News - 06.08.2020

Quel président se veut Kaïs Saïed ?

Plébiscité par un vote record de plus de 72% des électeurs, Kaïs Saïed n’a pas encore dessiné clairement son style présidentiel. Il s’y emploie par touches successives, révélées à travers ses discours, parfois même devant les militaires: «Le Président, c’est moi !». Ou encore, «il n’y a qu’un seul président !» Et surtout, sa conception de la légitimité et de la magistrature suprême. Ce statut exclusif et inédit dans un régime hybride, censé être parlementaire, avec une faible dose de présidentialisme, alimente la controverse. Sans y prêter beaucoup d’attention, Kaïs Saïed exerce son mandat comme il l’entend, fort de sa compétence de professeur de droit constitutionnel, c’est-à- dire  au-dessus de tous.

La préparation de sa récente visite en France en offre une nouvelle illustration. Tout avait été piloté à partir de Carthage, directement avec Paris. Le gouvernement n’y a été impliqué que dans les tout derniers jours, sur insistance d’Elyès Fakhfakh, et n’y a planché en Conseil ministériel restreint que juste la veille, samedi matin, pour une visite commençant le lundi.

Cette conception du fonctionnement des pouvoirs publics nous renvoie non au Général de Gaulle, mais plutôt à Georges Pompidou, son successeur à l’Élysée en 1969, après avoir été son Premier ministre. Dans un excellent livre intitulé Mes présidents, paru début juin chez Grasset, Alain Minc revient sur le style des chefs d’État de la Ve République, comme il a pu les observer, de loin pour de Gaulle, de près, voire de très près, pour les sept autres. Dans un deuxième chapitre intitulé «Georges Pompidou : le génie de la normalité», il rappelle cette doctrine pompidolienne : «Le président de la République: chef suprême de l’exécutif, gardien et garant de la Constitution, il est à ce double titre chargé de donner les impulsions fondamentales, de définir les directions essentielles et d’assurer et de contrôler le bon fonctionnement des pouvoirs publics ; à la fois arbitre et premier responsable national. Une telle conception n’empiète évidemment pas sur les droits du Parlement, qu’il s’agisse de son pouvoir législatif ou de son contrôle de l’action gouvernementale. Elle laisse un rôle extrêmement important et d’ailleurs très lourd – j’en ai fait moi-même la longue expérience – au Premier ministre dans la marche des affaires, dans la direction des administrations et dans les rapports avec le Parlement; mais une telle conception comporte la primauté du chef de l’État qui lui vient de son mandat national et qu’il est de son devoir de maintenir.»

Kaïs Saïed en fait-elle sienne ?


 

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