News - 14.08.2020

Garden party du 13 août à Carthage, en mode Kais Saïed (Album Photo)

Le palais de Carthage, avec sa grande salle de Ball Room et ses larges terrasses donnant sur la mer, est le même depuis que Bourguiba l’avait reconstruit début des années 1960.  Le cérémonial est identique et la décoration du podium présidentiel, conçue sous Béji Caïd Essebsi a été gardée. Pourtant, tout ou presque a changé, en ce 13 août 2020, jour de célébration de la Fête de la Femme. Le nouveau locataire du Palais, le président Kais Saïed, y a imprimé ses marques tant au niveau du choix des invitées qu'à celui du déroulé de la réception offerte en leur honneur, comme surtout dans le discours prononcé à cette occasion. Deux Tunisies, deux styles. Récit.

La cuvée 2020 de ce qui devait être la Garden Party du 13 août ne pouvait échapper à deux faits majeurs. D’abord, la distanciation physique imposée par les règles prudentielles anti-Covid-19. D’où la réduction quasiment par deux du nombre des invitées, avec la distribution de masques à l’arrivée, prise de température et éloignement des chaises et rangées. Beaucoup étaient gênées ne savant pas si elles devaient garder le masque tout au long de la cérémonie, sous une chaleur prononcée, ou le ranger au fond du sac, une fois les premiers moments passés. Chacune se fiera à son intuition.

Ambiance de fin de mission pour le gouvernement, en attendant le suivant

Deuxième fait significatif, la démission du gouvernement Fakhfakh. La Tunisie se retrouve comme en août 2016, lorsque Habib Essid n’avait pas obtenu le renouvellement de confiance du Parlement en faveur de son gouvernement, et son successeur pressenti, Youssef Chahed, commençait à peine ses consultations. Sauf que Essid partait sur une manœuvre politique fomentée par les siens, tandis que Fakhfakh a été poussé à la sortie par des affaires de conflit d’intérêts, voire plus. Quant au nouveau candidat à la Kasbah, Hichem Mechichi a clairement annoncé sa décision de n’appeler à ses côtés que des indépendants. Tous se bousculent alors au portillon…

Aux aurores, pour égrener les messages

Faudrait-il ajouter un troisième élément frappant : l’engagement personnel du Président Saïed en faveur de « l’autre femme tunisienne », celle des aurores, des champs et de la première cordée. Tôt le matin, ce jeudi 13 août, il était parti à Boussalem, dans un champ de cultures maraîchères et de plantes aromatisées, souhaiter bonne fête à des femmes qui triment. Payées à 10 D la journée, sans la moindre couverture sociale ou assurance-santé, et sans contrat de travail, elles représentent cette large frange de femmes rurales précarisées. On est loin des « femmes opulence », des soirées, restaurants et hôtels, comme ne manquera pas de le souligner le président de la République. Au passage, il se rendra au chevet de Radhia Nassraoui, et de Dalenda Abdou, en clin d’œil à une grande militante pour la Démocratie et à une comédienne très populaire.

« Dans son élan antisystème, n’en déplaise à ceux qui le taxent de populisme, Kais Saïed était sincèrement fidèle à ses convictions : « Plus jamais ça ! », souffle une voisine de chaise dans la grande salle de Carthage. Comment ? Il ne détaillera pas dans son discours les mesures qu’il compte prendre. Ceux qui s'y attendaient resteront sur leur faim. Est-ce là une rupture avec le style de ses prédécesseurs avides d’effets d’annonce à chaque célébration ?

A voir les invitées à la cérémonie de l’après-midi, on reconnaît deux Tunisies. Celle des salons, bureaux et plateaux, et celles des champs. Tenues soignées, accessoires luxueux et belles coiffures contrastent avec les pieds en henné, parfois un fichu ou un foulard sur la tête. Des femmes venues de la capitale et de grandes proches villes en voitures officielles ou personnelles et d’autres arrivées des régions par minibus spécialement affrétés. Mais, au fond et c’est l’essentiel, toutes sont des femmes…

Un cours inaugural

Pour son premier discours 13 août, en professeur de droit, le chef d’État s’est livré à un cours inaugural, dans un genre jusque-là inédit au palais de la République. Était-ce le moment ? Pour lui, sans aucun doute. Kais Saïed ne rate aucune occasion pour développer sa pensée. A l’académie militaire de Fondouk Jedid, comme devant les forces spéciales à Menzel Jemil, récemment, il délie des réflexions et assène des mises en garde.

Cette fois-ci, sa lecture des droits de la femme, puisée dans une interprétation des textes coraniques et la législation, peut d’emblée paraître difficile à cerner par le commun des citoyens. Elle s’avère, en fait, révélatrice de prises de positions qui ouvrent de grands débats, contradictoires. Mais, c’est du Kais Saïed, entier et pur jus. Au premier rang des officiels, Rached Ghannouchi, président de l’ARP et chef d’Ennahdha y prête une écoute attentive sans laisser transparaître sa pensée. "L’égalité dans l’héritage, qu’il considère clairement définie dans le texte coranique est selon lui "un faux problème attisé par une vision libérale qui en fait une simple équité formelle et illusoire. Elle ne saurait se transformer en source de discorde et facteur de clivages. Nul ne peut se prévaloir d’une légitimité pour imposer ses vues aux Tunisiens", assure-t-il.. Murmures dans la salle.

Le ruban de la République

On arrive alors au clou de la cérémonie : la remise des décorations. Première récipiendaire du Cordon de grand commandeur dans l’ordre de la République, la ministre de la Justice, Thouraya Jeribi. Suivent 33 autres femmes de différents corps et diverses spécialités et régions. Magistrates, militaires, haut-fonctionnaires, communicatrices, sécuritaires, médecins, universitaires, artisanes, chefs d’entreprise et simples ouvrières émérites. Un dosage qui a dû prendre en compte des critères fixés par le président de la République. 

Mechichi et Fakhfakh

Commence alors la réception. Le président Saïed se retire. Alors qu’un buffet bien garni est ouvert sur la terrasse. Les invitées se pressent autour des ministres. Chacun y va de sa sollicitation. Hichem Mechichi est le plus entouré. Compréhensible. Elyès Fakhfakh se tient à l’écart. Ainsi va la vie politique.

F.H.

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