News - 18.02.2021

Tunis – Paris : La relation s’est-elle affaiblie ?

Saint-Thomas qui ne croit que ce qu’il voit, s’en serait rendu compte immédiatement. Au moins deux fois. La première : trois mois après son arrivée à Paris, fin octobre dernier, le nouvel ambassadeur de Tunisie en France, Karim Jamoussi, ancien ministre de la Justice (et de la Défense par intérim) attend encore de remettre ses lettres de créances. Sa nomination mettait fin à une longue vacance à la tête de l’ambassade, depuis le rappel à Tunis, un an auparavant, en novembre 2019, de l’ancien titulaire de la charge, l’ambassadeur Abdelaziz Rassaa. Sans l’accomplissement de cet acte fondateur de son accréditation, il se trouve très limité dans ses contacts et activités, alors qu'il est déjà obéré par les contraintes du protocole sanitaire anti-Covid-19. Pourquoi faire attendre la Tunisie, s'interroge-t-on?

Il est vrai que l’ambassadeur Jamoussi n’est pas le seul chef de poste nouvellement désigné à Paris à n’avoir pas encore été admis à pareille cérémonie officielle. Mais, au vu de la qualité des relations tuniso-française, ce retard ne trouve pas d’explication. Il suscite, d’autant plus d’interrogations que le nouvel ambassadeur de France à Tunis, André Parant, arrivé à Tunis en septembre, était reçu quelques semaines seulement après, par le président Kais Saïed le 23 octobre 2020.

Pour la France, la Tunisie n’est pas prioritaire pour l’aide au développement ?

La deuxième constatation est elle aussi édifiante. Mercredi prochain, Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères présentera à l’Assemblée nationale un projet de loi devant « donner un nouvel élan à la politique française de développement solidaire ». La France qui portera son aide publique au développement à 0,55% de sa richesse nationale (promesse électorale du président Macron), concentrera ses dons sur 19 pays prioritaires. La Tunisie, selon des sources bien informées, n’en ferait pas partie. Faisant face à une pandémie sanitaire de grande ampleur, couplée avec une crise économique et sociale d’une rare gravité, elle est pourtant éligible à un soutien financier massif. Pourquoi en exclure la Tunisie, s'en étonne-t-on?

Et pourtant, le courant passe entre Saïed et Macron

Deux faits qui confirment une relation faible entre Tunis et Paris, ces derniers mois, malgré toute l’ardeur que s’emploient à y mettre les deux chefs d’État, Emmanuel Macron et Kais Saïed. La visite du président Saïed à Paris, le 23 juin dernier était marquée par un accueil chaleureux et des entretiens fructueux, soulignent d’une même voix l’Élysée et Carthage. Des entretiens téléphoniques fréquents leurs permettent également de poursuivre leurs concertations, ajoutent leurs communicants.

Pour Matignon, l’entretien Mechichi – Castex ne méritait aucune mention

Au niveau des gouvernement des deux pays, Hichem Mechichi, s’était rendu à Paris, accompagné de trois ministres et du secrétaire d’État aux Affaires étrangères, et avait été reçu, le 14 décembre par son homologue Jean Castex. Une prise de contact en prévision de la tenue à Tunis en mars prochain, de la réunion du Haut conseil de coopération, qu’ils devaient co-présider. Avec l’évolution de la situation politique en Tunisie, il serait difficile de confirmer que cette réunion puisse avoir lieu à la date initialement prévue. Sauf que…

Fait marquant, aucune mention de la rencontre Mechichi - Castex n’a en effet été relevée sur le site officiel de Matignon et aucun communiqué de presse y afférent n’a été publié du côté français, comme si l’entretien n’a pas eu lieu.

Habitués à arrondir les angles, les diplomates des deux pays minimiseront ces faits (qu’ils ne sauraient nier) et s’échineront à balayer toutes interrogations. Mais Saint-Thomas attend de voir, pour croire.

T.H.




 

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