News - 11.02.2020

Othman Jerandi succèderait-il à Taïeb Baccouche à la tête de l’UMA

L’ancien ambassadeur et éphémère ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement d’Ali Laarayedh (mars 2013 – février 2014), Othman Jerandi, ne tient pas à savourer sa douce retraite. Le voilà rempiler, avec l’arrivée du président Kais Saied à Carthage, postulant à l’un des deux parachutes dorés que la République réserve à ses meilleurs serviteurs. Il avait fait la même démarche cet été à Carthage auprès du président par intérim, Mohamed Ennaceur. (Mise à jour : Il avait été contacté le 8 août dernier par le chef de Protocole de Carthage pour être reçu le lendemain le 9 août par le chef de l'Etat par intérim, son nom ayant été suggéré pour le poste de New YorK, tient-on à préciser à Leaders). Un retour à New York, à la tête de la mission permanente de Tunisie auprès de l'ONU, aurait été mentionné. C’est ainsi qu’il lorgne à présent le poste de secrétaire général adjoint de la Ligue des Etats arabes, président du Centre de Tunis, mais aussi celui de secrétaire général de l’Union du Maghreb Arabe (UMA). Jerandi était parmi les tous premiers visiteurs (Mise à jour : invités et non à sa demande, précise-t-on à Leaders) à être recçus par Elyès Fakhfakh, le premier jour où il devait commencer ses consultations.

Il appartient au président Saïed d’en décider, à moins de lui confier une autre tâche, de conseiller diplomatique au sein de son cabinet, voire même de ministre des Affaires étrangères. Elyès Fakhafakh ayant révélé son intention de garder les ministres régaliens hors de portée de ministres issus de partis politiques, Adel Fekih (Ettakatol) et Selim Azzabi (Tahya Tounès) sembleraient en être écartés. Reste alors le choix précédent du président Kais Saied, confiant ce poste dans le gouvernement avorté d’Habib Jemli à l’actuel ambassadeur de Tunisie à Amman, Khaled Sehili, apprécié au Département, ou d’une autre figure appropriée.

Centre de la Ligue arabe : sinécure ou sacerdoce, selon le titulaire

Créé en lot de consolation pour la Tunisie après le retour de la Ligue à son siège au Caire, Centre de la Ligue arabe est installé sur les Berges du Lac de Tunis. Selon des attributions non formalisées, il chargé du suivi de délicates questions, notamment celles du Maghreb, des émigrés arabes dans le monde et des sujets d’actualités pouvant faire l’objet d’études et de colloques. En fait, chacun pourra faire ce qu’il entend de cette fonction de secrétaire général adjoint de la Ligue des Etats-Arabes et de la direction du Centre de Tunis : une sinécure, bien rémunérée en dollars et entourée du prestige protocolaire ou un sacerdoce à porter en missionnaire.Le poste qui revient à la Tunisie a été successivement confié à d’anciens ministres, à savoir Noureddine Hached (Affaires sociales, puis ambassadeur), Chedly Naffati (Intérieur, puis ambassadeur au Caire) et Abdellatif Abid (député constituant d’Ettakatol, dans la circonscription de Nabeul, puis ministre de l’Education). Abid en fera un centre culturel.

Déclaré vacant depuis avril dernier, il attendait la désignation de son nouveau titulaire. Tout récemment, un diplomate (algérien), Houcine Souidi a été muté du bureau de la Ligue à Madrid, au Centre de Tunis en tant qu’intérimaire. Le secrétaire général de la Ligue, Ahmed Aboul Gheith, n’avait cessé de solliciter le défunt président Béji Caïd Essebsi, notamment après le succès du Sommet arabe de Tunis (31 mars 2019), d’affecter auprès de l’organisation panarabe, une personnalité tunisienne de premier plan. Ravi de recevoir la candidature officiellement présentée, de Khemaies Jhinaoui, il devait d’en déchanter rapidement, la Tunisie ayant décidé, finalement de la retirer.

Rabat, sans obligation de résultat, mais...

Le second poste visé par Othman Jerandi est celui de secrétaire général de l’Union du Maghreb Arabe (UMA). Sa présence en bonne préséance dans la délégation officielle qui avait accompagné le président Kais Saied lors de sa visite officielle dimanche 2 février à Alger n’avait pas échappé à la vigilance des observateurs : Othman Jerandi reprend-il du service ? Fréquentant le cabinet présidentiel sans faire l’objet d’un décret de nomination jusque-là dûment publié et précisant sa qualité, il serait en escale avant d’obtenir une affectation à l’étranger.
L’UMA en elle-même et le poste de son secrétaire général constituent une question bien délicate. Partie d’une noble intention répondant aux aspirations des peuples, elle n’a pu depuis sa création il y a 30 ans, le 17 février 1987 à Marrakech, concrétiser le moindre pas sur cette voie tant attendue. Dès l’origine, le poste de secrétaire général a été confié à des diplomates tunisiens de premier plan, pour la plupart, ancien ministres des Affaires, à savoir Mohamed Amamou (1991 – 2002), Habib Boularès (2002 – 2006), Habib Ben Yahya (2006 – 2016) et depuis lors, Taïeb Bccouche. En 2014, Adnene Mansar, alors ministre-directeur de cabinet du président de la République provisoire, Moncef Marzouki, avait été porté candidat au poste. En vain.

Universitaire (spécialiste en linguistique), militant syndicaliste emprisonné à la suite des évènements du 26 janvier 1978, gracié par Bourguiba au printemps 1981, secrétaire général de l’UGTT, il sera nommé au lendemain du 14 janvier 2011, par Mohamed Ghannouchi, ministre de l’Education nationale, officiant ensuite dans le gouvernement de Béji Caïd Essebsi. Au moment où il se décide à fonder son parti, Nidaa Tounès, BCE l’appellera à ses côtés, ainsi que Mohamed Ennaceur, pour le charger du secrétariat général du mouvement. Après les élections de 2014, il sera nommé, en février 2015, ministre des Affaires étrangères, dans le premier gouvernement d’Habib Essid. Un an après, Béji Caïd Essebsi proposera à ses pairs maghrébins sa candidature pour succéder à Habib Ben Yahya à la tête de l’UMA. Acceptée.

... le risque de perdre doublement

En mars 2019, Taieb Baccouche montrait des signes d’intérêt pour un autre poste. Le président Caïd Essebsi avait d’ailleurs pensé à lui pour le présenter à la direction générale de l’Alecso, suite au décès à mi-mandat du titulaire du poste, le Koweitien Dr Abdallah Al Muhareb. Puis, il s’est ravisé, pour diverses raisons et c’est le candidat de la Mauritanie qui y a été élu, face à Néji Jelloul. D’ailleurs la Mauritanie avait proposé un autre candidat pour l’UMA au cas où le poste se rendrait vacant, et en avait sollicité l’appui de la Tunisie. Baccouche garde son poste et continue à faire ce qu’il peut faire, la décision d’activation de l’UMA étant entre les mains des chefs d’Etat.

Son mandat est actuellement en cours. Reçu à Carthage le 29 novembre dernier, par le nouveau président de la République Kais Saied, il ne lui a pas fait part d’aucune intention de renoncer à ses fonctions. D’ailleurs, faute d’engagement politique au plus haut niveau des pays membres de l’UMA, le statuquo semble convenir pour tous. Sauf pour les candidats qui se bousculent au portillon, Othman Jerandi, le premier. Sollicité par Leaders, il n’a pas souhaité répondre, tenant à ne rien confirmer, ni infirmer. Dès la déclaration de vacance du poste, les appétits vont s’attiser et il n’est pas exclu que le principe de confier le secrétariat général à un Tunisien soit maintenu. Une exigence de rotation pourrait en effet surgir. La Tunisie perdrait alors doublement.



 

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