News - 18.09.2020

Khaled Kaddour - Développement du Sahara : Un levier de croissance et de création d’emplois pour la région de Tataouine

Par Khaled Kaddour "On montre ce qu'on peut faire et non ce qu'on doit faire… " - La reprise du rythme normal de la production du pétrole et du phosphate passe essentiellement par le développement des régions productrices des ressources naturelles (essentiellement Gafsa et Tataouine), afin de répondre aux attentes et aspirations de la population locale. Pour réussir la mise en œuvre de ce développement dans les meilleurs délais, il est impératif d’avoir pour chaque région, une vision globale basée sur une approche participative et d’appropriation, à travers quatre axes principaux à savoir ; le développement humain, le développement social, le développement économique et le développement écologique.

Dans ce qui suit je propose un aperçu des projets à mettre en œuvre dans la région de Tataouine et qu’on a initié par le lancement, début 2018, du plus grand projet de la production de l’électricité à partir de l’énergie solaire dans la région de Borj Bourguiba (délégation de Remada). Malheureusement, il n’y a pas eu de continuité pour la réalisation des autres composantes de cette première phase du projet.

Le développement intégré du Sahara tunisien est un projet structurant pour une relance économique durable par l’énergie renouvelable. Il permet de concilier les transitions économiques, énergétiques et écologiques. De même, Il offre à la Tunisie un potentiel de croissance et de création d’emplois. L’objectif principal de ce projet stratégique multidimensionnel est de valoriser les potentialités de la région, de promouvoir un développement durable et de renforcer la sécurité des frontières sud du pays. C’est un nouveau levier de croissance pour le pays.

Ce projet a été présenté à l’ancien Chef du gouvernement lors de notre première rencontre le 23 aout 2017. Il a été annoncé, pour la première fois, devant l'Assemblée du peuple lors de la session de vote de confiance relative au nouveau gouvernement de l’unité nationale le 11/9/2017 et lors de la déclaration du gouvernement pour le Budget de l'Etat pour l’année 2018. 

Une capitalisation des expériences 

Ce projet vise un développement intégré d’une zone frontalière entre l’Algérie et la Libye, qui s’étend sur environ le 1¬|5éme de la superficie totale du territoire national (voir carte). C’est une région vierge qui d’une part regorge de ressources hydrauliques abondantes (nappe continentale intercalaire) et d’autre part possède un taux d’ensoleillement parmi les plus élevé au Monde (irradiations solaires d’environ 2 000 kwh/m2/an).

Carte - Situation géographique:  El Borma et Borj El Khadhra

Il concerne le Gouvernorat de Tataouine (environ 39 mille km2) et pourra s’étendre aux gouvernorats de Kebili (22 mille km2) et Médenine (9 mille km2). Totalisant 70 mille km2 soit 40% environ du territoire national.

La réalisation de ce projet structurant dans la partie sud du Sahara conforte la position de la Tunisie, qui s’est intégrée résolument dans les objectifs d’un développement durable respectueux de l’environnement et des dispositions énoncées par la Convention Cadre sur les Changements Climatiques de Paris (COP21). A mentionner aussi la capitalisation des expériences menées, depuis 30 ans, à Rjim Maatoug (2500 ha irrigués, profitant directement à plus de 1500 familles) et à El Borma (50 ha en plein désert perchés entre deux dunes de sable). La lutte contre la désertification s’ajoute en atout de valeur. Le retour en investissement est édifiant. Autant d’acquis qui nous ont incités à concevoir ce nouveau projet de développement du Sahara.

Une vision globale

Ce projet s’inscrit dans une vision globale de développement durable. Sa gouvernance se base sur une approche participative impliquant la population locale et favorisante un partenariat public-privé pour la réalisation des différentes composantes. Son pilotage pourrait être attribué à une société d’intérêt économique qui bénéficie des facilités nécessaires pour le marketing du projet, la mobilisation des partenaires et la négociation avec les investisseurs. Les principales retombées du projet sont au nombre de sept à savoir:

• Le renforcement de la sécurité de cette zone frontalière, sensible du point de vue stratégique, afin de prémunir contre les menaces terroristes et les réseaux de contrebandes.

• La fixation de la population locale des zones frontalières et reculées du pays.

• Le développement des énergies renouvelables en valorisant l’énergie solaire abondante dans le désert pour la production de l’électricité.

• La promotion de l’agriculture saharienne biologique par l’aménagement des terres agricoles et la création de nouvelles oasis aux alentours des localités, à savoir Remada-Borj Bourguiba, Dhehiba, Maghrouga, El Borma et Borj El Khadhra. L’exploitation des pâturages présente aussi des atouts pour la région.

• L’impulsion du tourisme désertique par la mise en place d’une infrastructure permettant la promotion d’activités touristiques et de loisirs, notamment le développement de circuits touristiques et culturels, la promotion du tourisme écologique par la création d’une réserve naturelle et la mise en valeur du patrimoine naturel.
La création de zones protégées dans les zones arides pour préserver la diversité biologique et l'équilibre écologique, en l’occurrence en présence d’un certain nombre d'animaux sauvages rares capables de s'adapter et de coexister dans des conditions naturelles difficiles telles que الحبار (Outarde houbara (Chlamydotis))

• L’intégration de cette région frontalière au corps du territoire national par la mise en place d’une infrastructure routière et la connexion aux réseaux électriques et de télécommunications.

Et enfin, L’implémentation des nouvelles technologies désertiques à travers la création d’un centre international d’application et d’expérimentation des technologies adaptées au désert. Ce centre pourrait être une station d’observation, de mesure et d’essai de technologies innovantes.  

Un partenariat à consolide

Il est à signaler que des démarches ont été entreprises auprès des institutions internationales (Banque Mondiale, PNUD, AFD, GIZ…) afin de solliciter leurs appuis pour ce projet stratégique pour le pays. Une série de réunions a été organisée avec ces institutions pour leur présenter le projet et prospecter leurs prédispositions pour l’accompagnement. La BM a proposé un financement pour la finalisation des études et le PNUD a proposé son soutien pour l’accompagnement et l’organisation des ateliers de réflexion et de concertation, le premier a été organisé le 2 aout 2018 avec la participation des départements concernés, le gouvernorat de Tataouine, les organismes de développement et la société civile.

La diplomatie tunisienne a joué un rôle important pour faire connaitre ce projet auprès de nos partenaires notamment européens et asiatiques qui ont témoigné un intérêt particulier pour soutenir la réalisation de ce projet, plusieurs réunions ont été organisées à Tunis et à l’étranger en présence des hauts responsables. Il y avait une dynamique diplomatique qui malheureusement n’a pas été poursuivi.

Les étapes du projet

La 1ère phase (2018-2021) a été dédiée principalement à la mise en œuvre de la première tranche de la route en partant de la localité de Remada pour atteindre Borj El khadhra, le renforcement des réseaux électriques et de télécommunication jusqu’à Borj Bourguiba, l’aménagement de 5 000 hectares de terrains agricoles et à l’installation de 200 MW d’énergie solaire ainsi que la création du Centre international d’application et d’innovation pour accompagner le projet.

La 2éme phase (2022- 2025) sera réservée à l’aménagement de 15 000 hectares supplémentaires de terrains agricoles, à l’installation de 500 mégawatts d’énergie solaire avec stockage et à la poursuite de l’extension des infrastructures. 

La 3éme phase (2026-2035) sera dédiée à l’aménagement de 30 000 hectares de terrains agricoles, à l’installation de 1000 mégawatts d’énergie solaire avec stockage et au renforcement des infrastructures. 

Au total, il est prévu de développer 50 000 hectares, l’installation de 1700 MW d’énergie solaire en des infrastructures.

Plan d’action à court terme 2018-2021

Ce plan d’action concerne le développement de la région entre Remada et Borj Bourguiba et englobe les composantes suivantes :

La création d’un nouveau pôle d’oasis et périmètres irrigués aux alentours de Borj Bourguiba et Remada

Le projet est basé sur l’étude réalisée par le Centre National d’Etudes Agricoles (CNEA, 2018). Elle consiste en la création de périmètres irrigués et d’oasis dans les zones de Remada-Borj Bourguiba, Lorzot et Oued Zar moyennant la mobilisation des ressources en eau du Continental Intercalaire.

Objectifs du projet :

Diversification de l’économie régionale,

Création d’emploi ou de sources de revenus dans le gouvernorat de Tataouine caractérisé par un taux de chômage élevé,

Peuplement des zones frontalières et reculées du pays.

Mobilisation rationnelle des ressources en eau du Continental intercalaire,

L’intégration de l’énergie solaire dans le pompage au niveau des 7 puits programmés.

La réalisation des travaux de lutte contre la désertification et de sauvegarde du milieu naturel à travers le reboisement, la mise en place de brise vent …etc.

Composantes du projet :

Composante A : Aménagement des périmètres publics irrigués et infrastructures de base (580 ha d’oasis, désenclavement de la zone du projet, infrastructure d'accueil des exploitants et locaux administratifs).

Composante B : Plantations arboricoles oasiennes (acquisition de plants…).

Composante C : Appui institutionnel et mesures d'accompagnement (équipements à affecter aux structures liées à la gestion du projet, les études, les formations et les mesures de soutiens et d’appui à la production et à la commercialisation des dattes et autres produits de la région).

Composante D : Entretien et fonctionnement des biens du projet.

Schéma de développement agricole : Agriculture oasienne en trois étages (palmier dattier, arboriculture fruitière et cultures annuelles) plus intégration de l’élevage ovin.

La superficie des périmètres concernés par de cette phase s’élève à 1000 h répartie entre 2 tranches :

400 h aux alentours de Remada,

600 h à Borj Bourguiba à affecter aux bénéficiaires comme suit :

- 20 lots aux diplômés de l’enseignement supérieur et des techniciens sur une superficie de 150 h,

- 150 lots au profit des petits exploitants à raison de 3h par lot soit environ 450h.

Coût du projet : 120 millions de dinars,

L’installation d’une centrale photovoltaïque à Borj Bourguiba d’une puissance 200 MW

Ce projet a été inscrit par le ministère de l’énergie dans le programme de l’accélération de la mise en œuvre du Plan Solaire Tunisien et de la diversification des sources de production d’électricité à travers la promotion des énergies renouvelables. Un appel d’offre a été lancé le 23 mai 2018 dans le cadre des concessions et ce projet a été octroyé à la société Scatec Solar avec un prix très compétitif environ 70 millimes/kwh. C’est la seule composante du projet qui a été initié. Ce projet s’étend sur une superficie de 400 hectares.

Composantes du projet

Conçu pour être réalisé en mode de Partenariat Public-Privé (PPP), ce projet couvre les études, la fabrication en usine, la fourniture, le transport à pied d’œuvre, le montage sur site, la pose, les essais et la mise en service industriel des équipements électromécaniques, ainsi que les ouvrages de raccordement au réseau électrique (225 kV) et l’évacuation de l’énergie produite.
Coût du projet
Le coût estimatif du projet s’élève à 600 millions de DT répartis comme suit : 550 millions de DT pour la centrale photovoltaïque, 25 millions de DT pour la connexion au réseau électrique et 25 millions de DT pour la station d’évacuation de l’énergie produite.

Délais de réalisation

La durée de réalisation du projet est prévue pour 18 mois. 

La production d’énergie électrique annuelle prévue est de 320 gigawattheure et l’économie annuelle en gaz naturel est évaluée à 70 Tep. Le taux d’intégration locale est estimé à 40 %.

Le développement des infrastructures

Le développement des différents réseaux d’infrastructures routières et de télécommunications et la construction d’un village.

Extension du village de Borj Bourguiba par la construction d’un village de 225 logements et la mise en place d’infrastructures de base (eau potable, électricité, école, dispensaire, mosquée, café, mini souk, maison de jeunes, local administratif…) et ce pour fixer la population.

Le coût global est estimé à 20 millions de DT.

Construction de la route reliant Remada à Borj Bourguiba

L’aménagement de la route reliant Remada à Borj Bourguiba d’environ 30 km. Le cout est évalué à 15 millions de DT.

Il est nécessaire de voir autrement le développement des régions productrices des ressources naturelles et d’accélérer la mise en œuvre des projets économiquement rentables pour créer de la richesse et des emplois stables et durables.

Khaled Kaddour





 

 

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4 Commentaires
Les Commentaires
Habib Kraiem - 19-09-2020 01:51

On lit qu'au total il y aurait 50.000 ha à aménager!!! c'est bien beau: - de quel type d'aménagement pour 50.000 ha s'agira-t-il dans ce milieu désertique et avec quelles ressources en eau?. Est-ce qu'on oublie que la part de la Tunisie dans les ressources en eau théoriquement mobilisables du SAS (Système Aquifère Saharien) n'est que de 8%?, le reste appartient à l'Algérie (70%) et la Libye (22%)?. - avec quelles ressources humaines, notamment dans le contexte actuel caractérisé par une jeunesse déstabilisée et désorientée pour ne pas dire, indomptable ou récalcitrante!

Daassi mohamed al amine - 19-09-2020 15:01

Nous avons un projet consistant dans la région de Jedlienne gouvernerat de Kasserine ce projet de phosphate de trés haute qualité a été lancé après la révolution en 2012 par une société Australienne, qui fini la phase de toutes les études et reste seulement l'exploitation et commencement du projet mais jusqu'à maintenant n'a pas vu la lumière et a été jelé sans aucune explication???????? Ce projet peut résoudre plusieurs problèmes dans la région de Kasserine. Mohammed Al Amine daassi Tél:90409275

Chaalala Mohamed - 20-09-2020 01:30

Deux ressources naturelles importantes à savoir l’énergie solaire et l’exploitation des eaux souterraines Dans lesquelles la Tunisie a accusé des retards inacceptables. des régions délaissées par les différents gouvernements et à qui il faudrait accorder tout l’intérêt nécessaire. Le développement de 1000 ha d’oasis a 120 millions de DT ( soit 120.000 DT / ha ) me semble eleve’; Faut il lire 12000 DT/ ha. En tout cas la rentabilité est à rechercher aussi dans les avantages non quantifiable du projet.

CHIHEB BAIZIG - 23-09-2020 09:42

Dans le cadre de son appui aux communes Tunisiennes en matière de gouvernance locale, le Centre international de développement pour la gouvernance locale (CILG-VNG international) a soutenu en 2017-2018 un projet pilote de pompage d’eau à l’énergie solaire pour la production d’huile d’olive biologique réalisé à Dhehiba. Le projet permet à onze exploitants agricoles de pomper l’eau des puits en utilisant l’énergie solaire pour l’irrigation des oliveraies. Le coût global de ce projet est de de 232 mille dinars dont 160 mille financés par CILG et le reste par l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie, rapporte l’agence TAP. Ce projet inclusif a été réalisé en collaboration avec les agriculteurs, qui se sont regroupés en SMSA, la Municipalité de Dhehiba, le Commissariat régional au développement agricole, le programme de partenariat arabo-danois (DANIDA) et le Ministère des Affaires locales.

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