News - 12.02.2020

Le nouveau livre de l'étoile montante de la littérature tunisienne Ichrak Krouna : «La mer dans la littérature arabe»

La mer dans la littérature arabe : de l’ancre à l’encre, qui vient tout juste de paraître aux éditions L’Harmattan, est l’œuvre d’Ichrak Krouna, une jeune figure montante tunisienne, qui avait auparavant obtenu en 2016 une licence en littérature arabe à l’université de la Manouba, et en 2019, un master de recherche en littérature arabe à l’université Sorbonne nouvelle Paris 3.

Selon les propres termes d’Ichrak Krouna, son ouvrage, La mer dans la littérature arabe: de l’ancre à l’encre, «consiste à étudier le roman maritime Al-Nagdi écrit par le romancier koweitien Taleb Alrefai». (Introduction, p.11). Dans son avant-propos, elle précise:

«Ce roman appartient à la littérature de la mer (roman maritime publié en 2016, Ed Dar al-Salasil au Koweit); il réécrit la vie d’un marin koweitien, mort en 1979. Il reprend son histoire. Il présente entre autres, la vie maritime koweitienne avant l’arrivée du pétrole qui a changé radicalement le pays tout entier, et notamment la communauté maritime et évoque ses effets négatifs à partir de 1946.
Le personnage principal, Ali Nasir Nagdi, est décédé en pleine mer après le naufrage du bateau pris dans une énorme tempête. Le roman, écrit dans une langue simple, rend hommage à ce marin koweïtien, soulignant la nouvelle vie après ce nouvel arrivé (le pétrole)». (p.7)

Pourquoi ce choix ? Parce que «ce roman est riche. Il ressemble à un recueil de plusieurs textes, sources, personnes, et sujets. Nous l’avons perçu comme une invitation à un débat littéraire et social.» (p.13).

Est-ce pure coïncidence? la traduction en français du roman Al-Najdi, le marin de Taleb Alrefai, vient juste de paraître aux éditions Sindbad-Actes Sud. Nos chers lecteurs connaissent déjà cet auteur koweitien. Nous avons eu l’occasion de parler de son premier roman traduit en français, Ici-même, portant sur la condition féminine dans son pays (Leaders du 31/12/2015).

La mer dans la littérature arabe: de l’ancre à l’encre, est une judicieuse approche, constituée de quatre chapitres. Le premier est consacré aux définitions de quelques points essentiels à la compréhension de la démarche suivie par l’auteure, comme ‘la figure’, «élément fondamental dans la construction narrative et structurale» du roman Al-Ndi, ou encore comme les origines des termes ‘eau’ et ‘mer’ et leurs liens éventuels. Ainsi, le terme « eau » est un substantif masculin dans la langue arabe, qui «porte en lui-même des sens contradictoires, étant à la fois l’emblème de la vie, de la mort, de la beauté, de la renaissance et de l’ancienneté». (p.22)

Dans le 2e chapitre, Ichrak Krouna se focalise longuement sur les caractéristiques du marin koweïtien entre « fiction » et «réalité» dans le roman Al-Nagdi, ainsi que sur son environnement de naissance et sur la problématique mer/narration avant de conclure:

«Le marin et l’écrivain sont deux aventuriers, chacun à sa manière: le premier prend le risque de se noyer dans la mer, et le second prend le risque de baigner dans le récit. Le marin combat la force de la mer pour laisserson empreinte, et l’écrivain cherche à marquer sa trace pour devenir immortel. Tous les deux ont le même ennemi: la mort.» (p.119)

Le troisième chapitre est consacré au cadre temporel dans la création artistique du roman Al-Nagdi. L’auteure y souligne d’abordle choix du narrateur de «réduire la vie/l’histoire du personnage non seulement quantitativementà cent quatre-vingt-dix-huit pages mais à vingt-quatre-heures.» (p.126)Ensuite,elle se focalise sur les grands axes temporels (huit au total), puis sur les notions ‘Zaman et Al-Waqit, avant de clore ce chapitre par une savante analyse de la forme circulaire du roman, les significations et les rôles des indications temporelles, le tout rappelant furieusement la technique du théâtre grec.
«Nagdi paraît un héros avec une origine grecque par excellence».(p.137)

Enfin dans le4e et dernier chapitre intitulé: ‘l’intertextualité dans Al-Nagdi: la création d’une œuvre’, Ichrak Krouna insiste d’abord sur l’intertextualité, ses mécanismes, ses racines, son rôle et ses frontières avant d’illustrer ensuiteses propos en se référant à Ibn Magid al-Nagdi, un célèbre marin arabe du XVe siècle, ainsi qu’à l’œuvre du romancier syrien Hana Mina Nihayat Rajol Souga (La fin d’un homme courageux), et au fameux Sindabad le marin.

Précisons, en conclusion que dans cet ouvrage scientifique, Ichrak Krouna sait de quoi elle parle. Elle ne semble guère tiraillée entre tradition et modernité́. Comme pour affirmer sa double culture arabe moderne et française, l’auteure, aujourd’hui à Paris, étudiante et chercheuse, en master traduction littéraire à l’INALCO, a consciencieusement, non seulement veillé à traduire toutes les citations en arabe mais elle a aussi admirablement disserté sur le concept d’intertextualité, citant au passage des référents en la matière,comme Julia Kristeva, Roland Barthes, Tzvetan. Todorov,  Gérard Genette. ou encore Michel Riffaterre.

Ichrak Krouna, La mer dans la littérature arabe: de l’ancre à l’encre, éditions L’Harmattan, Paris 2020, 225 pages.

Rafik Darragi








 

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