News - 19.01.2020

Carnet de voyage… à Marrakech

Une escapade de quatre jours pour (re)voir cette ancienne ville impériale marocaine qui a retrouvé tout son lustre et sa plénitude depuis les attentats sanglants de 1994 et 2011… Nous avons pris un vol EasyJet depuis Paris (94 euros par personne pour un aller-retour). Dans l’avion, je vois un groupe de lycéens dont le prof a choisi Marrakech pour effectuer sa «classe de découverte».

C’est ma première impression positive. Je me dis: «Tiens, le Maroc n’est plus considéré comme un pays à risque»… Cette pratique de «classe de découverte» est quasi inconnue en Tunisie, faute d’une structure organisationnelle d’accueil et d’orientation (au niveau des ministères de l’Education et du Tourisme).

Or, ces séjours éducatifs sont une des formes de développement du tourisme: un élève va parler à ses parents et à ses amis, il va rédiger un ou plusieurs textes, il va témoigner... Multipliez cela par des centaines d’élèves par an et vous obtiendrez une masse de  propagandistes qui véhiculeront  l’image du pays. Je vous le dis, c’est tout bénef, sans parler des dépenses locales en achats et en activités diverses (visites de musées, excursions…).

Je me demande pourquoi la Tunisie n’attire pas aussi des élèves étrangers et pourquoi pas tunisiens pour des séjours éducatifs à Tabarka, Ain Draham, Korbous, Nabeul, Tozeur, Chébika…Nous avons des sites par dizaine avec leurs spécificités naturelles et leurs vestiges archéologiques (romains, berbères, arabes…). Mais nous n’avons pas de têtes pensantes, nous n’avons que des opérateurs qui veulent le plus d’argent possible avec le moindre effort…Sauf quelques cas particuliers, mus par l’intérêt général de leur secteur et l’amour du pays.

Le tourisme se joue dans le détail, non dans les slogans. Il se joue quand un touriste entre dans un «office du tourisme» et qu’il en sort dépité… Il se joue avec des circuits bien balisés (par thème, par région). Il se joue quand le touriste en amène un autre, quand il revient…

Deuxième impression immédiate : je l’ai ressentie en descendant de l’avion. Sur le  parking de l’aéroport, je vois une dizaine d’avions : EasyJet» (quatre), Transavia, Ryanair, Iberia, RAM… C’est vraiment le résultat de l’Open Sky que les Tunisiens rejettent…Je ne peux que penser aux aéroports, par exemple, de Monastir et d’Enfidha…qui me font de la peine quand je les vois avec un, deux ou trois avions (max) en même temps (sauf période estivale bien sûr).

Je me souviens de toutes les difficultés que nos autorités très maladives avaient fait subir aux premiers vols autorisés de Transavia en Tunisie (2007). Aujourd’hui, avec le développement du réseau Transavia en Tunisie, on voit bien que les résultats sont «gagnant-gagnant»: Transavia apporte des passagers (donc des touristes). Elle a désormais ses clients fidèles qui apprécient ses prix, sa ponctualité et son hospitalité.

J’apprends avec plaisir que la compagnie EasyJet va enfin être autorisée à desservir notre pays, en commençant (même comportement maladif autoprotecteur de nos autorités) avec une seule ligne… Londres-Enfidha en décembre 2019. Nos dirigeants restent aveugles et sourds: les compagnies aériennes (comme au Maroc) sont une source d’alimentation (feeder) pour le tourisme et plus généralement pour l’économie locale. Défendre à contre courant les intérêts étroits de la compagnie nationale ou de tel ou tel lobby n’est pas défendre l’intérêt national.

En déambulant à Marrakech, dans les ruelles de la Médina, en pleine période censée être creuse, j’ai vu le nombre incroyable de touristes de plusieurs pays (scandinaves, britanniques, français, asiatiques…). Il y en a de toutes les catégories, jeunes, vieux, couples, solitaires, riches et moins riches et quelques hippies, en sus! Tout le monde semble content.

La capacité d’accueil touristique est illimitée avec, en plus des hôtels classiques, de nombreux «riads» et des chambres d’hôtes par centaine. Les bureaux de change sont ouverts jusqu’à des heures tardives. Tout comme les commerces et les loisirs.

Troisième impression: l’amabilité des gens qui vous accueillent, le sourire des serveurs dans les cafés et les restaurants. Je sens qu’ils font leur travail comme il se doit. En Tunisie, depuis des années, tous reconnaissent que le service est mauvais, mais tous constatent qu’il n’y a pas de progrès en général: de la qualité de l’accueil à la qualité des repas. Ici, on vous dit «bienvenu» et «biss-lama». Ici, ils sont moins bien payés que chez nous…Mais ils sont souriants et affables.

Quatrième impression: l’ordre et la discipline dans les commerces. Ils sont tous alignés, tous ou presque ont le même type de porte en bois… Aucun ne déborde outre mesure. Les touristes circulent avec aisance. Les boutiques qui s’installent le soir sur la Place Jamaa El Fna portent toutes un  numéro. Facile pour pouvoir, en cas de problème, porter plainte. A l’hôtel, on m’a dit que tous craignent la «brigade touristique» intransigeante qui veille, de loin et de près, sur la tranquillité des touristes.

Cinquième impression: les sites à visiter sont tous bien recensés et identifiés. On sait où on veut aller, quel est le prix d’entrée… Du Palais Bahia (extraordinaire préservation d’un palace de vizir) au Jardin de Majorelle, en passant par la mosquée El Koutoubia, par tel ou tel musée, rien n’est laissé au hasard. Il y a même un circuit pour visiter les «sept saints de la ville» (le vendredi). Je ne parlerai pas des jardins et espaces verts, ni de la qualité de l’artisanat local (pas importé de Chine, SVP): les faïences, le cuir, les poteries, les tuniques, les tapis… Ici, les épices forment à elles seules toute une industrie, tout comme l’exploitation de l’argan, des arbustes, des plantes et des herbes (cosmétiques et soins).

Je ne veux pas faire ici un reportage touristique en vous décrivant des choses usuelles, comme la nécessité de marchander ou d’être vigilant (contre le vol), ni en vous parlant de cette pauvreté endémique qui s’étale dans les rues (mendicité grave) ou de cette pollution générée par le trafic routier. Mais je peux mentionner le respect architectural  dans les formes, les étages et les couleurs (c’est l’enjeu majeur dans toute ville qui se respecte), l’absence de constructions anarchiques à l’intérieur comme à l’extérieur de la ville. Un point que je salue: la disparition des sachets en plastique (remplacés d’autorité par des sachets en tissu biodégradable).

Sixième impression: le premier et le dernier contact avec le pays sont importants. C’est à l’aéroport que se font les premières mauvaises ou bonnes impressions. Les contrôles de bagages et de sécurité se font à Marrakech de manière polie et respectable. La propreté de l’aéroport est de mise (standard européen), y compris dans les toilettes. La sortie se fait dans l’ordre, le circuit de contrôle est très fluide (tous les agents portent la tenue et sont nickel). L’accueil est courtois, positif. On vérifie. On vous scrute, sans vous faire inutilement peur. Et à la fin, on vous dit «bienvenu» ou «à bientôt». Je n’ai remarqué aucun agent en train de fumer (même pas en cachette), ni de boire un café posé à côté de lui, ni de consulter son Smartphone pendant le service… Je n’ai constaté aucun laisser-aller. Je précise que l’aéroport de Marrakech accueille, cette année, 6 millions de passagers (deux fois plus qu’en 2010), autant sinon plus que tous les aéroports tunisiens réunis. Il est beau, moderne. Ses parkings ne sont pas en désordre avec des voitures garées n’importe où...
Un pays qui ne progresse pas recule. Une vérité de La Palice toujours bonne à rappeler.

Il n’y a aucun secret à la réussite d’une ville comme Marrakech. Ce n’est qu’une question de savoir-faire, de stratégie (quelle ville on veut et pour qui?), de vision (architecture, aménagement, environnement), de discipline et de bonne gouvernance sur la durée. Avec un seul mot d’ordre: l’intérêt d’une ville (et donc du pays) ne doit pas être tributaire des potentats locaux qui ne regardent que leur propre nez.

Samir Gharbi

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