News - 11.05.2020

L’engagement du PNUD en Tunisie au temps du Covid-19 : Steve Utterwulghe répond aux questions de Khadija Moalla

Par Khadija Moalla - En ces temps incertains de la pandémie du Covid-19, et en tant qu’experte internationale, j’ai voulu avoir une conversation avec le représentant résident du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) en Tunisie, Steve Utterwulghe, afin de mieux comprendre l’engagement de cette organisation onusienne, dans le cadre de la pandémie, mais aussi l’impact probable, sur la situation économique et sociale de notre pays. J’ai pensé qu’il serait intéressant de partager avec mes lecteurs un résumé de notre conversation d’une heure, sans prétendre pouvoir refléter tous les éléments du grand travail accompli par le PNUD en Tunisie, non seulement depuis des années, mais essentiellement cette année, avant, pendant et après la pandémie du Covid -19.

M. Utterwulghe m’a paru très optimiste, partant du fait que la Tunisie était à la tête des pays Africains dans l’implémentation des Objectifs du Développement Durable (ODD), lors de la présentation de son rapport, en Juillet 2019. Pour ma part, je pense que cette décennie qui devait être celle de l’action pour atteindre les ODD, semble être assez mal partie à cause des implications socio-économiques du Covid -19 sur une très grande partie de la population.

Conscient de cela, le PNUD a décidé de réajuster et réadapter certaines de ses activités en fonction des nouvelles contraintes. À titre d’exemple, le PNUD a adopté une politique proactive de reprogrammation de son budget et de ses activités, incluant une mobilisation de ressources, pour un montant total de 7,2 millions de dollars, au profit du gouvernement et de la population Tunisienne. Comme appui ciblé, il a décidé la réaffectation rapide d’une partie de son budget pour l’achat et la fabrication d’équipements médicaux et de protection. Cette action lui a permis de répondre efficacement aux demandes immédiates et ainsi, de contribuer à l’effort national pour limiter la propagation du virus.  Dans ce cadre, il a par exemple renforcé les capacités de l’hôpital des Forces de Sécurité Intérieure (FSI) de la Marsa, grâce à la remise d’équipements médicaux de pointe.

Par ailleurs, en partenariat avec le Haut-Commissariat aux Droits Humains (HCDH), et en appui aux services pénitenciers, l’appui du PNUD a consisté en l’achat de tissu et d’équipements pour la fabrication de 200 000 masques et 50 000 combinaisons au profit du Ministère de la Santé et des FSI. Ces équipements de protection sont fabriqués au niveau de trois prisons dont celle des femmes de la Manouba au profit de 23 000 détenus et 7000 membres du personnel et de leurs familles.

Le PNUD a axé son action en priorité sur les partenaires nationaux dits de première ligne, en charge d’aider la population et d’assurer la continuité des services de l’Etat. La stratégie en cours implique le déploiement progressif de mesures d’atténuation de la crise aux niveaux économique, social et environnemental, l’objectif prioritaire étant de soutenir les populations et les catégories socio-professionnelles les plus vulnérables, dont les jeunes et les femmes. En parallèle, le PNUD continue d’appuyer plusieurs programmes de bonne gouvernance, mais d’une manière différente à cause du Covid-19. À titre d’exemple, l’appui à l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) s’est transformé en un soutien pour la mise en œuvre d’un « Business Continuity Plan », impliquant un renforcement du parc informatique mobile et une numérisation progressive de l’ensemble du processus parlementaire.

Dans les régions, le PNUD intervient à travers les 16 Comités Locaux de Sécurité (CLS) dans 10 gouvernorats avec une concentration des efforts au niveau de la région de Médenine. Les CLS interviennent quotidiennement pour faciliter la communication, la sensibilisation auprès des citoyens en coordonnant les efforts entre les FSI, les autorités locales et les organisations de la société civile, tel par exemple, la mise en place de services en ligne pour l’obtention de papiers administratifs, demandes d’autorisation et réception des plaintes des citoyens.

Les procédures judiciaires dans le cadre du projet de police de proximité ont été renforcées en cette période de crise, afin de réduire la durée des auditions et de garde à vue au sein des commissariats pilotes. Ces derniers ont bénéficié de l’achat d’équipements de protection et de désinfection, mais aussi de caméras portatives facilitant une vérification sans contact physique des documents.

Comme j’ai toujours pensé, en tant qu’experte ayant fait des consultations avec plusieurs agences onusiennes, ce qui est important c’est d’avoir des leaders à la tête de ces organismes ayant une vision claire et une compréhension profonde du contexte dans lequel ils travaillent. Cette conversation m’a rassurée sur ce point, car la Tunisie était déjà dans une situation économique très fragile avant la pandémie, et il faudrait attendre les résultats de l’étude entreprise par le PNUD pour évaluer l’ampleur réelle de l’impact de ce virus sur notre pays et notre peuple.

En effet, le PNUD travaille sur une étude d’impact micro-économique de la pandémie sur la Tunisie. Cette étude, prévue pour fin mai, déterminera le niveau d’impact sur les secteurs d'activités économiques et les échanges extérieurs de la Tunisie, ainsi qu’un bilan de la situation du secteur informel, incluant la situation des femmes qui y travaillent. L’étude analysera aussi la pauvreté multidimensionnelle impactant les ménages et les populations vulnérables.

L’objectif final étant la formulation de recommandations pour des politiques publiques pouvant amorcer une reprise économique rapide(1)

A ma question relative aux 170.000 nouveaux jeunes à la recherche d’un emploi, Mr. Utterwulghe m’informe qu’un : « appui particulier est fait en matière d’emploi », en ajoutant : « que le PNUD avait une collaboration étroite avec des institutions comme l’ANETI pour l’appui à la formation et à la création d’emploi pour les jeunes, ainsi qu’un projet dédié au soutien de l’entreprenariat. Nous appuyons également dans les régions des programmes pour favoriser des chaines de valeur centrées sur l’entreprenariat. Ces actions de soutien socio-économique, ciblant le Sud Tunisien, particulièrement Médenine et Tataouine, sont faites en concertation avec plusieurs ministères et institutions publiques ».

Mr. Utterwulghe, qui du reste est polyglotte, a préféré utiliser le concept de « crise » tel que traduit en Chinois : « Wei-Ji » ! Si la première syllabe veut dire « danger », la deuxième veut dire « point de basculement vers une nouvelle opportunité ». En fait, le Représentant Résident pense que la Tunisie devrait exploiter cette ‘crise’ comme une opportunité pour repartir sur des bases solides vers un nouveau modèle de développement et une économie verte et solidaire, capable d’assurer une croissance inclusive qui ne laisse aucune catégorie de la population en marge du développement.

Avant de conclure notre entretien et sachant qu’il a déjà passé une année en Tunisie, je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander quel regard avait-il sur notre pays ? Sans hésiter, il me répondît : « La beauté de la Tunisie réside dans son capital humain » ! D’après lui, bien que le COVID-19 aura un impact sur plusieurs programmes mis en place, il n’empêche que la Tunisie a démontré depuis 2011, malgré toutes les crises qu’elle a eu à affronter, une excellente capacité de résilience, vue qu’elle dispose d’une continuité administrative et des services fonctionnels.

 

(1) Le PNUD a aussi lancé en parallèle au niveau global une étude sur l’impact socio-économique du COVID disponible sur ce site web : http://www.hdr.undp.org/
 

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