News - 03.04.2020

Cornona virus: Du «choc civilisationnel» au «choc intra-espèces»!

Par Lotfi Belhedi Mahjoub - Dans son célèbre ouvrage, «Le choc des civilisations», le professeur américain Samuel Huntington a conclu que les relations internationales  post-guerre froide reposera, désormais, sur le postulat du choc inter-civilisationnels au détriment des clivages idéologiques, et qu'une  alliance  des civilisations sino-islamiques contre la suprématie occidentale est en perspective...

Au-delà de la vive controverse générée par cette théorie et de ses multiples impacts géostratégiques surtout après les événements du 11 septembre 2001, il est unanimement  admis au sein de la communauté  universitaire que la dimension civilisationnelle constitue une donnée factuelle génératrice des conflits contemporains dont la tragédie interethniques en ex-Yougoslavie n'est qu’un indice révélateur.

Bien que le «choc des civilisations» va se poursuivre sous différentes dénominations et alibis, nous sommes, aujourd’hui, confrontés á un choc  d'une typologie atypique, ses héros sont des microorganismes (bactéries, champignons, virus etc.) vivant autour de nous depuis des millénaires, garnissant nos dîners et nos fêtes par des produits  sublimes bien fermentés par voie bactérienne, ayant parcouru  toutes les ères civilisationnelles depuis la dynastie de Justinienne, subissant des mutations cycliques et successives aboutissant au stade le plus terrifiant des virus sous forme de COVID-19.

Un COVID dévastateur des piliers basiques de la mondialisation, nous a pris en otages, par milliards d'habitants, confinés comme des cobayes dans nos demeures, ayant transformé en un clin d'œil, nos prestigieuses artères et nos méga tours imposantes en villes fantômes, nous a empêché d’embrasser nos enfants et nos bien-aimés, de tousser et même de respirer profondément, et n’a fait qu’accentuer  notre suspicion et phobie  envers l'autre  devenu, par magie «coronienne», porteur éventuel du virus..

Décidément, notre histoire avec les épidémies ne date pas d'aujourd'hui, mais le COVID-19 par sa vitesse de propagation massive et incontrôlée, son potentiel de mutation génétique et ses impacts sociétaux sans précédent nous a rendus proche, en terme comportemental, du mode de vie de l'homme primitif qui ne quitta sa grotte que pour chercher de la nourriture…

A l’opposé des théories conspirationnistes largement répondues dans la toile, cette pandémie n'est en fait que la  résultante de nos agissements irresponsables envers notre mère nature, de notre «anthropocentrisme» aveugle et d’un déni délibéré du principe de symbiose entre les différents espèces.
Comment?

Différentes études scientifiques sur le virus  SARS CoV-2 de la famille corona apparu en Chine en 2003, se sont mis d'accord que le vecteur de transmission  á l'homme provient des chauves souris ou du pangolin, et que suite á la destruction de leurs écosystèmes via la déforestation  et le braconnage , a contraint  les chauves souris (réservoir  de virus)  pour des questions de survie  de  s'étendre aux zones proches des humains facilitant ainsi la transmission du virus…
Idem pour le virus «Ebola» qui a ravagé  l'Afrique de l'Ouest  où le patient zéro identifié est un enfant mis en contact avec le reste de nourriture des chauves souris!

Ces deux  cas révélateurs tout proche du COVID-19, dévoilent le vrai commanditaire, en termes d’apparition et de prorogation, de ses virus mortels.

Il va sans dire que la nature ne cesse de développer ses propres mécanismes d'auto-défense contre toute menace, entre autres, des virus virulents dotés des coefficients de mutation élevés dont l’une de ses manifestations les plus cruelles est surement le COVID-19.

Une version virologique hors norme, nous à fait basculer du paradigme du «choc des civilisations» á un «choc intra-espèces» sans précédant mettant l'homme en épreuve de défi direct avec les autres être vivants…

Certes, l’ère post-COVID-19 contribuera dans un futur proche à l’émergence d’un  ordre mondial différent, régi par de nouvelles approches stratégiques bien distinctes des grands registres stratégiques classiques, tournant autour de l'interrogation suivante: Comment peut-on nous libérer du démon «anthropocentrisme» qui nous habite depuis la nuit du temps?

Lotfi Belhedi Mahjoub
Conseiller/chercheur en réflexion stratégique
Ex-rapporteur général et directeur de département de cybersécurité du «Centre Tunisien des Etudes de Sécurité Globale»


 

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