Opinions - 31.01.2021

L'édito de Taoufik Habaieb : Se révolter ou se résigner

Est-ce écrit dans ton destin, ô peuple de Tunisie ? A la recrudescence de la pandémie, aggravée par une dérive économique et sociale, s’ajoute un blocage politique. Dans un bras de fer institutionnel complexe, les rouages de l’État sont grippés, et l’administration, déjà en léthargie, est livrée à l’expectative.

Partout, la rue gronde. De vives protestations éclatent nuit et jour, infestées de pillards. Elles sont traitées aux gaz lacrymogènes et par des arrestations massives, mineurs compmris.

Le peuple a faim. Le peuple a perdu patience. Le peuple est en désespoir.

Carthage, la Kasbah et le Bardo s’installent dans une cohabitation enflammée et toxique. Sans que personne n’y mette les formes, loin de toute courtoisie républicaine, chacun laissant croire qu’il est dans l’exercice plein et entier de ses attributions respectives, en toute légitimité. Brutale, violente, relayée en direct par les médias, cette cohabition conflictuelle est loin de concourir à la stabilisation du pays, tant escomptée, tant urgent.

La pandémie sévit devant l’impuissance des gouvernants et l’insouciance des Tunisiens. On ne compte plus les morts. On n’évalue plus les dégâts. Des vies humaines sont sacrifiées et des entreprises fermées. La Tunisie, doublement endeuillée, ploie sous le poids des pertes, étrillée par la gestion erratique du gouvernement.

Nous sommes trop pauvres. Trop pauvres pour acquérir des vaccins. Trop pauvres pour nous permettre un confinement général sur une période appropriée. Démunis pour subevenir à une mise sous cloche compensée, ne serait-ce que partiellement, sur le budget public. Les salariés en arrêt de travail, les artisans, les éleveurs, les cultivateurs, les pêcheurs, les chefs d’entreprise en perte d'exploitation et les ménages appauvris ne bénéficient même pas d'un minimum de ressources, vitales.

Infantilisé, malmené au quotidien, le Tunisien est ébranlé dans son bien-être mental. La succession rapide et forte des séquences toutes éprouvantes, imprévues et interminables, le soumet à rude épreuve. Dans son corps traumatisé, dans son âme écorchée à vif. Restrictions, couvre-feu nocturne, interdiction de circulation entre les régions et confinement pour de longues et de courtes périodes entravent ses libertés, et envahissent sa vie privée. Elles le réduisent à la soumission face à l’inconnu, au gré des gouvernants.

Se révolter ou se résigner ? Entre les deux, le choix est limité. Mais, dans les deux cas, le Tunisien souffrira le martyre. La flamme de l’insurrection, comme l’effondrement mental de la résignation, laisseront en lui des stigmates profonds.

La solidarité s’estompe. L’effroyable chacun-pour-soi, attisé par la peur et la distanciation, rompt le lien social si nécessaire à l’humain. Sans en tenir compte, et loin de coller à la réalité, les gouvernants sont, pour la plupart, dans l’impuissance, à la recherche, en fait, d’une thérapie à leur névrose, avouée ou cachée.

Des cimes précaires aux abimes cruelles en chutes brutales, leur basculement sera dur.

Ni révolte, ni résignation, le rebond reste possible. Individuel, collectif, il sera salutaire. Faut-il attendre le signal de la part des dirigeants ? Illusoire, chimérique.

Compter sur soi, agir ensemble ! Se réinventer dans un monde nouveau qui commence..

Taoufik Habaieb
 

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3 Commentaires
Les Commentaires
Abdelkader Maalej - 31-01-2021 10:34

La situation est certes très préoccupante. Mais selon le ministre des finances il sera toujours possible de trouver des solutions à tous les problèmes si tout le monde s'y met.Je l'ai aussi entendu dire que nous avons payé le prix des vaccins. le retard des arrivages est dù au fait que nous n'avons pas passé nos commandes à temps parce que pendant la première vague la Tunisie s'en était bien sortie et on croyait qu'il fallait patienter un peu pour s'assurer de l'efficacité des vaccins alors que la plupart des autres pays s'etaient hâtés à passer leurs commandes

whiteahead zinsmann - 31-01-2021 10:49

tout ce tohu-bohu n'a pas empêché les gouvernants à importer pour plus de 6 700 000 000 dinars d'hydrocarbures et de laisser en friche sauvage le gisement solaire à ciel ouvert du pays ! A lui seul, ce gisement mobilisé, renverserait les comptes de la Nation Martyrisée: de Balance commerciale déficitaire à excédentaire ! A se demander si tout ce 'vaudeville' n'est pas provoqué ' pour escamoter cette opportunité afin de faire perdurer la dépendance aux fossiles et à ses barons d'ici et d'ailleurs pour faire du pays de révolution jaz-minée, la risée dans le concert des Nations ?!

makgech - 01-02-2021 14:26

édito au scalpel qui se grave dans le marbre.

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