repas et tantôt les encouragent, les en félicitent ou, s’il le faut, leur font même du chantage.

Au lieu de donner à l’enfant l’envie de manger et d’apprécier son repas, ces méthodes risquent de lui donner de mauvais souvenirs et de dénaturer sa relation avec la nourriture. Elles risquent d’entrainer le rejet des repas ainsi que des conséquences fâcheuses  sur la personnalité de l’enfant. Par ailleurs, l’enfant qui obéit à ses parents (par respect, par peur ou par intérêt) et termine son assiette risque de manger plus que ce dont il a besoin, de faire du surpoids et, à la longue, de devenir obèse.

Ces techniques sont,  de nos jours, déconseillées par les spécialistes et même à blâmer. Effrayer le petit et transformer ses moments de repas, qui devaient être en principe des moments de plaisir, en séances de torture est inadmissible.
De nos jours, finir son assiette n’est plus une obligation. L’enfant doit manger à son aise. Les parents, sans nullement faire peur aux enfants, doivent stimuler sa curiosité, diversifier les repas, lui faire découvrir de nouvelles sensations... Les enfants doivent manger ce qu’ils  aiment, ce qu’ils apprécient le plus quitte à préférer des aliments à d’autres et à refuser ce qu’ils n’ont pas envie de manger.

Sur le plan quantitatif, le corps humain est très bien outillé pour nous envoyer des signaux et nous faire sentir la faim et la satiété.

Faut-il vider complètement son assiette?

Il semble que cela varie selon les pays, les habitudes et les milieux sociaux. Dans certains pays, il est d’usage de tout manger et de  laisser son assiette propre. C’est un signe de politesse. C’est également une façon de dire à la personne qui a cuisiné que le plat était très bon. L’assiette vide tient lieu de compliment.

Dans d’autres pays, tout consommer laisserait croire qu’on a encore faim et que la quantité de nourriture servie était réduite. Il vaut mieux laisser un peu du repas dans l’assiette pour signifier qu’on a bien mangé.

De notre temps, nos parents nous ont élevé dans le respect de la nourriture. On ne jette pas de la nourriture. Le pain était sacré, une bénédiction de Dieu. Jamais on n’osait le jeter. Les Tunisiens gardent encore un peu cette habitude puisqu’on ne jette jamais le pain avec le reste des ordures mais on le met dans un sac plastique à part, à coté de la benne à ordures, pour que ceux qui le veulent puissent le récupérer facilement.

Conséquences du gaspillage alimentaire

Au niveau du ménage et la restauration, le GA est à l’origine de pertes économiques importantes. L’argent ainsi perdu pourrait être utilisé plus intelligemment, surtout qu’avec l’inflation, le pouvoir d’achat du tunisien ne cesse de se détériorer. Par ailleurs, l’abondance des aliments pousse à la surconsommation qui mène au surpoids et à l’obésité.  L’INC estime que plus de 57% des tunisiens souffrent de surpoids et d’obésité.  Ceci est à l’origine de pathologies graves comme le diabète type2, les maladies cardio-vasculaires, les arrêts cardiaques, AVC, athérosclérose…

Au niveau national, le GA entraine pour le pays des pertes économiques importantes surtout lorsque les produits sont importés comme c’est le cas des céréales. Le GA est surtout important pour les produits subventionnés (pain et pâtes, sucre…) ce qui représente des pertes budgétaires importantes.

Le GA entraine une augmentation du volume des ordures ménagères. L’ANGED évalue à 2,6 millions de tonnes la quantité d’ordures ménagère produites/an en Tunisie.  Celles-ci sont composées à 63,2% de matière organique. Cette masse d’ordures pose un problème environnemental de pollution très grave. La matière organique   présente dans les ordures fermente et est à l’origine de la production du gaz du méthane, gaz inflammable et  un important gaz à effet de serre. Ce dernier l’une des causes principales du changement climatique et du réchauffement de la planète.

L’éducation pour la lutte contre le gaspillage alimentaire

Lutter contre le gaspillage alimentaire est un Objectif du Développement Durable de l’ONU (ODD 2, Faim « Zéro ») qui engage tous les pays à réduire de moitié au niveau du consommateur d’ici 2030. La Tunisie se doit d’atteindre cet objectif qui nous concerne tous et tous les jours.

Le consommateur n’est généralement pas conscient de l’importance du gaspillage. Il trouve normal de jeter à la poubelle des aliments dont il n’a pas besoin. Il faut l’amener à se mettre en cause et à s’en rendre compte. Il faut sensibiliser le citoyen et l’informer par des campagnes portant sur l’éducation nutritionnelle et la nécessité de combattre le GA.

Le consommateur doit se rende compte que derrière tout aliment il y a nombreuses personnes qui ont fourni des efforts, beaucoup d’énergie, de travail, de temps, des ressources, de l’intelligence… Le jeter à la poubelle est un véritable gâchis.
Les règles sont simples : faire des achats raisonnés, une conservation correcte des aliments surtout en été, en cuisiner juste la quantité de nourriture nécessaire et enfin par la valoriser les restes des repas s’il y en a.  Garder en tête la règle des 3R : Réduire la quantité à préparer, Réutiliser les restes s’il y en a et enfin Recycler si possible avant de jeter à la poubelle.

D’une part, ne pas faire ses achats le ventre vide, jeter un coup d’œil au frigo avant d’aller à la supérette et rationaliser ses achats et d’autre part bien ranger ses achats et utiliser des récipients adaptés pour conserver les restes des produits alimentaires non utilisés (restes des pates, riz, beurre…) sont des astuces simples qui permettent d’éviter de jeter des produits alimentaires à la poubelle et des achats inutiles.

Eduquer les jeunes à ne mettre dans leurs assiettes que la quantité de nourriture dont ils ont besoin est très important. Il va de soi que les parents doivent donner l’exemple pour que les enfants puissent faire de même.

Pour une journée nationale contre le gaspillage

Dans le cadre de la sensibilisation à la lutte contre le GA, il serait intéressant d’organiser, en collaboration avec les Ministères et organisations concernés, les associations et la société civile…, une journée nationale contre le gaspillage alimentaire. En 2019, l’Assemblée générale des Nations Unies à proclamé, le 29 septembre de chaque année comme journée de sensibilisation aux pertes et gaspillages alimentaire.

Réduire le gaspillage alimentaire va de l’intérêt de tous : le citoyen, la collectivité, le pays et même la planète et l’humanité entière.

Ridha Bergaoui
Professeur universitaire

 

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