Opinions - 21.12.2020

Mokhtar el khlifi: Le pays ne doit plus attendre

Oui, la situation économique et sociale de notre pays n’est guère reluisante après ces dix années écoulées. C’est l’avis de bon nombre  de concitoyens et des observateurs étrangers et bien entendu des agences de notation.

Nous vivons une déliquescence de l’Etat qui n’arrive pas à faire respecter la loi et un blocage  de nos institutions. Personne ne s’attendait, par exemple, que nos juges fassent une si longue grève avec toutes les conséquences qui  en découlent et son impact sur l’investissement local et étranger. Du jamais vu. Sous d’autres cieux on se serait contenter de mettre un brassard au bras.

Nous attendrons mars/avril 2021 pour que les contours de notre loi de Finances soient enfin précisés et qu’on y retrouve un cadre d’actions, des objectifs et des moyens.

La malencontreuse affaire du Kamour qui a duré plusieurs mois a déclenché un processus de revendications sociales avec, gardez-vous bien, une tentative de blocage des conduites d’eau vers Sfax et de gaz vers l’Italie pour les faire aboutir.
Nous avons un parlement qui n’arrive pas à mettre le profil qu’il faut à son perchoir  et à revoir son règlement intérieur pour être en mesure de diriger les débats et d’éviter les dérapages, de part et d’autres, parce que les partis politiques, tirent à hué et a dia, et ne se préoccupent guère de l’intérêt du pays.

Des tribus voisines de l’intérieur sont arrivées à se tirer dessus laissant deux morts. C’est grave et révoltant.

Une diplomatie en rodage et une présidence impuissante à remettre de l’ordre dans la maison alors qu’elle est élue au suffrage universel car le parti islamique et la gauche ont tout fait pour réduire ses pouvoirs dans la constitution.

Ajoutez à cela la pandémie de la covid avec un bon nombre  de citoyens qui refusent, pour une raison ou une autre, de se plier aux simples gestes barrières en dépit du fait qu’ils voient sur leurs écrans que la Covid n’a pas froid aux yeux et frappe les dirigeants du monde bien que mieux outillés que nous. Mais, La covid a dévoilé des carences au niveau des infrastructures et de la gouvernance.

Ce climat délétère ne favorise guère l’investissement et le pays s’enfonce à vue d’œil avec une insécurité de plus en plus perceptible.

Bien sur chaque responsable politique impute la responsabilité de cette situation aux autres mais ne se remet jamais en cause.

Nous en sommes arrivés à une situation inextricable très proche de l’explosion sociale.

Que faire ?  S’écouter et dialoguer en mettant l’intérêt national au-dessus des intérêts partisans.

C’est si simple et si difficile à la fois avec les égos, la haine de l’autre, le manque d’expérience politique et les influences idéologiques étrangères.

Actuellement, tous les partis politiques, voire notre historique UGTT, et une partie de notre élite se sont ligués contre Abir Moussi.

Au parlement on a juré de la mettre à l’écart au prix de coalitions contre nature hier ennemies et aujourd’hui amies. Drôles d’attitudes.

Je n’ai pas l’intention de la défendre vu qu’elle ne cesse de « caracoler » dans les sondages et que je n’adhère, Dieu merci, à aucun parti.

J’ai appris à écouter les uns et les autres. Je viens d’écouter son discours de Monastir à l’occasion du lancement de sa campagne « Thawrat ettanouir ».Elle a exposé, en long et en large, son programme politique et social, documents à l’appui. Elle a pratiquement répondu à tous les griefs concernant son appartenance au RCD qui, par les temps qui courent, est devenu un crime alors que les partis se sont accaparés ses hommes. Elle dit clairement qu’elle accepte le passif et l’actif du RCD. On lui demande de renier son appartenance au RCD (ce qu’on a pas osé faire pour d’autres) mais imaginez un instant que vous ayez un père qui a dérapé dans sa vie, oseriez-vous renier votre identité ? Elle affirme qu’elle a son propre programme qui est loin de correspondre à celui du RCD. et qu’on doit la juger sur ce qu’elle dit et fait et projette de faire.

Abir Moussi tend la main à tout le monde à l’exception des islamistes. C’est à son actif. Elle tend la main à la société civile. Elle tend la main à nos intellectuels et leur demande de quitter leur isolement car l’avenir du pays est en jeu.
Elément très intéressant dans son discours. Elle dit est  qu’elle est prête à un débat télévisé avec ses détracteurs.

Eh bien messieurs et mesdames qui fuyaient Abir comme la peste d’avoir le courage et l’honnêteté intellectuelle de répondre à cette invitation. On aimerait vous voir débattre avec elle !

Je pense qu’un débat entre les partis dits « démocratiques et progressistes » pourrait avoir lieu et permettre de mettre les points sur les i et de lever les ambigüités à moins que certains veulent continuer  à jouer sur ce créneau pour ne pas se dévoiler au yeux du public. Il faut du courage et certains peuvent ne pas l’avoir.

Qui gagnera dans ces débats bien préparés, bien organisés et dirigés par deux journalistes chevronnés acceptés par toutes les parties ? Ni Abir , ni les partis mais le pays.

Après une semaine de ces débats qui ne doivent pas exclure les hommes politiques sans partis et restés jusqu’ici à l’écart, le pays distinguera le bon grain de l’ivraie.

On doit s’attendre à des réconciliations, voire à une reconfiguration des alliances.

Figurez-vous que la composition des alliances au parlement changera nécessairement et de nouvelles majorités pourront se dégager sur des textes que nous attendons avec impatience.

La composition de la Cour Constitutionnelle  où les islamistes veulent damés leurs pions sera élue et composée de personnalités indépendantes connues pour leur compétence et non pour leur appartenance politique.

Le cadre juridique qui régit les partis politiques, les associations et les élections sera  redéfini bien avant les prochaines élections qui demeurent le seul moyen pour élire des députés qui font honneur à leurs fonctions. On pourrait même envisager un amendement de la constitution en vue de l’instauration d’un régime présidentiel avec les gardes fous nécessaires, le seul adapté à notre société.

Il faut que ces débats aient lieu le plus tôt possible. C’est une nécessité et une urgence. C’est notre espoir.

Un dialogue national pourrait avoir lieu si toutefois le Gouvernement n’est pas encore en mesure de dresser sa feuille de route et de s’engager dans l’action. Le pays ne doit plus attendre.

Mokhtar el khlifi
 

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