News - 23.07.2020

Mohamed Ennaceur - Beji Caïd Essebsi: Il était resté à la barre jusqu’au dernier jour, sauvant la Tunisie du naufrage

Par Mohamed Ennaceur. Président de l’ARP (2014-2019). Président de la République par intérim (juillet-octobre 2019) - Le 25 juillet 2019, Béji Caïd Essebsi, président de la République, nous a quittés subitement, sans crier gare ! Il est mort en restant à la barre, jusqu’au dernier jour de sa vie, gardant le cap, évitant à la Tunisie de sombrer dans le naufrage qui la menaçait dangereusement en péril !

Jusqu’au dernier jour de sa vie, il a servi la Tunisie et les Tunisiens.

Il a servi la Tunisie sous l’égide du président Bourguiba, en participant à l’édification de l’Etat national, républicain et moderne, en dirigeant avec compétence des ministères de souveraineté de la première République, et en marquant son profond attachement aux libertés et à la démocratie.

Au lendemain de la révolution, Béji Caïd Essebsi a dirigé avec doigté le gouvernement de transition, qui a rétabli l’ordre, restauré l’autorité de l’Etat, remis le pays en marche, et organisé avec succès les premières élections libres et démocratiques en Tunisie.

Pendant la crise politique provoquée par les méfaits de la Troïka, il a contribué personnellement au succès du Dialogue national qui a fait éviter à la Tunisie une guerre civile !

C’est par reconnaissance à son rôle personnel et efficace dans le sauvetage de la Tunisie face aux périls qui menaçaient sa réussite et sa stabilité que le peuple tunisien lui a fait confiance au cours des élections de 2014, en l’élisant à la magistrature suprême.

Tout au long de sa présidence, Béji Caïd Essebsi a été fidèle à son projet politique, dévoué à son attachement à la réussite nationale, accompli son ambition pour la Tunisie !

La patrie avant les partis, ne cessait-il de répéter !

Cependant, il n’a pas été servi ou suivi par plusieurs de ceux qui avaient obtenu sa confiance et sur qui il comptait !

La dernière année de sa présidence a été particulièrement perturbée par la détérioration de ses relations avec certains de ses collaborateurs dont la plupart lui doivent leur carrière. Pourtant ils l’ont lâché !

Étant proche de lui de longue date, et ayant souvent eu l’occasion de m’entretenir avec lui en tête-à-tête, nous avons souvent eu l’occasion d’évoquer certains de ces évènements !

Ces moments partagés en tête-à-tête étaient très agréables et restent pour moi inoubliables. Il m’accueillait toujours dans le salon d’honneur, en tant que président du Parlement, debout, tout droit dans son costume bleu marine, la cravate bien mise et un sourire chaleureux.

Dès que les photographes et caméramen quittaient le salon, les entretiens deviennent plus personnels et décontractés.

Si Béji avait le sens de l’écoute, posait des questions, et ne manquait pas de faire des commentaires appropriés, rappelant, à l’occasion, certains évènements du passé !

Autant il était friand d’anecdotes concernant le président Bourguiba et les différentes péripéties de sa collaboration avec lui, autant il évitait d’aller dans les détails concernant ses relations avec les acteurs du moment.

Il est resté homme d’État et fin politique, préférait l’allusion et l’insinuation à la désignation par leurs noms des personnes incriminées!

Discret de nature, Sil Béji était chiche en confidences, peu enclin à dévoiler et à révéler ses sentiments.

Cependant, et à force de le fréquenter, j’ai eu l’occasion de sentir sa peine ! Il souffrait en silence et vivait sa solitude du pouvoir !

Un jour nous avons évoqué ensemble une des séances premières orageuses que j’ai présidées, et qu’il avait eu l’occasion de suivre à la télévision. Lorsque nous avons terminé notre entretien et en me raccompagnant vers la sortie, il me recommanda affectueusement de prendre soin de ma santé ! Je lui ai répondu sur-le-champ, en citant un vers d’Alfred de Vigny dans « La mort du loup » :

« Fais énergiquement ta longue et lourde tâche, dans la voie où le sort a voulu l’appeler ».

Sur le vif, il répliqua en récitant ce vers significatif :
« Puis, comme moi, souffre et meurs sans parler ! »

Je me souviendrai toujours de ce moment.

Aujourd’hui, à la veille de la commémoration du premier anniversaire de sa mort, je voudrais saluer la mémoire d’un ami très cher et d’un compagnon de route, qui était un grand Président, qui a marqué de son empreinte de grands moments de l’histoire de la Tunisie !

Il a vécu, il a souffert et il est mort sans parler ! Paix à son âme ! 

Au moment de signer cet hommage au Président Caïd Essebsi, deux autres vers du poème d’Alfred de Vigny  dans « La mort du loup » me reviennent à l’esprit :

« Avoir ce que l’on fût sur terre et ce qu’on laisse.
Seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse ! »

Allah yerhamou !

Mohamed Ennaceur
Président de l’ARP (2014-2019)
Président de la République par intérim (juillet-octobre 2019)



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2 Commentaires
Les Commentaires
Habib - 23-07-2020 13:06

Hommage d’un grand homme d’Etat à l’homme d’Etat exceptionnel qu’était feu Si Béji Caïd Essebsi, Allah yarhamou . Merci beaucoup Si Mohamed Ennaceur .

Hedi ZAIEM - 23-07-2020 14:51

Très bourguibien et très touchant.

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