News - 06.05.2020

Le dur double combat du Pr Amira Jamoussi (Album Photos)

C’est la totale, pour Pr Amira Jamoussi, professeur agrégée au service de réanimation médicale, à l’hôpital Abderrahmen-Mami. Le combat en direct, l’autoconfinement, seule pour éviter toute infection aux siens et le ramadan. Comme nombre de ses collègues, elle aussi n’a pas vu son conjoint, ses enfants, ses parents depuis plus d’un mois et demi. Elle aussi n’a pas eu le bonheur de serrer entre les bras ses enfants en bas âge. Elle aussi doit s’occuper seule de tout, sans aide-ménagère, lors des quelques moments de répit qui s’offrent à elle. L’AFP vient de lui consacrer,  elle et ses collègues, un reportage, repris en plusieurs langues aux quatre coins du monde. Le quotidien parisien catholique La Croix la cite en exemple en ce mois du ramadan.

« J’ai fini par avoir deux vies que j’essaye de ne pas laisser se télescoper, confie-t-elle à Leaders. Dès que j’enfile méticuleusement ma tenue, lourde, suffocante, en vérifiant chaque détail, je m’élance à l’intérieur du service. Et c’est parti pour de longues heures de garde, en continu, en toute vigilance. En franchissant le seuil, je m’efforce de ne garder en tête que mes patients. De toute mon énergie, je m’ingénie avec mes collègues à sauver des vies, et alléger les souffrances des patients et de leurs familles, en leur apportant le réconfort psychologique nécessaire. »

« Je n’oublierai jamais cette dame âgée, très déprimée, accrochée à son tube de respiration artificielle, à bout de force. En temps normal, on organise des entretiens avec la famille, mais c’est très difficile dans le contexte actuel. On demande alors à la famille de nous désigner une personne de confiance pour les tenir informés de l’évolution de l’état de santé de la patiente.  Avec sa fille désignée à cet effet, nous avons convenu d’organiser pour elle plusieurs appels téléphoniques en vidéo. Il fallait bien préparer ce contact pour la réconforter. L’émotion était très forte. Et c’était merveilleux. Une dose incomparable d’oxygène affectueux qui a rapidement sorti la patiente de sa dépression, lui a redonné envie de s’accrocher à la vie et elle y est parvenue. C’était très satisfaisant. Vous ne pouvez pas imaginer tout le bonheur que nous avons ressenti à son chevet lorsque nous lui avons retiré le tube, et encore plus, lorsque guérie nous l’avons accompagnée jusqu’à son domicile via l’ambulance de l’hôpital. »

« Ce genre de moments forts nous galvanisent, ajoute Pr Jamoussi. Ces petits et grands gestes de considération, de reconnaissance, de solidarité nous rappellent l’autre face de notre mission : le bonheur de l’accomplir. »

« Ma seconde vie, poursuit Pr Amira Jamoussi, commence lorsque, exténuée par une journée et une nuit de garde, j’enlève ma tenue en respectant toutes les consignes en la matière. Cette étape finale, à la fois salvatrice et terrifiante, est une manipulation potentiellement contaminante qui me prend encore de longues minutes d’attention. Je me sens alors comme affranchie de son poids lourd qui me pesait et m’étouffait. La décompression devait alors commencer, je n’ai plus hâte qu’à rentrer chez  moi. J’ai la chance d’avoir confiné ma famille chez les parents pour les épargner des risques que je pourrais prendre, mais aussi la solitude de me retrouver dans un grand vide. J’ai essayé d’oublier mon travail, mes patients, mes collègues, ou plutôt de les reléguer, provisoirement, dans une seconde mémoire, pour me consacrer à moi, aux miens. Cette décompression est indispensable pour se relaxer et recharger les batteries. Je reprends alors contact avec la vie hors du champ de bataille, avec ma famille, mes proches, je retrouve mes habitudes, mes lectures, le suivi de l’actualité dans les médias… Mais tant d’occupations savoureuses ne m’empêchent pas de réfléchir à la vie, à mon engagement dans la médecine, à ma détermination à soigner, sauver, servir… Au détriment des miens. Tout repasse dans ma tête, avec mille questions, mille réponses et autant de non-réponses… »

« Tôt le lendemain matin, je me prépare à repartir à l’hôpital, sur la ligne de front pour, de toutes mes forces, gagner de nouvelles batailles, humblement. ». Un témoignage haletant.

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