Opinions - 12.02.2020

Omar Bouhadiba: recettes de grand mère pour gestion bancaire

Une banque est une organisation a la fois extrêmement complexe, et étonnament simple. Malgré tous les progrès technologiques, elle reste extrêmement dependante du facteur humain. L’automatisation, la digitalisation, les applications qui vous mettent une banque dans la paume de la main, et même l’intelligence artificielle ont des limites, et l’etre humain, fort heureusement, reste irremplacable. La gestion des hommes demeure le plus grand challenge du management. Et pour citer le PDG americain d’une gigantesque institution financiere “je passe 60% de mon temps a gerer des problemes de resources humaines”. Ce qui differencie les banques au dela des systemes, que tout le monde peut acheter, c’est indéniablement la qualite des hommes et surtout de leur gestion.  Et au au fil des ans, l’expérience aidant, on accumule des petites recettes gagnantes pour donner à vos gens l’envie de mieux faire, et de tirer votre banque vers le haut.

Tout d’abord, choisissez des gens de nature enthousiaste. Le dicton “plus je vieillis, plus je respecte l’enthousiasme” est absolument vrai. Il vaut mieux travailler dans un environnement chargé d’électricité positive, où tout le monde veut bien faire que le contraire. Entourez vous de gens qui ont une solution pour chaque problème, plutôt que de gens qui ont un probleme pour chaque solution. Par ailleurs, il vous faut des gens jeunes. Etre jeune n’est pas une question d’âge; c‘est une attitude mentale. On peut avoir 20 ou 70 ans, mais on ne devient vraiment vieux que le jour où on ne veut plus apprendre. Vous avez des croulants de 25 ans et des jouvenceaux de 75 ans. Et on est toujours étonné de voir que bien souvent, mis dans le bon environment, les plus vieux s’avèrent etre les plus jeunes.

Dans la gestion d’une banque, votre pire ennemi, c’est la confusion. Le stratège chinois Sun Tzu aimait dire que les objectifs tout comme les instructions doivent etre faciles a comprendre, faciles a executer. Chacun, dans l’organisation, doit savoir où il va et où l’organisation doit aller. Ceci n’est pas toujours facile, car les gens autour de vous créent la confusion, pour toutes sortes de raisons.

Un manager, dans une organisation, se trouve souvent confronté à une classe d’individus très particulière: Les complicateurs! Puissants et connectes, ils règnent sur leur territoire sans partage, et se croient inamovibles. Le complicateur a pour mécanisme de survie de tout compliquer, en particulier les tâches les plus simples. La logique etant que si l’on fait apparaitre son travail comme extraordinairement complexe, personne n’essaiera vraiment d’interférer, et ne voilà-il pas que l’on devient irremplacable. Etonnemment, cette stratégie connait souvent le succès, faisant rapidement émules et adeptes. Ces individus sont faciles à dévoiler. Il suffit de leur donner un projet spécial relativement simple. S’ils en tirent une douzaine de meetings et de longs mémos, le tout sans resultat concrets, vous êtes fixés. Ils constituent un handicap réel pour la firme, qu’il convient de gérer. On peut leur donner une chance de changer, mais pas deux. Car le vrai talent, c’est de rendre les choses complèxes, simples, et non pas les choses simples complèxes.

Un employé passe autant, sinon plus, de temps au bureau que chez lui. Il est donc important de mettre en place un environment aussi agréable que possible. L’exemple venant d’en-haut, plus on grimpe dans la hiérarchie, plus on doit etre poli et respectueux, en particulier du petit personnel, qui ne l’oubliera jamais. Par ailleurs, dans une carrière financière, le succès est rarement définitif, et la chûte  jamais tres improbable. On peut avoir besoin en descendant de ceux que l’on a rencontrés en montant, surtout quand on a connu une progression rapide. Une règle d’or bien britanique dit que plus on s’énerve, plus on doit etre poli, pour éviter de dire des choses que l’on soit amené a regretter. Alexandre de Marenche, pendant longtemps chef des services secrets Francais, ecrivait: n’élevez jamais la voix, l’autorité n’est pas une question de decibels.

Les jeunes qui entament une carrière bancaire, doivent éealiser que si leur carriere etait une equation, elle ne serait pas lineaire. Il doivent s’attendre a des hauts et des bas, des périodes d’accélération euphoriques, et des chutes douloureuses. Dans les métiers de l’argent, les risques sont considérables, et la chance joue un grand rôle. Etre performant et techniquement fort, n’assure pas nécessairement un  gros job Car ceux-ci, en particulier Directeur Général ou PDG, ne vont pas toujours au plus méritant. En effet, tout comme en politique politicienne, l’allocation de tels jobs relève plus du compromis que de l’optimisation. Il y a beaucoup d’interêts en jeux, et chacun a un point de vue base sur des raisons qui lui sont propres. Bien souvent la loyauté, bien plus que la compétence, joue un rôle crucial, et les intérêts individuels prennent le pas sur l’interêt de l’institution. La politique dans la société est un aspect qu’un patron doit combattre car elle est destructrice. Il ne doit y avoir d’autre politique que celle de la performance, et l’amitié doit céder le pas à l’intérêt de l’institution. Sir Brian Pittman, PDG de Lloyds dans les années 90, et unanimement reconnu en son temps comme le meilleur banquier du monde, lançait une nouvelle stratégie assez controversée par son équipe. Son bras droit depuis 40 ans exprimait ouvertement son scepticisme. Pittman lui donnait 24h pour confirmer son adhésion totale à la strategie, ce qui fut fait. Quand il lui demanda ce qui l’avait fait changer d’avis, il répondit a son patron et ami de 40 ans “tu m’aurais viré sinon”.

On ne soulignera jamais assez le rôle de la discipline dans la gestion d’une institution financière. Les affaires d’argent sont des affaires sérieuses qui s’accomodent mal du laisser aller. Et comme le dit si bien Carlos Ghosn, le géant du secteur automobile, et artiste du franchissement illégal des frontières, “une peu de discipline vous permet de faire un peu de choses, beaucoup de discipline vous permet de faire beaucoup de choses.  Nulle part est ce plus vrai que dans une banque.

Omar Bouhadiba

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