Opinions - 02.09.2020

Mohamed Nafti: Victoire éclatante du Président Kais Saïd ou quand la fin justifie les moyens

Par Mohamed Nafti - Machiavel est un grand penseur de la Renaissance. Il est considéré en Occident comme le père du réalisme politique et le premier penseur militaire des temps modernes. C’est aussi un penseur humaniste. Les grands politiciens des XIX et XX siècles se sont largement inspirés de sa pensée politique. Mais d’autres réprouvent ses idées. On qualifiera de Machiavélique, le politicien totalitaire  influencé par ce grand penseur et de Machiavélien un chef politique qui réussit. Mais ce n’est là qu’une argumentation simpliste.

On attribue à Machiavel la formule « La fin justifie les moyens », bien qu’il ne l’ait jamais énoncée telle qu’elle.  Ce vieil  adage qui ne cesse de se confirmer dans le domaine politique, signifie qu’une autorité politique est prête à faire usage de moyens condamnables sur le plan moral pour atteindre un but. Rien de plus véridique lorsqu’on vit les débuts d’une démocratie, d’une démocratie faite de toutes pièces par des novices de la politique. Machiavel est un penseur et non  un politicien faut-il l’admettre. Inutile de le condamner pour une seule idée, il n’est  pas non plus interdit de   le parodier pour comprendre ce qui s’est passé sur la scène politique tunisienne.

Le Président Kais Said (KS) ne cesse de mater ses adversaires en damant ses pions. Il devait avoir sa Dame très active et dynamique pour éliminer toutes les pièces de valeur chez ses adversaires. C’est que la Dame est une pièce maîtresse capable de se déplacer dans tous les sens et sur toutes les longueurs. Je parle du jeu des échecs. Le premier septembre  2020 dans l’arène de l’ARP, le  terrain  de l’adversaire, KS a remporté une victoire « bavaroise ». C’est insensé dira-t-on. Analysons les faits.

Dans le domaine militaire on analyse toujours après l’action (After Action Review) dans le but d’évaluer et de tirer les enseignements qui permettront d’aménager les actions futures. On peut appliquer ce processus dans la politique. La guerre n’est- elle pas la poursuite de la politique par d’autres moyens. Au début d’un mandat, d’une campagne et dans un discours élogieux, on peut annoncer une multitude d’objectifs et convaincre l’auditoire de la grandeur de notre entreprise. On récoltera une  pluie d’applaudissements et de félicitations. Tout est  question de rhétorique. Elle marche dans la majorité des  cas dans le cercle politique. Mais à la fin de l’entreprise,  rares sont ceux qui arrivent à concrétiser un des objectifs pré-annoncés. 

Le 1er septembre 2020, le chef du gouvernement désigné a présenté son équipe  devant l’ARP et a remporté haut la main la confiance de l’Assemblée. Les partis politiques, pourtant écartés de  la composition de l’équipe gouvernementale, jubilent. Victoire à la Pyrrhus ou situation kafkaïenne. Ou les deux à la fois. Comment expliquer la victoire des partis, si victoire y est ? Qu’est ce qu’ils ont récolté ? D’autre part,  comment expliquer cette situation où les partis exclus de la composition du gouvernement et qui dès le début de la nomination du chef du gouvernement se sont opposés à la formation d’un gouvernement indépendant, pour en fin des négociations se féliciter d’être exclus? A mon avis leur  seul bénéfice, leur objectif c’est leur intérêt personnel et partisan. Les élus ont garanti leur survie. Et ceci n’est pas une mince victoire. C’est même l’essentiel de leur combat. Sur ce point je leur tire une grande révérence. Il faut avouer que c’est là la vraie stratégie.

Revenons à notre Président. Il a nommé la personnalité la plus « compétente ». Celle-ci n’est pas la figure proposée par les partis politiques. Le chef du gouvernement désigné est connu pour être l’homme du Président. Ancien conseiller au palais de Carthage. Il a formé un gouvernement qui exclut tout membre de parti politique. On va dire il a agi  dans l’esprit du chef. Dans l’armée c’est la clef de la réussite que ce soit dans le travail, mais surtout dans le combat. Faut-il rappeler à ceux qui s’étonnent de cette dernière remarque que lors de l’analyse de la mission et pour concevoir l’objectif de la bataille ou même de la guerre il faut le chercher dans la question «  En quoi cet objectif peut- il  faciliter la mission de l’échelon supérieur », ou qu’est ce que je dois accomplir pour contribuer à la réussite de la mission du chef supérieur ?
Maintenant si on applique ce processus d’analyse dans la situation politique tunisienne, on va conclure autre chose que ce que tout le monde pensait. Au départ, l’objectif du    Président pouvait être, quelque chose comme  « neutraliser » les partis de l’action de l’exécutif. Il a choisi son homme qui a annoncé dès le début qu’il va se « débarrasser » des partis. C’est chose faite jusqu’à la dernière minute. Mais le Président sait aussi que sans l’aval et le soutien des partis à l’ARP, le gouvernement choisi ne saura pas danser avec les loups. Il lui manque la ceinture de l’ARP. Comment agir ? Tout simplement il va falloir les duper. La Ruse c’est aussi Machiavel, faut lire le Prince. Ou si voulez les stratagèmes confucéens.
A la dernière minute, on va appeler les chefs des partis influents à Carthage  et les inviter à agir pour faire tomber ce gouvernement. Maître Renard (comme Desert Fox) va user de ses qualités Romelliennes et se présenter dans la peau du faible et du naïf et   demander secours aux Grands Partis. Il sait d’avance qu’ils n’attendaient que ce geste pour se « venger ». Le 1° septembre,  fatih de septembre le verdict est tombé. Analysons les faits.

Le gouvernement  de M. Mchichi est honoré par les partis.

Le gouvernement de M. Mchichi ne comporte aucun membre des partis politiques.

Le Président qui a nommé son homme comme chef de gouvernement et peut être a choisi l’essentiel des membres du gouvernement a réalisé le «  passage » de cette équipe à l’ARP, a garanti la ceinture noire 7eme Dan pour danser avec ses loups.

Le chef du gouvernement a travaillé dans l’esprit de son chef supérieur. L’objectif, neutraliser les partis politiques, est largement atteint.

Sur le plan des résultats, le Président a « écrasé » ses adversaires dans leur propre fief. C’est une autre version de Bayern- Barcelone. Il faut avouer que Messi a beaucoup vieilli.

Une leçon qu’on pourrait tirer de cette situation politique en Tunisie est de confirmer le vieil adage machiavélien. La fin justifie les moyens. A la fin de ce mois de « combat » entre Carthage et Bardo, le Président sort vainqueur. Et ce n’est pas fini à mon avis. Attendons-nous à d’autres surprises. En attendant, je relirai encore Le Prince, l’art de la guerre de Sun Tsu et  Vom Krieg de Clausewitz et ne pas oublier de réviser  Ibn Khaldun, tout ça pour essayer de comprendre la politique de l’exécutif tunisien. Pour les élus de l’ARP, j’ai depuis longtemps trouvé la clef, je relis Kafka.  Pour vous consoler cher lecteur ne prenez pas au sérieux cette analyse militaire.   Car  la guerre comme la politique est quelque chose de très sérieux  pour la laisser entre les mains des vieux ...

Mohamed Nafti



 

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2 Commentaires
Les Commentaires
Ahmed Khamassi - 02-09-2020 18:22

Mr Nafti n'a jamais bien lu et étudié Machiavel. Répéter des adages populistes et erronés n'ajoute aucune valeur au débat politique déjà abaissé. Je lui conseille les ouvrages de Quentin Skinner sur ce philosophe dont la pensée et la méthode sont riches et nuancées comme tout autre grand philosophe.

Med Faouzi Mehri - 12-09-2020 19:58

Cet article me conforte dans mon analyse. Bravo Mr.

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