News - 13.02.2020

Tunisie: Alors que tout tangue, le processus démocratique poursuit son petit bonhomme de chemin

Crise économique, crise sociale, résultats des élections de 2019 et paysage politique éclaté, paysage médiatique qui jette de l’huile sur le feu…  et bien d’autres dysfonctionnements ont plongé les Tunisiens dans une atmosphère de sinistrose quasi générale. Pourtant le processus démocratique n’est pas rompu même s’il ne s’est pas traduit par le mieux-être attendu de ce qui a été appelé improprement le printemps arabe. Les institutions ont fonctionné même si la corruption a contribué comme accélérateur des dysfonctionnements.

La liberté d’expression n’a pu être muselée. En revanche, on relève parmi ses effets collatéraux la montée à la surface de la conscience collective de tous les maux dont souffre la société qui étaient tues par la chape de plomb d’un régime autoritaire: inégalités sociales concernant tous les droits humains, pauvreté extrême, corruption, délinquance, violences dans l’espace domestique et public, discriminations de genre et autres, indiscipline, impunité et inégalité devant la justice… Trop c’est trop, s’exclament beaucoup de nos concitoyens!

Comme un corps malade boursouflé et chargé de particules toxiques, le corps social ne peut guérir de ses maux sans reconnaître leur nature et évacuer un tant soit peu les nuisances qui empêchent un sain fonctionnement, celui qui devra permettre un vivre-ensemble acceptable pour la majorité des citoyens.

Au lieu de cela, certains représentants de partis tentent d’ajouter un clivage social supplémentaire en criant sur tous les toits qu’il faut distinguer entre les partis qui appartiennent à «la ligne révolutionnaires» - même si ce ne sont pas eux qui sont à l’origine de la révolution -  et les autres. D’autres remettent en question l’existence même d’une révolution. Mais qu’est-ce qu’une révolution si ce n’est une rupture politique. Pour certains comme le sociologue français Pierre Rosanvallon, une révolution n’est jamais achevée car elle ne peut atteindre sa finalité ultime en présence de forces adverses résistantes. D’autres considèrent qu’une révolution n’est qu’une étape qui peut aboutir soit à de vrais changements, soit à un retour en arrière.

Au plan économique et social, les indicateurs de retour en arrière sont observables dans notre pays et font les choux gras des journaux et des plateaux de télévision. Cela menace dangereusement le changement politique à l’œuvre nourri de la dynamique d’un processus démocratique enclenché mais cahotant, et le risque d’un retour à une nouvelle forme de dictature n’est pas exclu.

Concrètement, la rupture politique s’accompagne de la rupture d’un ordre. L’absence d’un nouvel ordre après une révolution favorise le risque de basculer dans la violence sous ses différentes formes. La révolution serait accomplie si elle aboutissait à un nouvel ordre. A cet égard, on peut considérer qu’en Tunisie, une partie du chemin vers l’établissement d’un nouvel ordre que l’on voudrait démocratique est accomplie grâce aux institutions qui sont mises en place et qui ont fonctionné et résisté au test des nombreuses élections qui ont jalonné les années post-révolution. Il reste à le poursuivre en s’attaquant méthodiquement aux deux volets cruciaux que sont le social et l’économique. Si les performances ont été médiocres dans ces deux domaines cruciaux c’est, entre autres, à cause de la prévalence d’une culture de revanche, de luttes partisanes sans véritable projet répondant à l’appel des révoltés pour l’emploi et la dignité, ni innovant et efficace. Ce sont au contraire des reprises de concepts anciens comme les faux emplois dans de fausses sociétés dites de l’environnement qui ne sont autres qu’une prime au chômage et au désœuvrement. L’instabilité des gouvernements a généré une incapacité d’élaborer des politiques qui se projettent dans le futur, les luttes partisanes ont, à leur tour, empêché la mise en place d’une bonne gouvernance. On peut ajouter à tout cela une certaine perception de l’économie plus concentrée sur les données macroéconomiques que sur les données micro socioéconomiques. Or pour suivre l’impact des politiques sur le mieux-être des citoyens, tous sans exclusion, il faudra mesurer, en plus des indicateurs macroéconomiques, et de façon récurrente, le revenu moyen, le standard de vie, l’engagement au travail en plus du taux de la population active, le taux de réussite scolaire, la qualité des infrastructures, l’usage efficient des ressources disponibles, le degré d’optimisme des citoyens, le taux de départ des compétences à l’étranger…De telles données déclinées par région et s’il le faut par délégation, si elles sont mesurées régulièrement, permettront de savoir quel a été l’impact de ce que l’on fait et ce qu’il y a à faire.

Riadh Zghal

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