News - 22.01.2021

Mustapha El Haddad: L’embrigadement des jeunes pour le jihad «Le paradoxe tunisien»

Par Mahmoud Ben Romdhane - Les Editions Arabesques viennent de publier un ouvrage signé par Mustapha El Haddad sur un sujet tabou et, pourtant, d’une importance exceptionnelle pour notre pays : l’embrigadement de notre jeunesse pour le jihad dans les zones de conflit, l’Irak et, surtout, la Syrie, à partir de 2012.

Ce n’est pas le premier sujet tabou sur lequel Mustapha El Haddad lève le voile : en 2018, dans les mêmes éditions, l’auteur publiait un livre intitulé : Chronique de la violence politique sous la « Troïka » ; de janvier 2012 à décembre 2014.

La caractéristique majeure de ces deux ouvrages est leur rigueur et la posture délibérément « neutre » qu’a choisie l’auteur : une présentation brute des faits et des déclarations des différentes sources pertinentes, sans commentaires. Pour laisser au lecteur le soin d’en tirer ses propres conclusions.

L’embrigadement des jeunes pour le Jihad traite d’UNE question qui figure dans la page de couverture du livre, et qui montre la Tunisie premier pourvoyeur mondial de combattants en Syrie et en Irak. Le ton n’est pas dénonciatoire ; il est froid. Mais il est d’une richesse et d’une précision qui confinent à l’exhaustivité et une source d’informations sans pareille pour ce qui touche à ce phénomène du jihad tunisien.

Cinq chapitres structurent cet ouvrage de 240 pages:

Combien sont-ils, depuis quand et où vont-ils ? (Chapitre I)

Qui sont-ils et quelles sont leurs motivations ? (Chapitre II)

Comment fonctionnent les réseaux d’embrigadement de ces jihadistes ? (Chapitre III)

Quelles sont les forces en présence dans le conflit syrien et quels en sont les enjeux ? (Chapitre IV)

Comment ce phénomène d’embrigadement est-il géré par les autorités tunisiennes ? (Chapitre V).

Pratiquement toutes les sources concordent : les Tunisiens sont les jihadistes les plus nombreux : entre 5 mille et 7 mille selon les sources et selon les moments. Pourquoi ? Aucun facteur ne les prédispose par rapport aux jeunesses des autres pays, bien au contraire ; c’est pourquoi le sous-titre du livre est intitulé « Le paradoxe tunisien ».

Alors, pourquoi ? L’auteur ne se vêtit de l’habit démonstratif, mais au fil des pages et des faits, le lecteur comprend que la Tunisie réunit ; nous dirions est le seul pays à réunir, toutes les conditions nécessaires, pour donner essor à ce phénomène : la mise en place d’un réseau de recrutement à travers des centaines de cercles, de mosquées, de cafés et de réseaux sociaux ; l’invitation de grands prédicateurs étrangers d’inspiration wahabite ou/et appartenant au mouvement des Frères musulmans, souvent reçus en grande pompe pour faire des discours devant des foules de plusieurs milliers (voire dizaines de milliers) les incitant au « jihad » (le départ vers la Syrie) ; l’organisation d’un réseau d’encadrement, de convoyage et de prise en charge matérielle des nouvelles recrues par des centaines d’associations dites «caritatives » financées par Qatar ; un réseau de camps d’entraînement et d’initiation au combat ;  une prise en charge matérielle des nouvelles recrues depuis leur départ de Tunis, leur atterrissage dans les aéroports turcs et, de là, leur transport vers les zones de combat ; des ressources financières considérables.

Tout cela est documenté avec précision, à partir de diverses sources crédibles.

Les terroristes tunisiens ne limitent pas leur champ d’opération à l’Irak et à la Syrie ; on les retrouve dans les très grandes opérations terroristes qui ensanglantent l’Europe. Face à chaque opération de cette nature, l’opinion tunisienne a la main sur le cœur : « Pourvu que ce ne soit pas encore un Tunisien ! ». Ils sont, désormais, tout près de nous : selon les statistiques les plus crédibles, le nombre de mercenaires tunisiens employés par la Turquie, aujourd’hui déployés  à nos frontières libyennes est compris entre deux mille et trois mille.

Dans L’embrigadement des Jeunes pour le Jihad », nous trouvons les éclairages nécessaires à la compréhension de ce fléau et, en filigrane, les acteurs qui sont derrière.

Cet ouvrage de Mustapha El Haddad et celui qui le précède -Chronique de la violence politique sous la « Troïka »- constituent, avec l’ouvrage de Jean Fontaine « Du côté des salafistes », publié aux mêmes éditions,  l’une des pièces fondamentales de la mémoire de la Tunisie des dix dernières années. Il faut en rendre hommage à l’auteur, à sa rigueur et à son courage.  

Mahmoud Ben Romdhane
Membre de l’Académie tunisienne Beyt al-Hikma


 

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1 Commentaire
Les Commentaires
Michel Ange - 23-01-2021 15:16

Il n'y plus de secret pour le terrorisme ce sont les mercenaires qui défendent principalement les intérêts anglo saxons à travers le monde et la Tunisie depuis l'attentat de la Ghriba à été choisie parce que la capitalisme est l'ennemi du vrai progrès et des sociétés progressistes. Lorsque l'on sait que notre monde a été enfanté par la seconde guerre mondiale il est naïf d'en attendre autre chose que l'extrémisme et l'horreur.

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