Opinions - 11.05.2020

Mohamed Sahbi Basly: Quelle expression Libre ..? Quand trop de liberté tue les libertés

Je me souviens alors que j’effectuais des cours à titre vacataire à l’institut de Presse de Tunis sur la communication en milieux organisés en l’occurrence le milieu ouvrier que je connaissais bien de part ma formation en santé du travail, les étudiants de l’époque avides d’apprendre un métier qu’ils considéraient à risque, puisqu’évoluant dans un contexte politique ne favorisant pas le libre arbitre, la liberté de ton, ou l’investigation médiatique, tous étaient conscients que sans liberté de presse leur métier ne connaîtra jamais la gloire et ne pourra jouer son rôle essentiel d’éveil des consciences individuelles et collectives.

L’imaginer comme un quatrième pouvoir n’effleurait même pas leur esprit, mais tous étaient unanimes que l’avenir de la presse en Tunisie, pays du premier syndicat professionnel des journalistes dans le monde Arabe, est porteur et que la presse tunisienne enfin libre, présidera un jour les destinées de la presse Arabe.

J’ai eu personnellement la chance de connaître au sein de la RTT, et dans la presse écrite à travers les années, de valeureux journalistes d’un professionnalisme sans faille et qui n’ont jamais vendu leurs âmes, du temps de Bourguiba ou de Ben Ali. Nous leur devons toute notre gratitude pour le rôle qu’ils n’ont cessé de jouer dans l’information en général, dans l’éducation et le raffinement du goût du Tunisien en particulier. Jamais ils n’ont baissé les bras à la recherche de l’information juste et fiable pour informer l’opinion publique avec le sérieux et l’abnégation requise pour un métier aussi dangereux qu’est l’information car elle forge l’opinion publique.

Au bilan actuel après plusieurs gouvernements successifs, tout le monde s’accorde à dire qu’en Tunisie, le seul acquis concret de la révolution est bel et bien la liberté d’expression ou plutôt la liberté de ton dans le contexte de ce printemps Arabe.

Cependant, la question qui mérite d’être posée est bien celle de savoir si cette liberté d’expression est réelle, si elle est utile, si elle contribue efficacement à la consolidation de l’édifice démocratique Tunisien, si elle participe à éclairer l’opinion publique sur la réalité des faits avérés, si cette liberté de presse dont nous venons à peine de célébrer sa journée mondiale est réellement au service du développement d’une société en quête de davantage de solidarité, de cohésion et bien sur de liberté, enfin si cette presse est restée à égale distance des tiraillements politiques.

Force est de constater au regard des interrogations mentionnées que la liberté de presse depuis le 14 janvier 2011 est demeurée un leurre, bien entretenu et enrobé dans un espace encore plus hypocrite que ce semblant de démocratie auquel nous assistons au jour d’aujourd’hui.

On s’attendait en effet, alors que la culture du parti unique, le culte de la personnalité, que le pouvoir d’un seul homme aient disparus je l’espère définitivement de la scène politique Tunisienne, on était en droit de revendiquer une presse libre mais responsable garante de ce processus politique en cours.

Il n’en fut rien, le quatrième pouvoir a été pris d’assaut par une horde d’opportunistes, de matérialistes dans une grande partie du paysage médiatique, même ceux qui jadis avaient bien collaboré avec l’ancien régime, certains se sont retrouvés une autre virginité, ils ont gardé les mêmes reflexes et causé un grave préjudice au paysage audio visuel.

Cependant s’il faut admettre que l’information auparavant était manipulée par le pouvoir en place et qu’il n’y a pas lieu à procéder à une quelconque investigation journalistique non autorisée, il nous arrivait tout de même d’avoir accès à l’information juste et fiable. Aujourd’hui ce n’est plus malheureusement le cas car le paradoxe de la liberté de presse a généré une confiscation de l’information pour certains lobbying, et le concept de recherche de la vérité cher à tout journaliste qui se respecte se trouve dilué dans des tergiversations d’audimat, de bzz , et autres artefacts qui ont abouti à la perte de la vérité, de sorte que le citoyen lambda s’est retrouvé encore plus mal informé que du temps de Bourguiba ou Ben Ali, il perd ses repères sociaux malgré qu’il consomme dix fois plus le support Audio visuel et écrit sans en tirer aucune satisfaction pour son vécu quotidien.

C’est la situation du paysage audiovisuel d’aujourd’hui. Cela n’empêche pas qu’il y a encore des journalistes valeureux, qui font leur travail tel un sacerdoce avec le professionnalisme et l’abnégation requises, on ne les voit pas souvent sur les écrans de télévision ou sur un plateau radio.

La presse n’a à ce jour pas joué son rôle qui lui revient pour asseoir et consolider cette transition politique que nous souhaitons démocratique. La HAICA se doit de jouer un rôle décisif, mais une justice indépendante doit compléter cet arsenal de liberté pour pouvoir dire - aujourd’hui n’est pas le cas - que la Tunisie est en passe de réussir sa transition démocratique. Une fois ces deux pouvoirs agissent en synergie et en toute indépendance nous serions rassurés sur l’avenir de la liberté de presse, nécessaire pour construire une société civile forte, solidaire, avertie et agissante au service d’un développement économique et social harmonieux garant d’un meilleur future pour nos enfants et nos petits-enfants.

Dr Mohamed Sahbi  Basly

 

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