News - 19.06.2020

Tunisie: Un free fire parlementaire

Par Abdelkader Maalej - "Tu tires sur moi, je tire sur toi". C’est sur l’usage de la violence que repose le très nuisible jeu électronique free fire. Certes selon son  concepteur  le jeu est interdit aux enfants de moins de 12 ans. Mais est ce suffisant ? Qui peut garantir aux parents que leurs enfants trop familiarisés maintenant avec ce genre d’activités  électroniques vont  s’abstenir de jouer le free fire à leur insu ?

Sollicité de dire si le free fire est licite ou illicite du point de vue religieux, le Mufti a refusé de se prononcer sur ce point arguant du fait qu’il ignore le jeu et qu’il ne peut donner son avis à ce sujet.

Un jeu semblable semble malheureusement faire tâche d’huile. Ce jeu dangereux s’installe de plus en plus au parlement. Au lieu de s’occuper des problèmes épineux auxquels notre pays est confronté, nos honorables parlementaires ont découvert un alibi qui leur parait plus agréable, un jeu de cache cache aussi nuisible sinon que  le free fire.

Le premier souci de certains  partis politiques représentés au parlement consiste à marquer des points à qui mieux contre un autre parti considéré comme étant un ennemi qu’il faut abattre à tout prix. Le coup d’envoi est donné par le PDL de Abir Moussi dont le souci principal est d’écarter définitivement les frères musulmans et leurs acolytes du pouvoir. Le premier geste du PDL a consisté à afficher la photo de feu Habib Bourguiba sur l’un des sièges réservés aux députés du parti. Cet acte a été énergiquement condamné par les députés du parti Ennahdhaa et aussi et surtout par ceux du parti Itilaf Elkarama présidé par le très énigmatique Saif Eddine Makhlouf. Ce dernier n’a pas trouvé mieux pour riposter au geste du PDl que d’afficher la photo de feu Mohamed Morsi l’ex président égyptien et ancien leader des frères musulmans d’Egypte qui fut  renversé par l’armée et remplacé par le chef de l’état- major Essissi. Ce geste, comme il fallait s’y attendre, a révolté les députés du PDL et à leur tête Abir Moussi. L’énergique riposte de ces députés peut être justifié. Car Bourguiba est  un tunisien  son époque a constitué une ère lumineuse dans l’histoire de la Tunisie moderne et a par conséquence droit de cité; par contre Mohamed Morsi est un personnage étranger qui n’a rien à voir avec notre pays et par voie de conséquence étaler sa photo au parlement constitue bel et bien, selon la présidente du PDL une haute trahison perpétrée contre la patrie. Evidemment démunis de tout argument crédible Makhlouf et consorts n’ont pas trouvé mieux que de semer la haine et la zizanie entre les députés et à travers eux les Tunisiens eux-mêmes.

En sus du problème des photos, il ne faut pas  non plus minimiser celui des motions présentées au parlement par les partis concernés à savoir surtout le PDL et Al Itilaf.

Sur sa lancée, le PDL a soumis à l’attention du parlement une motion condamnant toute intervention militaire étrangère en Libye. Le texte fait allusion à la Turquie. Ce que les deux autres partis islamistes ne pouvaient accepter. Au terme d’une longue et exténuante séance nocturne la motion n’est pas adoptée malgré le score de 94 voix pour et 68 contre.

Ripostant à cette initiative le parti de Saif Makhlouf présente à son tour une motion demandant à la France de s’excuser auprès de la Tunisie et  d’indemniser les torts portés aux tunisiens par la colonisation française qui avait due trois quarts de siècle. La motion qui avait suscité la colère des français n’est pas passée et le résultat du vote a donné, contrairement à ce qui était attendu, que la Tunisie ne demande  à la France ni excuses ni indemnisations. Pourtant une telle revendication était légitime et a été exercée deux fois par la France elle-même à l’encontre de son plus proche allié actuellement l’Allemagne.

Ce jeu va-t-il  continuer. Selon les toutes dernières nouvelles le PDL a présenté une nouvelle motion stipulant que l’organisation internationale des frères musulmans devrait être classée comme étant une organisation terroriste. Cette initiative a déjà provoqué la colère des deux partis islamistes susmentionnés.

Les jours à venir risquent  de nous apporter d’autres mauvaises nouvelles.

Abdelkader Maalej

 

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1 Commentaire
Les Commentaires
Hamadi Tazarki - 19-06-2020 19:14

Liberté de pensée, liberté de parole...C'est inscrit dans la constitution !

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