News - 19.05.2020

Samir Meddeb: Coronavirus en Tunisie, de la crise aux opportunités!

Le coronavirus ou le Covid-19 a fait ses premières apparitions au grand jour en fin d’année 2019 avec ses premiers ravages à plusieurs milliers de kilomètres de chez nous en Chine lointaine. 

Personne ne pensait en ce moment que ce virus allait gagner la totalité de la planète en si peu de temps. Le Covid-19 a progressé en effet si rapidement qu’il a conquis à peine en trois mois l’ensemble des continents, de manière certes inégale, ne laissant pratiquement aucun pays à l’abri d’une catastrophe annoncée. Son ancrage dans les populations s’est fait toutefois de manière inégale et préférentielle.

Une partie de la Chine, la Corée, l’Europe occidentale et la côte est des Etats Unis ont été principalement les zones de choix du Covid-19. Ailleurs, la panique s’est très rapidement installée et la quasi-totalité des pays touchés par le Covid se sont renfermés sur eux-mêmes, appliquant, ainsi, l’approche prônée et vite généralisée, celle du confinement et du repli sur soi. Stratégie appliquée pour se prévenir d’une part de la transmission du virus et couper ainsi les ponts, tel qu’il a été avancé et pour donner, d’autre part aux différents systèmes de santé des pays respectifs, la capacité de gérer une crise sanitaire sui risquerait de dépasser très rapidement leurs moyens et capacités.

Ces deux derniers mois ont été vécus de manière inégale d’un pays à l’autre ; les plus touchés ont sombré dans des drames extrêmement douloureux voyant quotidiennement des centaines de leurs compatriotes et proches succomber à la force de frappe d’un virus méconnu mais extrêmement virulent. Les autres, au contraire, beaucoup plus épargnés ont observé quotidiennement et dans l’angoisse l’évolution du nombre de cas contaminés et comptabilisé leurs morts.

Cependant, et quelles que soient les situations sanitaires des uns et des autres, les différentes populations appuyées et plus ou moins encadrées par leurs administrations respectives se sont très rapidement réorganisées socialement et économiquement pour faire face à une situation inédite qui s’annonçait déjà durer dans le temps.

Des défis sont apparus très rapidement et les personnes et groupes de personnes concernées ont été amenées spontanément et dans une certaine magie de résistance et de survie à trouver des solutions à tant problèmes.

Successivement et sur la base des expériences vécues et observées chez nous en Tunisie et ailleurs, au cours de ces dix dernières semaines, les populations ont commencé à apporter des réponses plus ou moins élaborées à une série de défis majeurs, parmi lesquels nous citons et dans l’ordre de leurs apparitions:

i) S’alimenter et s’approvisionner régulièrement en pain, farine, denrées alimentaires d’une manière générale et en produits agricoles;

ii) Accéder aux médicaments et aux soins;

iii) Se déplacer pour satisfaire des besoins urgents;

iv) Se nettoyer et garder son environnement immédiat dans un niveau d’hygiène acceptable afin de se prévenir de toute contamination;

v) Garder un minimum de contact avec l’administration locale et centrale afin d’accéder à certains services de base;

vi) Travailler pour recréer de la richesse dont le besoin commence à se faire sentir;

vii) Eduquer les jeunes et les enfants dont certains et particulièrement les plus vulnérables commencent à afficher des signes inquiétants de décrochement.

La population tunisienne en harmonie assez remarquable avec son administration, à l’instar de différentes populations dans le monde et dans un élan presque collectif a apporté dans un temps assez court, à des niveaux plus ou moins avancés, un début de réponses aux différents défis déjà évoqués.
Ces réponses se sont structurées et matérialisées de la manière suivante :

1. Des jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, chômeurs et personnes ayant perdu leurs activités à cause de la crise se sont regroupés en réseaux et en petites structures de proximité sur la base des besoins immédiats et urgents des habitants d’un quartier donné ou d’une localité pour répondre à leurs nécessités en aliments et particulièrement en produits agricoles. Les bases de l’Economie Sociale et Solidaire ont été ainsi lancées spontanément dans toutes les villes, villages et quartiers de Tunisie.

2. La population entière en symbiose avec les différents responsables politiques a appuyé les différents établissements de santé tout en encourageant et saluant l’effort de l’ensemble du corps médical. Cet élan a très rapidement rehaussé le système de santé en Tunisie, dans les grandes villes ainsi qu’à l’intérieur du pays dans les zones les plus reculées, au niveau d’un socle structurant les bases de la solidarité et la pérennité de la société tunisienne.

3. Dans les différents espaces à l’intérieur des foyers, dans les lieux de commerces, au sein des locaux administratifs ainsi que dans certains quartiers en ville ; les gestionnaires responsables ont accordé un intérêt accru à l’hygiène et la salubrité des lieux et ce afin de se prévenir contre toute les formes de contamination possible. Aussi et malgré les conditions difficiles du moment les départements concernés ont continué et dans ce sens à mener les tâches qui leur incombent en matière de gestion des déchets et des eaux usées.

4. Un grand nombre de tunisiens et ceux particulièrement actifs dans le domaine des services ont évolué très rapidement en peu de jours vers des modes de travail à distance, utilisant de manière de plus en plus massive les outils de communication dont ils disposent et qui étaient jusqu’à maintenant très peu exploités.

5. Les mêmes tunisiens et bien d’autres, particulièrement les gestionnaires de leurs propres entreprises petites ou grandes, ont découvert de nouvelles initiatives de digitalisation de certains services publics développés à la hâte en vue de répondre aux besoins pressants de certaines entreprises.

6. Dernier aspect qui a émergé au cours de cette période de confinement est celui du développement de l’enseignement à distance, limité malheureusement au niveau universitaire. Initiative qui a observé un démarrage difficile mais qui a très rapidement progressé et évolué faisant même assez rapidement de cette pratique de nombreux adeptes.             

De ce qui vient d’être présenté, trois piliers majeurs apparaissent comme fondamentaux dans le développement et le repositionnement de la société tunisienne dans la perspective du renforcement de sa résilience et de sa capacité à surpasser les défis et les aléas de tout genre qui risquent de se multiplier et gagner en ampleur au cours des prochaines périodes.

Il s’agit particulièrement de: 

I) l’économie sociale et solidaire afin d’en faire un nouveau et puissant levier de lutte contre la pauvreté et de développement socioéconomique d’une manière générale, particulièrement auprès des populations les plus démunies,

II) la santé, l’hygiène et la protection de l’environnement en tant que base fondamentale pour tout essor social et pour tout développement inclusif, indispensable à la stabilité et au développement du pays,

III) l’accélération des différents processus de digitalisation au niveau de l’administration, des différents services ainsi qu’au niveau d’une grande partie de l’enseignement et de la formation d’une manière générale.

Cette dernière voie de digitalisation massive et à côté de ses retombées positives directes aura un impact très fort sur au moins trois aspects et domaines essentiels,

I) le transport et les distances parcourues qui seront forcément réduites,

II) les bâtiments qui seront réfléchies et conçus différemment en fonction des nouveaux besoins, certainement moins importants et

III) l’enseignement qui gagnera en professionnalisme et en qualité avec une diffusion plus aisée et plus généralisée des produits de la formation.

Trois aspects qui conditionneront certainement la planification, l’aménagement et la gestion de la ville de demain à laquelle nous aspirons, à savoir une ville fonctionnelle, créatrice de richesse, performante et où il fait collectivement bon vivre.

Tant de voies porteuses d’espoir pour le Tunisie. Seulement leur mise en application demeure encore largement tributaire de l’instauration de toutes les conditions politico-sociales nécessaires pour que la majorité des intervenants publics et privés puissent fonctionner ensemble de manière cohérente en direction d’objectifs majoritairement acceptés. 

Samir Meddeb
Consultant en Environnement et
Développement Durable

 

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