News - 04.07.2020

Imed Hazgui, Ministre de la Défense nationale: Curieux destin, il ne favorise que les esprits bien préparés

Par Taoufik Habaieb & Fatma Hentati - Le destin lui a toujours accordé plus qu’il n’espérait. Imed Hazgui voulait dès son enfance faire droit et embrasser une carrière diplomatique ou au sein d’une organisation internationale. Encore une fois, le destin le fera magistrat au Tribunal administratif, hissé jusqu’au grade de commissaire général d’État, puis premier président fondateur de l’Instance nationale d’accès à l’information (Inai). Et le voilà ministre de la Défense. En somme, une discrète ascension. Le jour de la passation de pouvoirs à la tête de la Défense nationale, son prédécesseur (par intérim) n’était autre que Karim Jamoussi— ils étaient les seuls admis au concours du Tribunal administratif, il y a 22 ans, en 1995… Portrait.

Il faut dire que Imed Hazgui n’a jamais compté uniquement sur sa bonne étoile, œuvrant sans relâche à gagner davantage en compétence et performance. A 51 ans, et du haut de ses 1m93, il a toujours renoncé aux tâches faciles, ou se contenter juste de faire carrière. Haut magistrat du Tribunal administratif, il affiche au compteur des centaines d’arrêts et d’avis qui font référence en matière de jurisprudence. Prononcés dans l’équité et le souci permanent de fonder un État de droit, ils marquent une interprétation approfondie et justifiée des textes et une totale indépendance.

D’une loi organique à une instance respectée

La profonde conviction de Imed Hazgui est l’impératif de fonder un État de droit sur les principes de transparence, de bonne gouvernance et de redevabilité. Ce sont, selon lui, les piliers de la démocratie. Avec les droits et les libertés, ils constituent sa doxa. Ce n’est donc pas par hasard qu’il se portera candidat en 2017 à la présidence—en qualité de magistrat administratif— de la toute naissante Instance nationale d’accès à l’information (Inai). Il s’y fera élire le 18 juillet 2017 haut la main, à une très large majorité de 149 voix, qui souligne son indépendance à l’égard de tous les partis politiques et sa compétence en la matière.

La nouvelle mission de Imed Hazgui, pour un mandat de six ans, ne sera pas une sinécure. Il lui fallait convertir les principes et les objectifs contenus dans loi organique (N° 22 – 2016 du 24 mars 2016) relative au droit d’accès à l’Information, en réalité effective assumée par toutes les parties concernées sous la supervision d’une instance indépendante, respectée et crédible. Avec ses huit coéquipiers élus, formant le conseil de l’Inai, il fallait dès le lendemain de la prestation de serment le 20 septembre 2017, devant le président de la République, feu Béji Caïd Essebsi, s’atteler tout à la fois à l’intendance qu’à l’accomplissement de la mission.

Débloquer un budget, trouver des locaux, recruter du personnel, élaborer des procédures de travail et veiller à l’instauration, dès le début, d’une bonne atmosphère de franche collaboration entre les membres du conseil, l’administration et les partenaires : la tâche est accaparante. Formaliser les procédures, entreprendre une pédagogie simplifiée de communication, publier un guide pratique, signer des accords de coopération avec des ministères (Agriculture, Transport, Éducation, Affaires religieuses…), des entreprises publiques (Tunisair, Steg…), examiner les requêtes, rendre des centaines de décisions de nature juridictionnelle en vue de fonder une jurisprudence en la matière, mais aussi assurer le suivi de leur mise en œuvre exigent de réels efforts.

Plus encore, le maillage international de l’Instance a été remarquable. Tour à tour, l’Inai a été, à travers son président, membre fondateur du réseau africain des instances d’accès à l’Information. Encore plus, elle a été portée membre du réseau international, lors du Sommet de l’Icic, tenu à Johannesburg en mars 2019. L’expérience tunisienne émergente suscite en effet un large intérêt à l’étranger comme en témoigne l’invitation adressée au président de l’Inai au sommet latino-américain des instances d’accès à l’information tenu à Mexico en novembre dernier. A cette même occasion, le président Imed Hazgui était également l’invité de son homologue mexicain à la tête de l’Inai-Mexico pour une visite officielle de travail et d’échange. Des relations de coopération ont de même été développées avec l’Unesco, l’Ocde, et nombre d’autres organismes et ONG (Democray Reporting International, Article 19, Transparency international, Decaf, etc.)

Un bilan immédiatement récompensé

Premier bilan, le rapport annuel de l’Inai. Imed Hazgui le présentera en rapport d’étape au président de la République, le… vendredi 14 février 2020. Une date qui fera date, en ce jour de Saint-Valentin, pour l’Inai qui soumet au chef de l’État (puis au président de l’ARP et au chef du gouvernement) sa première moisson. Et pour le Président Saïed, qui retrouve à cette occasion un disciple à la faculté des Sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis et un haut magistrat du Tribunal administratif qui a toujours retenu son attention pour la qualité de ses jugements, érudits et indépendants. Appréciant en plus son passage fondateur à la tête de l’Inai.

Ce jour-là, Elyès Fakhfakh était en pleines consultations pour former son gouvernement. De l’accès à l’information à l’accession au gouvernement, Imed Hazgui verra sa destinée le conduire à la tête du ministère de la Défense nationale. La proposition qui lui est faite par le président de la République et le chef du gouvernement nominé pour diriger un ministère régalien qui se distingue le plus par sa discipline et son patriotisme, où il peut apporter personnellement une valeur ajoutée, a été perçue comme un grand honneur.

Démarre alors une nouvelle séquence qui s’annonce intensive, en consécration d’un long parcours académique et professionnel.

Au commencement était Hzag…

Du village natal de ses parents, Hzag, Imed porte non seulement le nom de famille mais aussi les valeurs dans les gènes. A 40 km de Sfax, sur la route de La Chebba, et non loin du site archéologique Achola (Botria), s’étendent des périmètres irrigués aux savoureux légumes et des plantations arboricoles aux fruits exquis. A quelques kilomètres seulement, le port de pêche d’Ellouza.

Dans ce triangle d’or où l’union de la mer poissonneuse et de la terre fertile en fruits et légumes et riche en vestiges, l’agglomération érigée en municipalité Hzag-Ellouza-Botria compte aujourd’hui près de 20.000 habitants. La commune est présidée par une jeune femme, Mouna Ben Salem (professeur de physique-chimie) et la secrétaire générale est, elle aussi, une jeune femme (Basma Hsouna). Toute une symbolique.

Une voie juridique prédestinée

Ce bref rappel plante le décor qui a façonné Imed Hazgui. Il naît cependant à Tunis le 19 septembre 1968, où son père s’était installé de longue date, travaillant dans une institution internationale, et s’est marié à une parente native de Tunis et devenue fonctionnaire au ministère des Finances. Imed Hazgui est l’aîné d’une fratrie de cinq frères et sœurs, très soudés. Il deviendra lui-même le père de trois enfants. École Chevreul (Tunis) puis El Ferdaous (l’Ariana), et Alkharrouba (Bellevue), le lycée El Ouardia en secondaire, avant de décrocher son bac (1988) au lycée Mohsen-El Ayari à Montfleury.

Très jeune, il accompagnait son père au stade d’El Menzah, applaudir leur équipe favorite, l’Espérance sportive de Tunis. Les stars «sang et or» de l’époque, Temime, Tarek et les autres, l’impressionnaient. Mais ils n’étaient pas les seuls à le séduire. Celui qui a le plus marqué Imed Hazgui et dessiné son parcours futur était son grand - père maternel, Mohamed Habib Hazgui, un magistrat de renom, doublé de militant patriotique. La vocation juridique était alors née en lui.

C’est tout naturellement qu’il s’inscrira à la faculté des Sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis (Fsjpst), qui ouvrait alors ses portes à l’Ariana. Il y sera ‘’formaté’’, dans cette première promotion en locaux propres, par les illustres Abdelfettah Amor, Mohamed Charfi, Sadok Belaïd, Yadh Ben Achour, Abdelbaki Hermassi, Mahmoud Mestiri, Ahmed Ounaies, Fadhel et Hichem Moussa, Farouk Mechri, Kalthoum Meziou… Le pli est pris.

Nancy, Paris

La maîtrise en sciences juridiques obtenue, cap sur la France (1992) pour la préparation d’un troisième cycle en droit international public. Toujours le destin mènera Imed Hazgui à la faculté de Droit de Nancy où il obtiendra un diplôme d’études approfondies (DEA), avant de monter à Paris. A la faculté de Droit Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), il enchaînera avec un deuxième DEA et commencera une thèse de doctorat sur le droit humanitaire international, avec le professeur Jean-Pierre Quéneudec. Sur cette même lancée, il effectuera des stages à l’Académie de droit international de La Haye, l’Institut d’Administration publique à Paris, et l’Institut européen des Droits de l’Homme à Salonique, en Grèce.
Son élan sera cependant quelque peu freiné. Contraint par des obligations personnelles de rentrer à Tunis, alors qu’il était bien avancé dans sa thèse, il s’inscrira fin mai 1995 comme avocat au barreau de Tunis, et sera accueilli en stage au cabinet de feu Me Kamel Mrabet, rue de Russie.

La justice administrative l’emporte

La bonne étoile qui veille sur Imed Hazgui lui réserve une belle surprise. Le Tribunal administratif ouvre un concours de recrutement de magistrats. Il y postule. Sur 100 candidats, seuls deux sont admis : Karim Jamoussi (ancien ministre de la Justice et par intérim de la Défense nationale) et lui. Sous la présidence du Pr Béchir Tekkari, il entamera alors en septembre 1995 une longue carrière de magistrat administratif, entrecoupée cependant d’une brève escapade dans la diplomatie, une autre carrière qui l’attirait.

Le ministère des Affaires étrangères ouvrait un concours de recrutement de conseillers des Affaires étrangères. La perspective de partir en poste à l’étranger et de devenir un jour ambassadeur séduisait le jeune magistrat. Il s’y mettra et sera admis. Sous la direction de l’illustre ministre Habib Ben Yahya, le secrétaire général Hassine Bouzid l’accueillera à bras ouverts, ravi d’incorporer un magistrat. Affectation : division juridique… Au bout de deux ans (juillet 1996 - février 1998), retour au bercail pour un long bail qui se prolongera jusqu’en juillet 2017, soit 22 ans au total, avec vingt ans de magistrature et deux ans en diplomatie dans le juridique. Un parcours ponctué, également par un enseignement dispensé pendant de longues années aux futurs magistrats (Institut supérieur de Magistrature) et hauts cadres de l’État (École nationale d’Administration).

Fort de son expérience à la Chambre de cassation du Tribunal administratif, et de son expertise en matière de droit fiscal, Imed Hazgui a été désigné président pendant 5 ans (2012 – 2017) de la Commission de réexamen des arrêtés des taxations d’office au ministère des Finances. Cette commission a permis de rendre justice à des milliers de contribuables qui n’avaient pas eu la possibilité d’exercer leurs droits de recours devant les tribunaux.

Quant à son jardin secret, Imed Hazgui cultive une grande passion pour la lecture, la musique et le cinéma, et un dévouement affectueux à la famille.

L’accès à l’information en sacerdoce

Au Tribunal administratif, Imed Hazgui se forgera la réputation d’un haut magistrat (commissaire général d’État) qui signe des arrêts fouillés, de référence, faisant prévaloir les droits et préservant les libertés. Seuls les faits comptent à ses yeux, les dossiers, les procédures, le respect de la loi, sans la moindre appréhension de condamner quelque partie que ce soit, soucieux uniquement de rendre justice. Avant 2011 et depuis lors. Son champ de prédilection est l’ancrage de l’État de droit, et des principes de bonne gouvernance, l’instauration de la transparence, l’affirmation du droit d’accès à l’information. Il y consacrera articles, communications et conférences, tant à la faculté des Sciences juridiques (où il a connu son épouse, aujourd’hui avocate) que dans d’autres enceintes.

Consulté par le gouvernement sur les projets de textes à prendre, le Tribunal administratif émet un avis décisif. Le projet de loi sur la nouvelle instance nationale d’accès à l’information atterrira sur son bureau. Il s’y investira.

L’heureux destin favorisera celui qui est le mieux préparé et le mieux placé alors pour la présider dès sa constitution… jusqu’au 29 février 2020.

Taoufik Habaieb & Fatma Hentati

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