News - 03.07.2020

Imed Hazgui, l'homme qui veut moderniser l'armée (Vidéo et photos)

Propos recueillis par Taoufik Habaieb & Fatma Hentati - Rien ne prédestinait Imed Hazgui à occuper le poste de ministre de la défense nationale. Juriste, il rêvait d'une carrière diplomatique. Le voilà à la tête d'un ministère régalien. Il y arrive avec des idées claires et un projet ambitieux : la modernisation de l'armée nationale "en la dotant de stratégies, de moyens et de ressources". Dans une interview à  Leaders, il explique comment il compte s'y prendre et ce qu'il en attend tout en nous dévoilant ses autres priorités.

La mission de l’Armée nationale a été doublée d’un engagement en première ligne dans la lutte contre le Covid-19. Quelles sont les principales actions entreprises ?

Elles sont multiples, intenses et aussi urgentes que décisives. Il fallait d’abord prendre toutes les mesures prudentielles pour préserver les forces armées de tout risque de contamination, avec tout ce que cela exige comme dispositifs de prévention, gestes barrières, protocoles et vigilance. Dieu merci, nous y avons réussi, ne déplorant aucun cas significatif.

Mais, il fallait aussi apporter tout le soutien nécessaire au gouvernement dans cette rude épreuve sanitaire. Outre une implication totale dans les différentes instances mises en place par le gouvernement pour faire face à la pandémie (commission nationale, commissions régionales, comité scientifique, présidence de la commission de gestion de lits médicalisés dans les hôpitaux publics et les cliniques privées), trois lignes de soutien ont été déployées.

D’abord le respect de l’obligation de confinement général, puis ciblé. Pas moins de 12.000 éléments de l’Armée nationale ont été déployés aux côtés des forces de sécurité intérieure.

Ensuite, la logistique. Tous nos moyens ont été mobilisés en faveur du ministère de la Santé publique pour ses divers besoins ainsi qu’au profit des Tunisiens à l’étranger devant rentrer au pays. Il s’agit notamment, d’une part, du pont aérien établi pour le transport d’équipements médicaux à partir de la Chine et, d’autre part, du rapatriement des ressortissants tunisiens.

Le vol sur la Chine est absolument remarquable, enregistrant une durée totale de 56 heures aller-retour, avec un minimum de temps de chargement, et 48 heures de vol.

Nos avions C-130 sont allés chercher des Tunisiens jusqu’au Vietnam, en Indonésie, en Inde, sans compter l’Europe et l’Amérique du Nord. Il fallait voir la vive émotion de toutes ces familles expatriées dans des contrées aussi lointaines, quand l’avion battant notre pavillon national a atterri pour les rapatrier. Leurs témoignages sont poignants et exaltants pour nous tous.

Profitant du vol sur l’Inde, nous avons pris l’initiative d’y emmener des étudiants indiens résidant en Tunisie. Là aussi, les autorités et la presse locale ont largement salué ce geste.

Sur le plan médical, notre mission a constitué en la conversion d’unité militaire chirurgicale de campagne en unité de réanimation, l’installation d’un laboratoire mobile à Tataouine, puis son transfert à Kébili, l’installation en un temps record d’un hôpital militaire de campagne à Kébili d’une capacité de 100 lits, l’organisation de vastes campagnes sanitaires (sensibilisation, prévention, dépistage…) dans les délégations d’El Kalaa et Douz, en plus de quelque 1 500 consultations médicales effectuées.

Sans oublier l’envoi, sur décision du président de la République, chef suprême des forces armées, d’une équipe médicale en Italie, en témoignage de solidarité face au Covid-19. Cette initiative, comme la compétence des médecins et des paramédicaux, ont produit un grand effet sur nos amis italiens.

Une mission élargie de sécurité nationale

L’Armée tunisienne s’inscrit ainsi en plein dans la sécurité nationale au sens élargi à la sécurité sanitaire. Avec quelle définition au sens de l’article 77 de la Constitution ?

La Constitution est claire. En son article 77, elle stipule que « le président de la République représente l’État. Il lui appartient de déterminer les politiques générales dans les domaines de la défense, des relations extérieures et de la sécurité nationale relative à la protection de l’État et du territoire national des menaces intérieures et extérieures ». « Il est également habilité à présider le Conseil de  sécurité nationale auquel doivent être convoqués le chef du gouvernement et le président de l’Assemblée des représentants du peuple ; assurer le haut commandement des forces armées ; déclarer la guerre et conclure la paix après approbation de l’Assemblée des représentants du peuple. »

Le concept de sécurité nationale a évolué du fait de l’élargissement et du développement des facteurs de risques et menaces. Il constitue désormais une responsabilité collective partagée par les militaires et les civils, ainsi que par les pouvoirs législatif et exécutif, incluant ministères, organismes, collectivités locales, acteurs politiques, économiques, experts et académiciens, les composantes de la société civile et les citoyens eux-mêmes. Le coût de la défense-sécurité est assumé par la société tout entière.

L’institution militaire et les appareils sécuritaires ne sont plus désormais les seuls responsables de la sécurité nationale, bien que la plus grande part leur incombe. La synergie avec toutes les autres parties concernées est nécessaire pour protéger les intérêts vitaux du pays, à savoir :

L’intégrité du territoire et ses prolongements aériens et maritimes,

L’indépendance nationale et la pleine souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire national,

La continuité des fonctions de l’État quelles que soient les conditions

La cohésion sociale, la sécurité des citoyens et la protection de leurs libertés essentielles

La protection des potentialités du pays et des moyens de son développement.

Doctrine et Livre blanc: finalisation imminente

L’Armée tunisienne a-t-elle finalisé sa nouvelle doctrine?

C’est impératif ! Les mutations profondes intervenues en Tunisie depuis la révolution de 2011 ont rendu nécessaire la révision de nombre de documents et de références militaires dont la doctrine militaire des forces armées. Il s’agit de concevoir une nouvelle vision d’ensemble, à la fois stratégique et de politique défense, à l’horizon 2030-2040 du rôle de l’institution militaire en fixant les priorités. C’est un projet essentiel qui retient toute mon attention. Je l’ai inscrit parmi mes hautes priorités et j’œuvre à finaliser dans un proche avenir ce projet actuellement bien avancé au niveau des armées.

Où en êtes-vous avec l’élaboration du Livre blanc?

C’est là aussi un projet de même grande importance. Il a bénéficié d’une réflexion soutenue, adossée à des ateliers et séminaires pour élaborer un document conceptuel, enrichi par l’analyse d’expériences similaires à l’étranger. Signe d’intérêt, le Livre blanc a été le thème de la 34e promotion de l’Institut de défense nationale (IDN) en 2017 qui a élaboré comme rapport de fin de session un « projet de Livre blanc pour la défense et la sécurité de la Tunisie ». Ce rapport peut servir comme document de base pour le Livre blanc, en étendant la consultation à ce sujet avec l’Institut tunisien des études stratégiques (Ites) relevant de la présidence de la République et les services de la présidence du gouvernement.

J’y veillerai personnellement et espère qu’il sera prêt avant la fin de l’année.

Comment s’accommoder du contrôle démocratique de l’Armée et se soumettre à cette « contrainte » ?

C’est une question pertinente qui m’offre l’occasion d’y apporter une réponse précise ! L’institution militaire avait pris l’habitude, depuis la constitution de l’Armée tunisienne, d’exécuter les missions qui lui sont confiées dans le strict respect de la législation nationale et des traités internationaux. Cette approche a été renforcée avec la promulgation en 2014 de la Constitution de la deuxième République. Elle stipule dans ses articles 18 et 19 qu’« elle est assujettie à une neutralité totale » et que « ses forces sont chargées de maintenir la sécurité et l’ordre public, de protéger les individus, les institutions et les biens, et d’exécuter la loi dans le respect des libertés et de la neutralité totale. »

La Constitution octroie à l’Assemblée des  représentants du peuple deux attributions principales dans la gouvernance du secteur de la sécurité-défense. La première est la compétence en matière législative et la seconde est celle du contrôle de l’exécutif. Le contrôle en séance plénière, comme en commissions permanentes et ad hoc et à la faveur de questions orales et écrites. « Le gouvernement est responsable devant l’Assemblée des représentants du peuple » (Art.95). Et « tout membre de l’Assemblée des représentants du peuple peut adresser au gouvernement des questions écrites ou orales, conformément à ce qui est prévu par le règlement intérieur de l’Assemblée » (Art. 96).

Compte tenu de sa spécificité, l’institution militaire relève du contrôle de la Commission sécurité-défense de l’ARP, qui statue sur les questions relatives à la sécurité nationale et la politique de défense. En outre, elle se soumet à l’autocontrôle exercé par l’Agence de renseignement et de sécurité de la défense, l’Inspection générale des forces armées et se conforme aux principes de gouvernance et de transparence.

Réforme et réorganisation impératives

La dernière organisation de l’Armée date de 1979. Envisagez-vous de conduire une réflexion de réforme profonde et de réorganisation de l’Armée au vu des récentes évolutions en Tunisie et dans le monde ?

Absolument et résolument. Sans aucun doute, l’organisation actuelle de nos armées ne répond plus aux exigences du nouveau contexte. Elle ne prend plus en compte les mutations intervenues et les évolutions enregistrées à la lumière de l’accroissement des menaces et leur diversification, ainsi que l’augmentation de nos effectifs. Mission a été d’ores et déjà engagée en vue de concevoir de nouvelles architectures et fonctionnalités, dans une perspective à l’horizon 2030. L’objectif étant de garantir une grande opérationnalité et un haut professionnalisme.

La loi de 2004 sur le Service national suffit-elle pour répondre aux besoins croissants en effectifs de l’Armée. Comptez-vous y introduire une révision appropriée ?

L’amorce est déjà faite. Un projet de loi organique portant amendement de la loi de 2004 relative au Service national a été élaboré, à la lumière d’un grand séminaire national tenu en janvier 2016 et d’une enquête d’opinion conduite en janvier 2017. Les documents élaborés ont été soumis à l’examen de l’Ites et nombre d’associations : les anciens officiers de l’Armée nationale, les anciens auditeurs de l’IDN, les retraités militaires, Inara, le Centre tunisien des études de la sécurité nationale et autres, tout en tirant profit des expériences similaires. Le but est d’élargir la consultation et de tenir compte des avis recueillis pour la formulation du texte qui a été alors soumis au Conseil des ministres.

A la lumière des commentaires et recommandations émis en Conseil des ministres, une reformulation a été élaborée. La révision a porté sur les neuf points essentiels suivants:

1. L’égalité des genres hommes-femmes en conformité avec l’article 21 de la Constitution,

2. La révision automatique des désignations individuelles,

3. L’institution d’un nouveau mode sous forme de Service civil auprès d’organismes publics et le dédier aux régions défavorisées,

4. La révision des cas de dispense du Service national,

5. La réduction de la période de réserve fixée à 24 ans par la loi de 2004 à 15 ans seulement,

6. La désignation des présidents de municipalité du traitement des données d’état civil au lieu des omdas,

7. La mise à jour de la base de données détenue par les organes de l’État pour le déroulement des opérations de recensement et d’incorporation,

8. La création d’une commission nationale chargée du Service national dans ses deux composantes civile et militaire,

9. La mention des avantages offerts aux incorporés.

J’estime que c’est un projet de loi organique qui mérite priorité d’examen par l’ARP.

Qu’en est-il de l’incorporation de la gent féminine tant promise et qui tarde à se faire sous l’argument du manque de dispositions logistiques appropriées ?

Le principe de l’égalité homme-femme, inscrit dans le projet de loi organique sur le Service national, ouvre de réelles perspectives. Mais laissez-moi vous dire que la place de la femme au sein des forces armées tunisiennes est de plus en plus prépondérante. Le recrutement a déjà commencé il y a près de 45 ans, en 1976, pour les sous-officiers et les officiers dans diverses spécialités. La femme militaire tunisienne prend une part active dans les missions de maintien de la paix à l’étranger sous les Casques bleus de l’ONU depuis 2007 et tout récemment au Mali. Elle occupe de hautes fonctions au sein du ministère de la Défense nationale : procureure d’État générale, directrice de la justice militaire, directrice du budget, de la programmation et du contrôle, chef du service des opérations au sein de l’Armée de l’air, chef de service à l’Hôpital militaire et autres. Et même attachée militaire à l’étranger (Bruxelles), ce qui était jusque-là inédit.

Le taux de recrutement de la gent féminine au sein de l’institution militaire ne cesse de s’accroître. C’est ainsi qu’il est passé de 6% en 2015 à 16% en 2017. J’ai instruit l’Unité de gestion budgétaire par objectifs de réserver dans le budget de l’année 2020 des crédits spéciaux pour consacrer le principe de l’égalité des deux genres.

J’œuvrerai personnellement à la poursuite et au renforcement de ce choix fondamental, en ouvrant devant la femme militaire plus largement les voies de promotion et d’accès aux hauts grades, hautes fonctions et hauts commandements. Vous apprendrez bientôt des promotions pour la première fois à un très haut grade.

Quelles nouvelles mesures sociales comptez-vous prendre pour améliorer la situation des armées, leurs conditions de vie, celle des retraités et la prise en charge des familles au titre des ayants droit ?

Le social, l’amélioration des conditions de vie, de travail et de carrière ainsi que la sollicitude pour les retraités, les familles des militaires et les martyrs et blessés de l’Armée sont essentiels, urgents et prioritaires. J’ai donné des instructions afin d’accélérer la révision du statut général et du statut particulier des militaires, de valoriser les diplômes scientifiques et militaires, et de revoir à la hausse les incitations offertes aux éléments opérant dans des zones isolées et / ou désertiques, sur les hauteurs, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Aussi, et dans cette même volonté, s’agit-il d’améliorer l’indemnité de mer et celle de la navigation aérienne, le régime de retraite et les prestations en faveur des survivants ayants droit. Une étude comparative pour l’équivalence des emplois fonctionnels avec les autres corps actifs dans les différents départements ministériels a été initiée. J’ai particulièrement insisté pour que des projets de décrets en ce sens soient rapidement finalisés et transmis aux services de la présidence du gouvernement.

Qu’en est-il plus particulièrement en faveur des blessés et martyrs ?

La reconnaissance de la nation à leur patriotisme et leur sacrifice s’accompagne, au-delà de sa haute valeur symbolique, d’une prise en charge sociale et financière appropriée. C’est un devoir national dont nous devons nous acquitter. Le président de la République a annoncé l’élaboration d’un projet de loi portant création d’une institution dédiée, sous le nom de Fidaa. Elle aura pour objectif d’apporter aux blessés et aux familles des martyrs militaires des attentats terroristes la sollicitude et le soutien social nécessaires. Le ministère de la Défense nationale a de son côté pris une série de mesures (sociales et financières) en leur faveur telles que l’octroi d’une carte de soins gratuits à l’Hôpital militaire, d’aides lors des fêtes religieuses et de la rentrée scolaire et universitaire. Certains parents qui l’ont sollicité ont pu bénéficier d’une prise en charge pour effectuer le pèlerinage aux Lieux Saints.

Les blessés lors d’attentats terroristes sont récompensés pour leur courage et leur engagement par diverses mesures exceptionnelles sous forme de promotions, avancement dans la carrière, décorations militaires et primes.

Une attention particulière pour les retraités de l’Armée tunisienne ?

Largement méritée. La reconnaissance que leur doit l’institution militaire rejaillit favorablement sur leur moral et celui de leurs familles, mais aussi tous les militaires actifs. Les retraités sont sans cesse conviés aux cérémonies et festivités militaires, à la commémoration de la création de leurs unités, et diverses autres célébrations. Des espaces leur sont réservés à l’Hôpital militaire, ainsi que dans d’autres structures et mess.

Plus encore, et dans le cadre du think tank que j’envisage de créer, je compte y intégrer nombre de cadres militaires et les associer au nécessaire travail de réflexion et de prospective que nous devons entreprendre. Leur expérience et leurs connaissances seront précieuses pour enrichir cet effort, concevoir de nouvelles approches, injecter des idées innovantes et contribuer à la modernisation et au développement de nos armées.

Lutte contre le terrorisme et cyberguerre : une priorité absolue

Malgré l’engagement contre le Covid-19, l’Armée tunisienne a-t-elle intensifié son plan de lutte contre le terrorisme ?

Tout à fait. C’est crucial. La menace s’est accentuée comme nous l’avons prévu et nous nous y sommes préparés. Les terroristes ont essayé de profiter de la situation, tentant d’exploiter notre engagement contre le Covid-19 pour accroître leur capacité de nuisance. Nous y parons à deux niveaux. D’abord, en renforçant notre dispositif avec la consolidation de la surveillance des frontières, notamment électronique, et en multipliant nos opérations d’intervention et d’anticipation, partout sur le terrain. Nous maintenons une forte pression sur les groupes terroristes et paralysons leurs mouvements. Et aussi nous avons renforcé la coopération avec nos partenaires. Sans aller dans les détails, je peux rassurer les Tunisiens et leur dire que nos forces armées accomplissent chaque jour de nouveaux succès.

La maîtrise des nouvelles technologies, notamment de cyberguerre, fait son chemin. Qu’en est-il actuellement ?

La guerre asymétrique change la donne. Grâce à nos dispositifs, aux nouveaux équipements récemment acquis et nos capacités accrus en renseignement, l’interopérabilité s’en trouve nettement plus performante. Nous faisons de la sécurité cybernétique un levier d’appui de plus en plus fort. Des officiers y ont été hautement perfectionnés.

C’est ainsi que nous avons mis en place au sein du ministère de la Défense nationale des unités spécialisées chargées de la sécurisation des systèmes informatiques et de leur développement. Une unité spécialisée composée de spécialistes militaires de haut niveau est dédiée à la cyberdéfense. Elle assure la surveillance de l’espace cybernétique, l’analyse de toutes les attaques, sur la base d’un re-ingeneering de contre-attaque, pour identifier ses sources et acteurs, décortiquer leurs processus et leurs modes d’attaques.

Un centre militaire de réponse aux urgences informatiques a été constitué. Il lui appartient de les détecter à l’avance et d’assurer la prévention, en plus d’un plan d’intervention technologique en cas de nécessité. Mais aussi lancer à temps les alertes, parer aux tentatives de cyberattaques, notamment celles qui ciblent les organes informatiques vitaux du ministère, collecter les données utiles et les consigner dans des rapports d’analyse, identifier les fragilités pour les redresser,  promouvoir la sensibilisation à tous les niveaux aux risques cybernétiques et autres diligences… Des journées d’information en matière de sécurité informatique et des concours de performances sont organisés. Les lauréats seront célébrés lors de la fête nationale de l’Armée.

Au plan national, le ministère de la Défense participe activement aux différentes actions, notamment l’élaboration de la stratégie nationale de sécurité cybernétique, du projet de loi relatif aux crimes cybernétiques et autres projets. D’ailleurs, le thème de la 37e session de l’IDN pour cette année (qui regroupe des militaires et des civils) est consacré à la souveraineté informatique de la Tunisie et ses répercussions sur la sécurité nationale.

Au plan international, et dans le cadre de la coopération extérieure, nous œuvrons au renforcement de nos capacités en la matière à travers des sessions approfondies de perfectionnement, la participation à des exercices conjoints et internationaux et la maîtrise de nouvelles compétences.

De nouveaux moyens, équipements et cycles de formation sont indispensables ? Où en est la coopération internationale ?

Intensifiée. Acquisition d’équipements individuels très avancés pour la protection anti-balles, des véhicules de transport anti-mines, des équipements de vision nocturne thermiques et autres. Exercices, manœuvres, et simulations s’ajoutent à une coopération en matière de formation de formateurs, de planification stratégique et de conduite des batailles.

Dans cet effort redoublé, les États-Unis d’Amérique, l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Algérie sont en tête de nos partenaires. Le statut d’allié majeur des États-Unis non membre de l’Otan, obtenu du Congrès américain dès 2015, fait bénéficier la Tunisie d’une série d’avantages précieux. Je citerais particulièrement la mise en place d’un cadre privilégié de coopération bilatérale à long terme en matière de sécurité-défense, l’accès à des renseignements très poussés, et des équipements de dernière technologie, la formation de haut niveau, le transfert de technologie, la modernisation de notre industrie militaire et autres avancées.

La coopération multilatérale est, elle aussi, renforcée. La Tunisie participe en effet aux différentes activités militaires initiées dans le cadre de l’initiative 5+5 et au mécanisme de coopération et de coordination sécuritaire et militaires mis en place avec le G7+7. Ce mécanisme porte sur les domaines de la sécurité, la défense, les affaires étrangères, le transport, le tourisme et la santé.

L’Armée est proactive à la géopolitique et ses changements majeurs

Un nouvel ordre mondial se prépare. Comment la Tunisie s’y prépare, sur le plan militaire, face aux nouveaux défis et aux nouvelles alliances ?

Nous nous y préparons fortement. La Tunisie est déterminée à moderniser son armée et à mieux la préparer à affronter toutes les menaces et tous les risques. Nous lui donnerons l’épaisseur, la profondeur et les moyens appropriés, en consolidant nos capacités et en renforçant nos défenses.

L’actualité accélérée durant cette dernière décennie révèle l’émergence de nouveaux risques et menaces, tant au plan mondial que régional, configurant un nouvel ordre fondé sur la bipolarisation entre les États-Unis d’Amérique et la Chine. La recrudescence de la compétition économique entre ces deux grandes puissances en est l’illustration. La pandémie de Covid-19 n’a fait qu’attiser cette confrontation. Aucun pays à lui seul n’est plus capable de faire face à l’ensemble des risques et menaces, ce qui exige davantage de coordination étroite et de densification de la coopération dans des ensembles économiques et des regroupements régionaux. De nouveaux pôles secondaires s’emploient par ailleurs à jouer des rôles plus grands dans certaines régions du monde et étendre leur influence sur des souverainetés nationales.

Pour y parer, l’Armée tunisienne œuvre d’arrache-pied pour rehausser sa capacité opérationnelle en matière militaire et développer ses relations avec nos partenaires stratégiques. Il s’agit d’intensifier la coopération militaire avec nos partenaires traditionnels tout en nous ouvrant sur de nouveaux partenaires dans différents domaines.

Propos recueillis par Taoufik Habaieb & Fatma Hentati

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