News - 21.06.2020

Saïed à Paris: Pour un changement de paradigme dans la stratégie d’approche de la diaspora tunisienne

Par Karim Saïd, professeur universitaire en France et expert international - Il y a fort à parier que le programme de la visite du Président Kaïs Saïed en France comportera la traditionnelle rencontre avec la diaspora tunisienne. Au-delà de l’importance du symbole et du rituel pour réaffirmer le lien avec la mère-patrie, il semble important de redéfinir une véritable stratégie ambitieuse envers ces Tunisiens résidents à l’étranger qui peuvent parfois avoir le sentiment de manquer de sollicitude voire même de n’être qu’une variable d’ajustement dans les choix stratégiques des gouvernements successifs.

Il faut rappeler que le terme diaspora renvoie à des populations « dispersées » provenant d’autres pays et continents mais qui gardent des liens avec leur pays d’origine. Ces liens entre pays d’accueil et pays d’origine se sont enrichis du fait des vagues migratoires successives ainsi que des opportunités offertes par les modes de transport modernes, les outils de communication et le développement des réseaux sociaux. Ces derniers ont fortement contribué à réinventer la nature du lien entre pays d’installation et lieux d’origine dans un contexte mondial de plus en plus globalisé. On estime, par exemple, que la diaspora chinoise serait d’environ 60 millions de personnes, la diaspora indienne de 30 à 40 millions sans parler des 14 millions de Libanais avec leurs descendants établis dans le monde entier.

Toutes ces diasporas ont pu à travers le temps renforcer leur rôle et leur poids dans les rapports internationaux. Cela s’est notamment manifesté par une présence renforcée sur les réseaux sociaux. Une étude international intitulée E-Diasporas Atlas et publié par la Maison des Sciences de l’Homme de Paris en 2012 a permis de recenser la présence en ligne de 28 diasporas, avec leurs sites, leurs forums et leurs réseaux sociaux. A titre d’exemple, la montée en puissance de ces diasporas a amené Hillary Clinton, alors secrétaire d’état américain à créer une ONG, sous la forme d’un partenariat public-privé entre le Département d’État des États-Unis, l’US Agency for International Development (USAID) et Calvert Foundation, avec pour agenda de promouvoir le rôle, l’engagement et les connexions entre toutes les diasporas. Il va sans dire que cet agenda devait servir les intérêts bien compris des États-Unis partout dans le monde.

Alors quid de la diaspora tunisienne ? Avons-nous des statistiques précises sur leur nombre, leur localisation, leurs activités professionnelles et leurs rôles et connexions dans les milieux politiques, économiques, sociaux, culturels ou sportifs des pays d’accueil ? Comment ont évolué au fil du temps leurs liens avec leur pays d’origine alors qu’on en est aujourd’hui à la troisième génération d’immigrés… ?

Il semble important de repenser précisément ces liens qui ne peuvent plus être gérés de manière administrative avec des directions de ministères qui se renvoient la balle sans avoir une politique avec des priorités claires. Il s’agit ainsi de considérer la diaspora tunisienne comme un pont entre les pays et les cultures du fait qu’elle ouvre des espaces d’échanges socio-économiques mais également culturels importants avec les pays d’accueil. Le ’soft power’ est de plus en plus un levier stratégique mobilisé par les pays pour défendre leurs intérêts et renforcer leur présence dans des espaces géopolitiques en pleine mutation. La dernière crise sanitaire mondiale du Covid 19 a rappelé, s’il en était besoin, que la rivalité entre les pays pouvait être particulièrement féroce pour sécuriser des filières d’approvisionnement d'équipements paramédicaux, de masques et de certains principes actifs nécessaires à la fabrication de médicaments auprès des fournisseurs chinois. La mobilisation de la diaspora chinoise implantée dans les pays occidentaux a été très précieuse pour faciliter les contacts avec les fournisseurs chinois. Fort de cette expérience, il semble plus qu’urgent de repenser non seulement la stratégie envers la diaspora tunisienne mais également ses modes d’action et de déploiement en s’inscrivant dans une logique participative avec les ONG, les think tanks, les acteurs du monde économique, financier, culturel ou universitaire à même de penser collectivement un agenda stratégique en appui aux priorités du pays.

Karim Saïd
Professeur universitaire en France et expert international

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