News - 29.10.2020

Mohamed Larbi Bouguerra: Netanyahou, bientôt orphelin de Donald Trump ?

Mohamed Larbi Bouguerra - Une scène qui en dit long à la télévision il y a deux jours : au téléphone, dans le Bureau Ovale de la Maison Blanche, Donald Trump, entouré de tous les pontes de son administration, annonce triomphalement à Benyamin Netanyahou la « reddition » d’Abdelfattah Bourhane, Président du Conseil de souveraineté soudanais, qui reconnaît l’Etat d’Israël en dépit de l’opposition de ses collègues du Conseil et de la majorité du peuple soudanais. Sur un ton enjoué, Trump interroge Netanyahou à brûle pourpoint : «Dites donc, ce n’est pas cet endormi de Biden qui aurait pu faire ça ?» Embarras à l’autre bout du fil. Netanyahou est pris de court et finit par bafouiller : «Israël est reconnaissant aux Etats Unis de leur action en faveur d’Israël.» Le visage de Trump se renfrogne aussitôt. Pour beaucoup d’analystes, Netanyahou a tourné la page Trump et ne tient pas à s’aliéner le probable futur président Joseph (Joe) R. Biden qui pourrait entrer le 20 janvier 2020 au 1600 Pennsylvania Avenue.

Trump gros jean comme devant

Netanyahou n’a rien d’un démocrate mais il sait que le vent a tourné. Il sait qu’aux Etats Unis, la plupart des juifs votent Joe Biden. Il sait que Michael Bloomberg, ce millionnaire ancien maire de New York, a mis mercredi 28 octobre 2020 150 millions de dollars pour des spots télé en faveur de Biden au Texas, en Floride et en Ohio, Etats-clés s’il en est ! Les juifs américains ne sont pas près d’oublier ce qu’a rapporté The Washington Post le 23 septembre 2020 : « Les Juifs "ne s'occupent que d'eux-mêmes" et "se serrent les coudes" dans une allégeance ethnique qui dépasse les autres loyautés" a déclaré Donald Trump en privé. (Greg Miller, « Allegations of racism have marked Trump’s presidency and become key issue as election nears. »

Ainsi, qualifié de raciste, Trump se trouve gros Jean comme devant**. Il a beau avoir amené le Soudan à reconnaître l’Etat d’Israël - contre l’effacement de la liste des pays encourageant le terrorisme, semble-t-il - il n’aura pas le vote des juifs.

Donald Trump aura beau avoir déménagé l’ambassade US en Israël à Jérusalem*** ; il aura beau avoir déshonoré la signature de son pays sur le traité avec l’Iran, il aura beau avoir été l’entremetteur du « traité » de paix entre deux Etats du Golfe et Israël et maintenant le Soudan, les juifs américains ne semblent pas désireux de rééditer l’attitude adoptée en 2016 quand ils ont voté pour le businessman Trump. (Haaretz, 14 octobre 2020).

La fébrilité du camp de Trump à l’approche de la fatidique date du vote pour la présidence du 3 novembre 2020 est telle que l’ambassade des Etats Unis en Israël a publié un communiqué, ce mercredi 28 octobre 2020, annonçant que l’université Ariel - sise en territoire occupé, au nord de la  Cisjordanie et non reconnue par la majorité des universitaires dans le monde - va bénéficier des crédits accordés par les Etats Unis dans le cadre de la coopération scientifique et technique entre les deux pays, « restrictions géographiques enlevées ». Trump, à lui seul, dans son monde dysfonctionnel, foule aux pieds le droit international et donne la primauté à la force !  « Nous tenons à corriger une vieille erreur, a déclaré le jusqu’au boutiste ambassadeur US en Israël Friedman au cours de la cérémonie de signature du protocole, et à renforcer les liens entre nos deux pays. »

Le vote Biden en hausse

Un récent sondage du Pew Research Center trouve que la grande majorité des juifs américains - 70% - pense voter Biden alors que 27% seulement d’entre eux sont des partisans de Trump. Ces chiffres sont une retentissante gifle pour les leaders juifs du Parti Républicain qui espéraient que leurs coreligionnaires récompenseraient Donald Trump pour avoir consenti tant de largesses à l’occupant israélien.

Pour Allison Kaplan, « le vote des électeurs juifs est constamment commandé par les questions intérieures économiques et sociales et non par la politique étrangère. » Rappelons cependant que le président Harry Truman (1945-1953), interrogé sur sa politique peu favorable aux Arabes, déclarait que ses électeurs étaient des Juifs et non des Arabes. 

Les juifs américains votent généralement pour le Parti Démocrate. Ce n’est qu’en 1920 qu’un candidat républicain a pu rafler 40% de leurs votes.
Le sondage effectué par Pew a intéressé 10 000 citoyens américains et a été conduit du 30 septembre au 5 octobre alors que Trump, positif au Covid-19,  était hospitalisé. Le sondage montre que les catholiques hispaniques, les athées, les protestants afro-américains et les électeurs ne déclarant pas de religion ont encore moins de sympathie pour Trump que les juifs américains.

Les supporters de Trump se retrouvent chez les catholiques blancs même si leur nombre a baissé depuis l’été. 52% d’entre eux votent pour le milliardaire et 44% pour l’ancien vice-président Biden. Avant l’été, ces chiffres étaient de 59 et 40% respectivement. Chez les protestants non-évangéliques, les suffrages en faveur de Trump ont subi aussi une chute passant de 59% durant l’été à 53% actuellement.

L’actuel locataire de la Maison Blanche voit le socle même de sa base s’effriter. Le sondage révèle que les protestants évangéliques - les WASP - se détournent un peu de lui - même s’ils restent majoritairement de son côté. En août, leurs intentions de vote en sa faveur étaient de 83%. Actuellement, elles sont de 78%.

Les largesses impensables de Donald Trump en faveur d’Israël étaient destinées surtout à lui rapporter le vote de ces WASPs. On sait ce qu’il pense des juifs. Les WASPs, quant à eux, croient en effet que le retour des juifs en Palestine fera venir le Messie… lequel les convertira au christianisme !
Netanyahou n’en a cure. N’est-il pas l’ami d’antisémites notoires d’Europe Centrale comme le Hongrois Orban ? Ne s’agenouille-t-il pas devant Trump qui chérit tant les suprémacistes blancs qui arborent des croix gammées ? Il est sûrement un adepte d’Orwell qui professait que « la guerre, c’est la paix ». D’ici mardi, il deviendra peut-être orphelin de Trump.

Mohamed Larbi Bouguerra

** Donald Trump, sitôt installé à la Maison Blanche, a interdit - par Executive Order- aux musulmans de nombreux pays l’entrée aux Etats Unis.

*** Manuel Valls, ancien premier ministre français, ayant tout raté sur le plan politique en Catalogne, revient la queue basse en France et braille, ce mardi 27 octobre 20 20, qu’il faut que le gouvernement français reconnaisse Jérusalem comme la capitale d’Israël. Rafraîchissons- lui la mémoire : la résolution 478 du Conseil de Sécurité de l’ONU déclare « nulle et non avenue » la loi israélienne de 1980 désignant Jérusalem comme capitale. M. Valls oublie que le Parlement français demande  à l’exécutif de reconnaître l’Etat de Palestine.  Comme l’ont fait les assemblées britannique, irlandaise et espagnole.

 

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