News - 26.05.2020

Ridha Tlili: La Tunisie a-t-elle enterré le Panafricanisme?

Par Ridha Tlili - A l’occasion de la célébration de la Journée Mondiale de l’Afrique le 25 mai de chaque année en mémoire de la signature des accords portant la création de l’OUA en 1963, chaque Etat africain est tenu d’organiser des manifestations politiques ou culturelles pour à la fois mémoriser cet évènement historique et pour également affirmer son attachement au Panafricanisme et à la solidarité entre les peuples d’Afrique.

A ma connaissance, aucune institution tunisienne n’a marqué cet évènement par une manifestation symbolique. Certes, la journée du 25 mai de cette année a coïncidé avec les fêtes de l’Aïd dans un climat de confinement quasi-général, mais au-delà de cette coïncidence conjoncturelle, rien ne justifie l’indifférence de la part des intellectuels, des partis politiques, des représentants des peuples, du Ministère des Affaires Etrangères, du Ministère Affaires Culturelles, …, sauf  peut-être par la méconnaissance de l’histoire contemporaine de la Tunisie.

Alors, pour ceux qui ne le savent pas, la Tunisie est membre de  fondateur de l’OUA et l’un des piliers du Panafricanisme militant, anticolonial, anti-impérialiste, anti-racial, anti-apartheid. La Tunisie a porté la revendication « L’Afrique aux africains » partout dans le monde. L’UGTT a créé la première Confédération Syndicale Africaine en 1961 (la CSA a été créée deux ans avant la création de l’OUA).

La diplomatie tunisienne, l’UGTT, le Néo-Destour ont opté pour le soutien de tous les peuples africains qui luttent pour leur indépendance nationale, Mandela, Edwardo Mondlane, Roberto Holden, Uria Simango… ont bénéficié du soutien financier de la Tunisie, le FLN, l’UGTA,  le FNLA, le MPLA, le FRELIMO ..., ont pu compter sur son appui politique et diplomatique au niveau des relations internationales.

Par ailleurs, La Tunisie a développé avec d’autres pays Africains une approche Tiers-mondiste appelant les pays africains nouvellement indépendants à rejeter toutes formes d’implications dans les confrontations entre l’Est et l’Ouest. Malheureusement sous la pression des impératifs géopolitiques, l’Afrique toute entière s’est faite piégée par les tiraillements et les confrontations engendrées par la guerre froide. La suite fut dramatique pour tout le continent qui s’est divisés en deux groupes, celui de Monrovia et celui Casablanca qui reflétaient bien les antagonismes entre les soviétiques et les occidentaux, aggravés par la suite par les ambitions politiques et idéologiques de la Chine en Afrique, exportatrice de Révolution Culturelle. Dans ce cadre j’aimerai bien émettre une observation, l’affrontement Sino-Soviétique en Afrique de l’époque a eu des conséquences catastrophiques sur la gauche africaine y compris gauche la  tunisienne  qui en se divisant en deux formations radicalement opposées, les pro Moscou et les pro Pékin, elles ont semé indirectement les germes de leur propre autodestruction.

Plus important encore, c’est le positionnement politico-éthique et culturel de la Tunisie qui mérite d’être signalé.
En effet, «depuis la deuxième Conférence des Peuples Africains tenue en 1959, Bourguiba et Ahmed Tlili, ce dernier était non seulement un dirigent syndical mais il coordonnait aussi l’assistance aux mouvements nationalistes africains, ont défini une stratégie basée sur deux principes : le rejet de la notion de «négritude» pour l’Afrique, ainsi que celle du de la légitimation du «nativisme». Par ces rejets ces deux hommes ont cherché à unir l’Afrique noire et l’Afrique blanche d’une part , à condamner la conception raciale de certains mouvements nationalistes africains d’autre part et à ’intégrer ceux qui sont nés ailleurs, en Europe en particulier (la diaspora) qui voulaient travailler avec ces mouvements»

En tout cas l’histoire retient aujourd’hui que la Tunisie fut pendant une longue période (19947-1980) l’une des capitales du panafricanisme militant et depuis, c’est la tourmente petro-arabe et islamique qui a contourné et étouffé l’Africanité tunisienne. Aujourd’hui, la Tunisie dispose d’un rôle secondaire dans les dynamiques africaines politiques, économiques et culturelles. Cette position disqualifiante a été aggravée par le refus de l’Assemblée des Représentants du Peuple de voter l’accord d’association entre la Tunisie et le reste des pays africains. Entre temps Israël a conclu des accords diplomatiques, économiques, , militaires et sécuritaires avec environ 40 pays africains. Le Soudan est le dernier converti. La Lybie le sera bientôt une fois soumise aux puissances étrangères.

pour reprendre la place et la dimension qu’elle avait auparavant. Le Président de la République peut mettre fin à la marginalité de l’africanité de la Tunisie et ’intégrer le Panafricanisme à la place qui lui convient dans l’identité Nationale.

Ridha Tlili
 

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