Opinions - 02.02.2020

Mohamed Sahbi Basly : Kaies Saied et la diplomatie du XXI siècle

J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt et d’attention, la première interview télévisée de Monsieur le président de la République aux termes de ses 99 jours d’exercice du pouvoir marqués essentiellement hélas par la formation d’un gouvernement qui tarde à ce jour de se constituer. Certains diront que c’est un exercice nouveau du pouvoir en Tunisie et somme toute un signe de bonne santé politique... à ceux la je réplique qu’en effet c’est un phénomène récent mais qui a un coût social et économique difficile à satisfaire en l’absence de traditions et d’institutions démocratiques, y compris une administration neutre qui fonctionne en toutes circonstances ce qui n’est pas encore le cas en terre Tunisienne.

Le président a fait allusion à cet état des faits lors de son interview. Il a également clairement annoncé ses priorités dans son action future avec le gouvernement d’union nationale que nous souhaitons voir le jour assez rapidement, notamment à l’endroit des populations vulnérables et à cette jeunesse encore en quête de solutions adéquates au regard des défis dont elle fait face.

Mais c’est le dernier paragraphe de cet interview qui a retenu mon attention compte tenu du fait que notre président, universitaire et juriste de formation, ne le préfigurait pas d’une nécessaire connaissance de la diplomatie internationale, mais là encore son discours avait un référentiel clair de la diplomatie Tunisienne qui en dehors de sa position tranchante sur la question Israélo Palestinienne, Monsieur le président a clairement défini nos relations avec nos voisins immédiats et notamment notre position de principe sur la question Libyenne, surtout après le faux pas allemand. Il a été moins bavard sur le Maghreb arabe et l’espace euro méditerranéen, néanmoins il a affirme que contrairement à ce que certains se plaisent à dire, rarement la Tunisie n’a été sollicité sur le plan diplomatique comme ce fus le cas ces trois derniers mois.
A cet effet, je me permettrai d’apporter les remarques suivantes:

1- il est en effet regrettable, alors que l’image de la Tunisie s’était sensiblement améliorée depuis le 14 janvier 2011 aux yeux essentiellement de nos partenaires occidentaux du fait que nous soyons le pays initiateur du printemps arabe, que notre diplomatie n’a pas engrangé les bénéfices d’une telle image pour subvenir aux réels besoins économiques de la Tunisie et de sa population. Nous avions estimé que l’avènement de BCE au pouvoir aller booster cette image et donner plus de visibilité à la Tunisie, il n’en fut rien, la Tunisie disparaissait lentement mais sûrement des écrans radars diplomatiques et n’avait de présence qu’occasionnelle sur la scène internationale essentiellement pour quémander des crédits et des dons, qui ne sont d’ailleurs pas utilisés de manières satisfaisantes à en croire les nombreuses chancelleries de pays donateurs accrédités à Tunis.

2- l’ascension de la Tunisie comme membre du conseil de sécurité, est a mon avis une chance inespérée pour notre pays de se repositionner à l’échelle internationale. En effet il faut saisir cette opportunité pour faire valoir les atouts de la Tunisie à l’échelle arabe, africaine et surtout euro - méditerranéenne.

C’est également une occasion de revendiquer davantage de soutien de la communauté internationale pour un accompagnement réel de notre transition politique. Enfin c’est une chance pour la Tunisie de définir de manière solennelle et sans ambiguïté son positionnement géo stratégique à l’international, de manière à nous permettre de résoudre la majorité des problèmes socio -économiques auxquels nous faisons face aujourd’hui de manière quotidienne.

3- s’agissant des préalables de la diplomatie tunisienne que j’entends dire depuis un certain temps en précisant qu’elles sont immuables depuis les années soixante, permettez moi de m’inscrire en faux face à de telles déclarations creuses de sens pour une diplomatie qui se veut être du XXI siècle. La diplomatie d’aujourd’hui place en premier lieu l’intérêt de la nation et des peuples en lieu et place des principes généraux et idéologiques de la diplomatie classique. Il faut ajouter que ces mêmes principes que nous avons défendus hier et continuons à vanter ce jour avaient leur temps de gloire lorsque le monde vivait une guerre froide ou ce qu’on appelait alors l’équilibre de la terreur. La chute du mur de Berlin a définitivement changé la donne.

4- Notre diplomatie devrait articuler son rayonnement à partir de notre espace maghrébin, vital pour nous tous alors qu’une chance s’offre à nous aujourd’hui avec le changement politique survenu à notre grande sœur l’Algérie que notre président vient à peine de visiter après que le souverain chérifien s’y est rendu.

Ensuite L’espace euro méditerranéen qui à mon sens mérite une attention très suivie notamment dans sa dimension 5+5.
Dans cet espace, l’invitation de l’Asie, et notamment de la Chine grâce à son programme de la route de la soie permettra à la Tunisie de jouer un rôle stratégique et central pour ce projet dans cet espace euro méditerranéen très convoité et carrefour commercial de premier ordre.

5- Étant un pays fondateur de la ligue arabe et celui de l’union africaine, la Tunisie dispose de son rôle naturel auprès de ces deux ensembles géopolitiques. Elle à tous les atouts pour y jouer les premiers rôles tant elle était et demeure respectée dans ces deux ensembles.

6- Mais la Tunisie de part son positionnement géographique stratégique en Méditerranée, se doit de promouvoir des relations stratégiques non seulement avec l’Union européenne que l’histoire et la géographie ont déjà balisé les tenants et les aboutissants d’une telle relation économique, sociale et culturelle profonde et durabl, mais également avec de nouveaux venus sur la scène internationale à savoir les pays asiatiques et en premier desquels la Chine.

7- S’agissant du multilatéral, il est indéniable que la Tunisie qui a su pendant plus de 50 ans maîtriser les négociations au sein des nations unies et organismes affiliées se trouve propulser au devant de la scène internationale comme membre du conseil de sécurité de l’ONU. A ce propos si notre position est très claire quant à la cause arabe et notamment le conflit israélo-palestinien, la Tunisie doit se préparer aux prochaines échéances internationale, à savoir la question iranienne qui pointe à l’horizon, l’élargissement du conseil de sécurité qui revient sur la table, d’où la visite récente du ministre indien des affaires étrangères en Tunisie la semaine dernière, et autres dossiers forts complexes qui seront soumis à la communauté internationale dans les semaines et mois étant venir.

8- Pour parfaire tout cela, des visites d’état doivent être programmées aux quatre coins du monde pour palier à l’absence de mobilisation et d’initiatives en haut lieu qui ont pénalisé et érodé de manière significative le rang de la Tunisie à l’international ces dernières années.

Dr Mohamed Sahbi Basly
 

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