News - 03.05.2020

Comment Marouane El Abassi entend rendre effectifs le soutien et l'accompagnement bancaires aux entreprises

Faillites d'entreprises et licenciements de salariés constituent des défis majeurs à relever en Tunisie, pour le gouverneur de la Banque centrale, Marouane El Abassi. Dans une interview à Leaders, il explique comment les pouvoirs publics s'y emploient pour sauver l'économie et secourir les entreprises, et quel rôle jouent à cet effet les banques et les autres établissements financiers

Comment résoudre le problème des fonds propres ?

La majorité des banques disposent d’une marge confortable en fonds propres leur permettant de faire face aux retombées de cette crise sanitaire, et ce, grâce aux différentes réformes prudentielles entreprises depuis 2012.

Certes, il est prématuré de calibrer l’impact de cette crise sur les fonds propres des banques, mais la BCT suit de très près l’évolution de la situation, ainsi que ses impacts potentiels et prendra toutes les mesures nécessaires en temps opportun.

D’ailleurs, la décision de la BCT de surseoir, et non d’annuler comme ça a été colporté, toute mesure de distribution de dividendes au titre de l’exercice 2019 et de s’abstenir d’effectuer toute opération de rachat des propres actions s’inscrit dans l’objectif du renforcement de la solidité financière du secteur bancaire en vue de maintenir sa capacité à soutenir l’économie et à absorber les éventuelles pertes.

Les banques, les compagnies de leasing, d’assurances et les établissements de micro-crédits jouent-ils pleinement leur rôle ?

Le ressenti chez les Tunisiens est que ces institutions se contentent d’attendre les instructions de la BCT et des pouvoirs publics, sollicitant sans cesse la garantie de l’Etat et ne faisant aucun effort particulier.

Qu’il y ait quelques hésitations, je le conçois. C’est une situation inédite et nous sommes   confrontés à l’inconnu et, par là même, en train d’apprendre. Qu’il y ait des critiques, je le comprends parfaitement et je respecte leurs auteurs. Mais, le « bankbashing » auquel nous assistons, c’est vraiment malheureux ! D’autant plus que le secteur bancaire a perdu un de ses cadres, en l’occurrence feu Faouzi Cherif de l’Union internationale des banques.

Pour l’instant, les institutions financières continuent à jouer pleinement leur rôle même dans le contexte de confinement sanitaire. Cela a été rendu possible grâce au déploiement des Plans de continuité de l’activité (PCA) et au recours au télétravail.

Les banques et les établissements financiers qui sont sous le périmètre de contrôle de la BCT assurent depuis le début de la crise du Covid-19 la continuité des services essentiels, l’application des mesures exceptionnelles au profit des clients, particuliers et entreprises, afin de maintenir l'activité économique du pays et de répondre aux besoins essentiels des citoyens.

Faillites et licenciements risquent de s’aggraver. Quel dispositif de sauvetage est-il prévu ?

Rappelons que la Banque centrale de Tunisie ne cesse d’interagir avec les différents départements ministériels concernés, particulièrement en vue de préserver l’entreprise et l’emploi.

Aussi, la Banque centrale de Tunisie tient-elle des réunions avec les représentants des organisations nationales et sectorielles pour demeurer à leur écoute et assurer un suivi des problématiques auxquelles fait face le tissu productif, ainsi que des réunions hebdomadaires avec les premiers responsables des banques pour s’assurer d’une application concertée et rapide des mesures.

Ainsi, la BCT œuvre à travers les mesures prises à alléger les charges financières sur les entreprises par la baisse du taux directeur, fournir la liquidité nécessaire au financement, notamment pour les PME, reporter les échéances de paiement des crédits et tenir compte de l’objectif de permettre aux banques de mieux soutenir l'économie.

La Banque centrale de Tunisie continuera de suivre de près la situation et fera preuve d’une plus grande flexibilité qu’exigera cette situation particulière.

Par ailleurs, le plan de relance proposé par le gouvernement permettra aux entreprises, notamment les PME, d’accéder au financement. Les mesures qu’il englobe sont très importantes et couvrent une grande partie des besoins des entreprises.
Les dispositions en matière d’exonérations et reports d’impôt ainsi que les aides au titre du chômage partiel visent également à soutenir la situation financière de l’entreprise en difficulté et par conséquent préserver les emplois. Cela permettra d’éviter au maximum la déclaration en faillite des entreprises et d’empêcher la disparition d’entités fiables car tout simplement elles auraient manqué de liquidité !

L’évolution rapide de cette crise et les incertitudes qu’elle soulève nous amènent à continuer à suivre de très près la situation et l’impact des mesures prises.

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