Opinions - 16.10.2020

Taoufik Chamari: Cacophonie quand tu nous tiens

Les dernières interventions de l’ancien chef de gouvernement et de l’ancien ministre d’Etat chargé de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption sur les plateaux d’une chaine de Télévision et les réactions qui en ont découlé, ne peuvent nous laisser indifférents au vu de la virulence de certaines opinions jugées être à la mesure de l’arrogance et de la haine (que Dieu nous en préserve) qu’ils ont perçue à travers certains passages des deux interviews.

Pour ma part, et en ma qualité de représentant de la société civile au sein de la haute commission chargé de la récupération des avoirs spoliés et de la lutte contre la corruption, d’ancien président de la première association créée dans la lutte contre la corruption en Tunisie (ARNAC) et enfin en tant que membre du Conseil de l’INLUCC, je me dois de réagir pour clarifier certains aspects en me réservant le droit de mener toutes les actions de nature à contribuer à rectifier le tir dès lors que les fondamentaux que nous défendons ne sont pas respectés voire gravement atteints.

Ma réaction est surtout motivée par l’indifférence observée des pouvoirs exécutifs et législatifs devant ce show qui empiètent leurs prérogatives et en les rendant complices de ces agissements.

Aussi, je reviendrais en temps utile pour expliciter les raisons de ce silence lié à certaines complicités cachées.

Car il est de notre devoir d’agir pour contrecarrer ce retour aux anciennes pratiques basées sur « le décalage entre le discours et la réalité » entretenu par des élans populistes qui font en sorte de ne rien assumer et de rejeter la responsabilité sur les autres sur la base de déclarations vaseuses et contradictoires qu’i devient de plus en plus difficile de décoder et que certains n’hésite pas de qualifier de « spirale du néant ».

Pour le moment, je m’en tiendrais à l’essentiel en me mettant à l’écart des querelles des personnes et éviter ainsi, d’entrer dans le jeu de diversion volontairement envisagé ;

1- Quand la victimisation et l’arrogance dont font preuve certains responsables dès lors qu’on leur demande de rendre compte, favorisent la culture de la corruption

Sur ce plan, il y a lieu de rappeler que la lutte contre la corruption repose sur trois piliers ; la sensibilisation, la prévention et la dénonciation laquelle est suivi des investigations nécessaires qui permettent de fixer des suites à donner aux dossiers qui en en découlent.

Il se trouve qu’il y a plusieurs catégories de dénonciateurs et dans le cas d’espèce, il est question d’un député qui a mené de lui-même aidé par ses amis, les investigations ayant abouti  à la dénonciation qu’il a communiqué à l’INLUCC.
Faut-il rappeler à ce sujet que la loi protège les dénonciateurs et de ce fait, les responsables mis en cause n’ont pas à porter de jugement sur ces derniers et ce qu’il leur est demandé est de répondre de leurs actes dans la transparence et l’intégrité requises.

A défaut, ils se mettent dans des situations douteuses qui sont de nature à aggraver les soupçons de corruption dont ils seraient accusés.

Jouer la carte de la victimisation et de l’arrogance comme nous l’avons constaté dans l’affaire du conflit d’intérêt et des soupçons de corruption dont est accusé le chef du gouvernement sortant, ne peut qu’alimenter la culture de la corruption et de l’impunité dans l’esprit de certains responsables de l’Etat et qui plus est, plaider pour la déculpabilisation des éventuels complices.

2- Quand le mélange du genre et le populisme assimilent la « Transition démocratique » à une sorte de «dictature démocratique»

Pour rappel, cette vision est apparue avec l’avènement de la Troïka en 2012 laquelle a été accusé d’avoir mené un putsch pour prendre le pouvoir en ne respectant pas le programme de la transition démocratique établi à cet effet et qui avait fixé à l’avance les prérogatives de l’ANC.

Plus encore, cette dernière s’est permise d'octroyer des pouvoirs provisoires aux deux branches de l’exécutif ce qui a permis à certaines parties d’établir une règle simple à savoir qu’il suffit aux responsables élus ou désignés de disposer d’une ceinture parlementaire pour agir comme bon leur semble et dans l’impunité la plus totale.
Cette vision avait soulevée à l’époque bien des remous et a conduit aux drames que l’on a vécus dès lors que la « transition démocratique » s’est transformé en « coup d’Etat démocratique » (inkileb a remplacé intikal) et a forgé des mentalités chez certains et dont ils n’ont pas pu s’en défaire.

Pour preuve, les multiples retours du ministre d’Etat sortant lors de son interview, à ses prises de positons de 2012  et le fameux « yebta chouya » de son chef  devant l’ARP, tous deux anciens ministres de la troïka en 2012 !
Leurs prestations télévisées prouvent s’il en est besoin, qu’ils ont du mal à mettre à jour leur logiciel.

C’est dans cet esprit qu’il faut interpréter la pensée du ministre d’Etatsortant quand il avoue ses tentatives d’instrumentalisations des organes du Ministère de l’intérieur (dans certains cas pour régler sans doute des comptes personnels), tout en lançant une pique à son ancien collègue et actuel chef de gouvernement faisant fi des obligations d’un homme d’Etat.

Son comportement dénote du mélange du genre des plus primaires puisqu’il parle en tant qu’ancien ministre d’Etat mais en se comportant comme un responsable de parti qu’il était!!!

De même, s’il est indéniable que l’on ne peut reprocher à un responsable politique de lancer des accusations de blanchiment d’argent à l’encontre de ses adversaires du moment,il n’en va pas de même pour un ministre.

Car en tant qu’homme d’Etat,il se doit de respecter les institutions de l’Etat en charge de ces dossiers et de ce fait, il est appelé de leur communiquer les informations qu’il détient pour que ces dernières fassent leur travail, chacune en ce qui la concerne dans l’objectivité requise et qu’elles puissent rendre compte dans la transparence la plus totale et surtout, donner les suites nécessaires aux dossiers instruits.

Les agissements de ce dernier en tant que ministre d’Etat aussi justifiés soient-ils, conduisent à la dislocation des rouages de l’Etat avec toutes les conséquences néfastes que l’on devine surtout lorsqu’il tente de s’accaparer du pouvoir des autres, compromettant ainsi la clôture des dossiers en question dans le clair-obscur le plus total !

Sur ce sujet précis, je citerais une interview récente d’un ex-conseiller à la présidence de la république du temps de la troïka en 2012, et ce dernier de citer des archives qu’il dit avoir consulté dans le cadre de ses fonctions. L’une d’elle mentionnerait une annotation de l’ancien chef de l’Etat d’avant 2011 et qui recommandait de confier un projet envisagé à un homme d’affaires particulier.

Dans le même temps, notre conseiller montre un certain scepticisme sur la théorie de l’économie de la rente devenue selon lui, à la mode.

Cette théorie même si elle peut être discutable, a le mérite de dévoiler une évidence : si ce système existait avant 2011, il  a perduré du temps de la troïka et s’est  même aggravé  en y incluant des personnes douteuses dans le seul but de blanchir leur argent.

Toujours sur le même sujet, je rappellerais certains élans douteux de certains responsables de la troïka dans la gestion des biens confisqués et qui ont conduit à un véritable désastre financier dont notamment le dossier de la BFT !

Le populisme dont font preuve leurs amis aujourd’hui, jouent sur l’amnésie des autres pour revenir aux anciennes pratiques et ce qui s’est passé dernièrement au ministère des domaines de l’Etat du gouvernement précédent se passe de tout commentaire et a même couté à son ministre au cours d’un entretien avec le président de la République portant sur une question annexe, ce que certains ont perçus comme une humiliation publique qui l’a laissé sans réaction !

3- Les décisions scélérates et leurs conséquences sur la crédibilité de l’Etat et de ses institutions

Sur ce sujet, les exemples ne manquent pas et touchent plusieurs domaines, aussi m’en tiendrais-je aux décisions relatives au limogeage du président de l’INLUCC et celle de la nomination de son remplaçant objets d’un recours devant le TA.

La manière dont cette question a été abordée dans les interviews, montre s’il en ait besoin le peu de respect,de nos deux intervenants, à cette institution car tout homme d’Etat se doit de faire preuve de discrétion avant le prononcé du jugement.

Sur ce sujet et en toute logique, les avis émis étaient contradictoires ; le chef du gouvernement sortant lançant des accusations contre le président de l’Instance avec des propos assez durs tandis que son ancien collaborateur et ministre d’Etat, et tout en rejetant de manière maquillée les propos tenus par son ancien chef,il se contente de justifier cette décision sur la base de plaintes qui lui seraient parvenues et de son incapacité d’imposer un contrôle administratif à l’INLUCC!

De ce point de vue, il s’agit d’explications grotesques indignes d’un ministre d’Etat qui est tenu de garder une neutralité totale dans ce genre d’affaires:

En cas de plainte, le ministre se doit de demander des explications à l’intéressé objet de la plainte avant de porter un quelconque jugement. Ce qui n’a pas eu lieu !!

Pour ce qui est du contrôle administratif, une experte magistrat parlant au nom du Tribunal des comptes avait précisé que cette action est du seul domaine de son institution et de ce fait, ne peut être qu’irrecevable puisqu’elle émane de l’administration ! et comble de l’arrogance, le ministre d’Etat sortant  maintient sa position et qui plus est, se permet de conseiller l’actuel chef de gouvernement de réaliser cette inspection !!!!

En conclusion la décision de limogeage porte en elle tous les ingrédients d’une réaction de vengeance contre une Instance qui n’a pas servi leurs intérêts !!
Pourtant, il s’est agi d’une suite donnée à une dénonciation d’un député qui a mené lui-même et aidé par ses amis, les investigations menant à une accusation grave contre le chef de gouvernement puisqu’elle porte sur un conflit d’intérêt manifeste aggravé par des soupçons de corruptions qu’il appartient à la justice et à elle seule de juger.

Que peut-on reprocher à l’INLUCC dans cette affaire à part le fait qu’elle a rempli sa mission comme il se doit !!!

Plus grave, la décision d’opérer un contrôle administratif à l’INLUCC et le limogeage de son président ont eu lieu après la démission du chef du gouvernement (devenu chargé des affaires courantes).  Mieux la décision de limogeage n’a été entérinée que  par un seul ministre en conseil des ministres. Un scandale et un précédent qui défie le droit et le bon sens !!!!!

Par décision scélérate j’entends donc, toute décision du pouvoir exécutif non conforme à l’éthique et qui plus est, non transparente et  ne respecte pas les procédures usuelles reconnues comme saines.
De même  le choix du successeur n’a pas obéi aux règles d’usages qui recommandent le recours à des candidatures et le choix devant se faire selon des critères établis. Ce qui n’a pas eu lieu et donc pose problème puisqu’il peut conduire à des règlements de compte et  le risque d’une nomination partisane reste entier alors que l’INLUCC est censé être indépendante !

Pour toutes ses raisons, j’estime que ces deux décisions  qui vont à l’encontre des fondamentaux de la stratégie Nationale de la lutte contre la corruption à laquelle les différents pouvoirs ont souscrits, doivent être annulées afin de préserver la crédibilité de l’Etat et de ses institutions d’autant, qu’il y a un précédent en la matière au sujet des sachets en plastique dans le domaine du ciment.

Taoufik Chamari
Membre du conseil de l’INLUCC

PS ; Je ne peux que regretter la décision qui vient d’être prise de suspendre les émissions de Radio Nazaha qui symbolise l’action de sensibilisation permanente de l’INLUCC en matière de lutte contre la corruption.

D’autant que les arguments avancés et qui me sont parvenus  parlent de moyens financiers et seraient liés aux impayés de 1 million trois cent mille dinars à la CNRPS alors que les caisses de l’Instance disposent de plus de 5 million de Dinars !!!


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